À Jérez, Fabio Quartararo avait réussi à nous faire croire qu'il avait trouvé la formule magique. La suite a rappelé qu'il n'en existait pas : depuis ses deux coups d'éclat inauguraux, le Français court après des victoires - et même des podiums - qui ne cessent de lui échapper. Pour retrouver le succès sur un circuit qu'il apprécie particulièrement, ce week-end, lors du Grand Prix de Catalogne, le pilote du SRT devra outrepasser les cinq principales causes autour desquelles ses échecs se sont construits.

Les départs, le tendon d'Achille

Grand Prix de Catalogne
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25/09/2020 À 14:47

Cette saison, Quartararo a fait perdurer la bonne habitude qu'il avait installée l'année dernière. Le prodige niçois est toujours l'un des pilotes les plus performants en qualification. En 2020, il n'a manqué la première ligne qu'une seule fois (au Grand Prix de Styrie) et s'est adjugé deux poles position. Problème, il peine encore à tirer profit de cet avantage-là en course. Si l'on excepte la deuxième manche à Jérez, le pilote de 21 ans a toujours perdu des places dans le premier tour - un peu plus de deux, en moyenne.

"El Diablo" souffrait déjà de problèmes similaires la saison dernière. Comme d'autres avant lui - Maverick Viñales, notamment - le Français doit encore appréhender un embrayage particulièrement pointu. "Pour moi, c'est si sensible quand on le relâche, expliquait-il à la veille du Grand Prix d'Émilie-Romagne. Il faut être très précis pour s'élancer parfaitement et en toute honnêteté, j'ai un petit peu de mal à trouver le point exact de manière régulière." Il a là une très grande marge de progression qui pourrait lui permettre de sortir d'un cercle vicieux...

Compenser les lacunes de la machine

Car ses départs médiocres complexifient encore un peu plus une tâche déjà rendue difficile par sa machine : dépasser. Le moteur de la M1, qui n'a jamais été une référence ces dernières saisons, renferme encore d'importants déficits techniques. Le prototype nippon est l'un des moins performants en matière de puissance. Forcément, trouver l'ouverture sur un devancier est alors particulièrement délicat.

Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) après la qualification du Grand Prix de Saint-Marin, le 12 septembre 2020

Crédit: Getty Images

"Nous souffrons beaucoup pour dépasser et si vous ne faites pas ce qu'a fait Maverick, c'est difficile de gagner une course." Viñales avait effectivement constamment roulé aux avant-postes lors du Grand Prix d'Émilie-Romagne. Là où Quartararo, lui, avait eu toutes les peines du monde à déborder Pol Espargaro et sa puissante KTM, malgré un rythme manifestement plus élevé. À cela, il faut aussi rappeler que le Niçois a dû adapter son style de pilotage pour tenter de compenser les lacunes de sa moto.

Quartararo dans le viseur de tous les autres

À Jérez, Quartararo était passé d'un monde à l'autre. Le pilote tricolore était un rookie prometteur, il s'était propulsé favori pour le titre en gagnant coup sur coup en ouverture du championnat. Forcément, son statut a aussi changé aux yeux de tous les autres prétendants. Désormais, on surveille le Niçois comme le lait sur le feu. Et aux essais, le N.2 mondial est souvent le mètre étalon.

À Misano, par exemple, Viñales et son futur coéquipier s'étaient cherchés des poux dès le vendredi. "J'apprécie rencontrer des rivaux en piste" avait lâché l'Espagnol. "El Diablo" avait assuré aimer ce petit jeu mais dans les faits, il n'en ressort pas gagnant. Dans un plateau d'une extraordinaire homogénéité, mieux vaut se faire oublier. Plus facile à dire qu'à faire.

Des rivaux ? Non, une meute de loups

Sept grands prix disputés. Six vainqueurs différents. En l'absence de Marc Marquez, tout le monde semble capable de tirer son épingle du jeu. Avant le Grand Prix d'Émilie-Romagne, Quartararo estimait que sept ou huit pilotes étaient capables de s'imposer le dimanche. Ce constat est transposable presque toutes les semaines et l'absence du champion du monde en titre ne suffit pas à le justifier. Il faut, aussi, souligner les énormes progrès réalisés par KTM et Suzuki, capables de mettre au point des machines gagnantes.

Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) lors des essais libres du Grand Prix de Saint-Marin, le 11 septrembre 2020

Crédit: Getty Images

Il était difficile d'imaginer une telle conjoncture après les deux premières manches de la saison, où Yamaha semblait disposer d'une marge beaucoup plus consistante. La grille de lecture a changé et avec elle la physionomie des courses. Une bonne performance peut permettre à un pilote de faire un bond gigantesque au championnat. À l'inverse, la moindre erreur coûte cher. Tout cela influence à coup sûr le comportement des prétendants en piste et rend les courses plus indécises.

Forcément de la pression ?

On ne pourra pas reprocher à Quartararo d'avoir changé de discours. Vendredi comme après son doublé andalou, le Français assurait ne pas ressentir une quelconque pression supplémentaire. Il n'empêche, on l'a parfois vu s'agacer plus que de raisons pour des futilités, et même dégoupiller devant les bureaux de la commission de course, dimanche dernier, au moment de manifester contre la pénalité qui lui avait été infligé.

Bien sûr, impossible de mesurer l'impact de cette charge émotionnelle sur ses performances en course. Il est difficile d'avoir la certitude que sa double chute à Misano ne soit rien d'autre que de la précipitation. Et audacieux d'affirmer qu'il n'aurait pas dépassé les limites de la piste la semaine suivante, dans un autre contexte. Globalement, Quartararo a toujours été capable de se remobiliser assez vite après un échec en catégorie reine. Le prouvera-t-il de nouveau ce dimanche, en Catalogne ?

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