C'est une consécration qui n'avait rien d'évident. Son échec de l'an passé aurait pu le poursuivre, le rattraper, mais il ne l'aura finalement jamais hanté. Fabio Quartararo avait craqué en 2020 alors qu'il avait le titre en point de mire. A cinq courses de la fin d'une saison particulière, déroulée en accéléré de juillet à novembre à cause de la crise sanitaire planétaire, le Français avait perdu ses moyens face au régulier et imperturbable Joan Mir. Avec quatre pole positions à son actif contre aucune pour l'Espagnol, trois victoires contre une seule pour le pilote officiel de Suzuki, le leader du Sepang Racing Team, un satellite de l'usine Yamaha, avait été l'attaquant de l'année mais pas celui que les livres d'histoire avaient retenu.
Cet échec aurait pu créer un plafond de verre impossible à briser, le transformer en clone du moderne Andrea Dovisiozo ou de l'ancien Randy Mamola, passés respectivement trois et quatre fois à une marche de leur rêve.
Il avait de surcroit à assumer le statut écrasant de successeur de la légende Valentino Rossi au guidon de la M1 de la Factory, une mission dont il s'est acquitté avec brio. Mais en traversant d'autres épreuves, en résistant à des charges émotionnelles d'une tout autre dimension quand on se sent devenir, peu à peu, la nouvelle tête d'affiche de la discipline reine de la vitesse.
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"Mon bras c'était de la pierre"

Fabio Quartararo était bien plus en harmonie avec sa machine que ses deux premières saisons en MotoGP. Il a fait corps avec elle, sans jamais être trahi en course, et il a géré les temps faibles avec lucidité. Passée la mauvaise surprise d'une cinquième place en ouverture du championnat à Losail, il a fermé quelques bouches en gagnant la seconde course au Qatar. "Pour être honnête, je n'avais pas trop de pression de la part de l'équipe au début mais plutôt de l'extérieur, avouera-t-il rétrospectivement. Tu essayes de ne pas écouter mais tu entends forcément que tu remplaces le roi Valentino Rossi et, inconsciemment, ça te met une petite pression. Je voulais que ça s'arrête et donc j'ai été très content de gagner au Qatar parce qu'à partir de là je n'ai plus entendu ça." Mais cela aurait été trop beau que tout se passe ensuite comme prévu…
En effet, une l'improbable défaillance le guette à Jerez, l'un de ses circuits fétiches. Deux ans après son opération, le syndrome des loges se manifeste à nouveau sur la piste du Grand Prix d'Espagne, avec une intensité à la limite du supportable. "Je n'avais plus de force, mon bras (droit) c'était de la pierre", explique-t-il alors. "On avait le rythme pour gagner. J'avais réussi à avoir plus d'une seconde d'avance sur Jack (Miller, vainqueur) et j'ai réussi à tenir encore quatre tours alors que je commençais à me sentir pas bien sur la moto. C'était de pire en pire et à la fin c'était imprévisible, très dangereux, mais je me suis battu pour ces trois points au championnat, c'était très important". Personne ne lui en aurait voulu de lâcher prise et finir 13e a été ce jour-là une sacrée victoire.

Torse nu polémique

Opéré avec succès par le professeur Olivier Dufour à Aix-en-Provence deux ans après une première intervention de l'incontournable Xavier Mir à Barcelone, "El Diablo" a ainsi pu éloigner le spectre de ce mal capable de ruiner une carrière. Et lui offrir un court répit avant l'épreuve du Mugello, qu'il partagera avec un paddock dévasté par la mort aux essais de Jason Dupasquier, en Moto3. Deux heures avant le départ, il a appris la triste nouvelle, et la satisfaction d'avoir mis en déroute les Ducati reines de la Vmax est restée dérisoire. "Ça a été une journée étrange, avec beaucoup d'émotions avant même de commencer la course", confiera le pilote de la M1 frappée du numéro 20. "Je suis très émotif, donc démarrer après une minute de silence était très difficile et, à chaque fois que je passais le virage 9 (ndlr : où le jeune Suisse est tombé), je pensais à Jason. Cette victoire est pour lui."
Ce triste événement rappelant la fragilité du destin de pilote, une autre difficulté surgira au Grand Prix suivant. Et rappellera que la confrérie, si solidaire dans les moments difficiles, peut aussi se perdre dans des querelles malvenues. A Montmelo, "El Diablo" a fini torse nu car il s'est débarrassé de son plastron de protection à cause d'une fermeture de combinaison défaillante. Un acte jugé dangereux et sanctionné par une rétrogradation de la 4e à la 6e place. "Félicitations à tous ceux qui sont allés se plaindre pour une autre pénalité", ironise-t-il. "Je n'ai mis personne en danger comme le dit un pilote (Johann Zarco) et c'était déjà difficile pour moi de rouler. Mais c'est génial de voir les vrais visages de certaines personnes"… C'était déjà lui contre le reste du monde et c'est encore plus vrai.
Mais heureusement, il n'y aura dès lors plus de moment décevant comme celui-ci. Toute juste une nouvelle alerte à Assen - "J'ai eu du mal avec mon bras droit tout au long du week-end", une cheville tordue à Silverstone et la bienveillance du sextuple champion du monde élite, Marc Marquez, admiratif du talent de l'Azuréen en ces mots : "Peut-être qu'un ou plusieurs constructeurs sont plus rapides mais Fabio est le pilote le plus véloce."
Avec ses failles, le pilote couvé par Eric Mahé est resté solide comme un roc sur la piste. Il l'a signifié une première fois à Ducati, la seule marque qui avait la puissance pour le contrer, en mettant en échec l'armada rouge dans son antre du Mugello. Puis il s'est offert un succès extraordinaire dans la "Cathédrale de la moto" d'Assen, là où tant de seigneurs ont triomphé.
Toujours maître de son destin, il a assené les derniers coups de boutoirs, à Spielberg puis à Austin. Pour se réveiller de son rêve à Misano.
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