Championnats du monde de natation 2025 - Intelligence, hors-piste et curiosité : comment Léon Marchand cultive sa domination

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Léon Marchand est devenu ce jeudi à Singapour sextuple champion du monde. Un an après un triomphe absolu aux JO qui a fini par l’essorer, le Français continue pourtant de dominer la concurrence et progresse même dans l’exercice chronométrique comme l’atteste son record du monde du 200m 4 nages. Comment fait-il pour ne pas s’user physiquement et mentalement ? Éléments de réponse.

Léon Marchand, triple champion du monde du 200m 4 nages

Crédit: Getty Images

En 2019, une caméra de France Télévisions suit un jeune nageur de 17 ans dans les bassins de la piscine Nakache de Toulouse. On y apprend, entre autres, que le gamin est "un élève brillant de Terminale Scientifique". Léon Marchand a la tête bien faite et une idée précise du sens qu’il veut donner à ce qu’il accomplit dans les bassins. Depuis quelques années désormais, il trace un chemin singulier suivant ses propres désirs et ce qu’il a estimé juste pour lui. Le voilà sextuple champion du monde après avoir établi un chrono record, la veille sur 200m 4 nages.
L’accomplissement d’une vie, pour beaucoup de champions, une étape importante pour Marchand au bout d’une année pourtant tourmentée. Les questions restaient nombreuses avant qu’il ne plonge pour la première fois dans la piscine de Singapour. Entre sa coupure australienne, sa blessure aux côtes, son absence aux championnats de France et ses sorties en-deçà de ses standards, le quadruple champion olympique entretenait une sorte de flou autour de son niveau du moment.

Leçon numéro 1 de ces championnats du monde : faire confiance à Léon Marchand

Alors que, par exemple, Summer McIntosh, qui n’a pas coupé depuis les JO, faisait tomber les records depuis l’été dernier. Et quand il claironnait vouloir battre le record du monde du 200m 4 nages, le doute était permis. Mais lui se fiche bien des injonctions ou des projections que le monde lui impose. Il se contrefout, aussi, de ce qu’il doit faire, des exigences de ses pairs. "J'ai osé le hors-piste, et je veux continuer à agir comme ça, confiait-il récemment à L’Equipe. Si les gens pensent que je vais aller à droite, et ben non... Y a de fortes chances que je tourne à gauche."
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Léon Marchand et sa médaille d'or sur 200m 4 nages à Singapour

Crédit: Getty Images

Leçon numéro 1 de ces championnats du monde : faire confiance à Léon Marchand. Le sextuple champion du monde trace son propre chemin, explore des territoires nouveaux dans un cheminement déroutant mais qui ne sert, à la fin, qu’une cause : ses performances. "J’ai appris à m’écouter de plus en plus depuis les JO", confiait-il la semaine dernière. Et pour être bon, Marchand doit être challengé, surpris, bousculé. L’an dernier, son préparateur mental, à l’influence très nette sur l’accélération de sa carrière après la parenthèse Covid, nous exposait le vrai moteur de Marchand.
La natation est devenue un moyen de se découvrir
"La natation est devenue un moyen de se découvrir, nous expliquait Thomas Sammut. Il se challenge tous les jours non pas par contrainte mais par défi personnel. Il veut voir jusqu'où ses capacités peuvent aller. Il a le plaisir d'aller chercher au fond de lui parce qu'il est dans la curiosité. Quand il nageait avec la peur, il ne pouvait pas accéder à son plein potentiel." Donc il s’affranchit des contraintes et des carcans.
En un an, il a imposé sa vision même si, a priori, elle ne semblait pas être la plus efficace pour continuer à régner. Comme il avait imposé à Bob Bowman de doubler le même jour aux JO 200m papillon et 200m brasse, ce que même Michael Phelps s’était refusé, il le place devant le fait accompli quand il choisit de zapper les Mondiaux en petit bassin de Budapest en décembre et d’aller respirer trois mois en Australie pour affûter son crawl.
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Léon Marchand en mars dernier au Grand Prix d'Australie

Crédit: Getty Images

S’exiler surtout pour se recentrer sur lui-même, se réapproprier sa personne, son nom et ses objectifs quand la France entière est folle de lui. Puis il décide, seul là encore, d’alléger son programme à Singapour pour se concentrer sur le 4 nages. "Léon, c'est quelqu'un qu'il faut suivre, explique l’un de ses deux entraîneurs, Nicolas Castel. Parfois, c'est un petit peu difficile. C'est juste qu'il a toujours un temps d'avance sur les autres. Il a une forme d'intuition, beaucoup de choses à son appréciation. Il sent les choses. Lorsqu'il ne les sent pas, il ne fait pas les choses, lorsqu'il les sent, il y va à fond."
j’ai de plus en plus envie de me planter
Même Bob Bowman, légendaire entraîneur de Michael Phelps, doit s’adapter aux idées de son élève. "Il restait loin d’un véritable entraînement et il va lui falloir un moment pour revenir", notait-il en mai dans les colonnes du Parisien. Deux mois et demi plus tard, Marchand n’a jamais été aussi rapide sur 200m 4 nages. Avec lui, il faudra toujours se méfier des conclusions hâtives et des constats qui peuvent s’imposer à d’autres.
Car il l’a prouvé cette année, il aura toujours un temps d’avance, une idée singulière à laquelle il s’accrochera pour progresser encore et toujours. Parce que tel est le cheminement de Marchand : chercher, explorer, surprendre. Quitte à ce que ses convictions se heurtent à l’idée que l’on se fait du haut niveau : "Je n’ai pas grand-chose à me prouver, j’ai de plus en plus envie de me planter, avançait-il en début de Mondiaux. J’ai envie de tester plein de choses. Je me suis bien planté d’ailleurs cette année. J’ai envie de prendre pleinement part à l’échec." En attendant, il continue de régner sur le monde.
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