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JO Milan-Cortina 2026 - Benoît Richaud, coach de 16 patineurs : "En natation aussi, certains entraînent plusieurs champions…"
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Mis à jour 16/02/2026 à 15:42 GMT+1
Chorégraphe pour 16 patineurs de 13 nationalités différentes lors de ces JO, Benoît Richaud est devenu l'une des stars inattendues de ces Jeux Olympiques sur les réseaux sociaux. Sa présence auprès d'autant de concurrents et ses changements de vestes viraux ont fait parler. Pour Eurosport, il explique les ressorts de sa méthode et dément tout conflit d'intérêt.
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Par Anne BOYER
Comment réussissez-vous à vous organiser concrètement au quotidien avec autant de patineurs ?
Benoît Richaud : C'est complexe, c'est vraiment une question d'organisation. Du matin au soir, tout est millimétré.
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N’est-ce pas compliqué d’en gérer autant en compétition, avec la gymnastique que ça demande, les 13 changements de vestes ?
B.R : Tout est préparé en amont. L'ISU (Union Internationale de patinage) nous envoie toutes les informations et je prévois tout à l'avance. J'envoie le planning à tous mes patineurs, comme ça ils savent exactement ce qu'ils doivent faire. Je suis obligé de tout faire en avance, sinon c'est ingérable. Mais on parle d’un planning du matin au soir ! Dedans, je me mets un petit moment pour moi, pour faire un peu autre chose, mais, sinon, c'est vraiment un planning détaillé du début à la fin.
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On a l'échauffement, les entraînements, le bus, quand on revient, quand on repart, les repas, quand est-ce qu'ils vont manger, les périodes où voir les kinés… On s'occupe vraiment de tout, mais on est aussi attentif aux "feedbacks" (les retours, ndlr) des patineurs, savoir si on doit réajuster en fonction de comment ça s'est passé. Donc, c'est intéressant, je trouve ça plutôt cool, en fait.
Êtes-vous indépendant ou venez-vous avec une délégation en particulier ?
Tu es obligé d'être accrédité par un des pays et, bien entendu, je suis venu avec la France. C'est un rêve et un privilège. Je suis très fier d’être Français.
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Comment se déroule le reste de l’année en dehors des compétitions ? Combien de temps pouvez-vous vous consacrer à la chorégraphie de chacun ?
Ça dépend des patineurs. Pour certains, c'est un "one-shot". Je fais uniquement la chorégraphie et il ne se passe plus grand-chose après, à part quelques petites retouches avec des vidéos par-ci, par-là. Il y en a d'autres que je vois toute l'année, avec qui je bosse vraiment tout le temps. Et puis il y a ceux qui viennent travailler deux, trois semaines avec moi pour monter des programmes et, ensuite, on planifie le travail à l'avance, en fonction de leur compétition. On appelle ça le "polishing".
On travaille, on nettoie un peu le programme et on l'ajuste. Et ça se fait très souvent sur deux, trois semaines dans la saison. Certains patineurs veulent que je sois présent avec eux en compétition, mais je ne le suis pas avec tout le monde. Par exemple, sur l'épreuve hommes, je n'étais ni avec le Mexicain, ni avec Kaomura, le Japonais. Ça dépend vraiment de ce que les patineurs veulent et ce que leurs coachs veulent.
Les patineurs comparent-ils leurs chorégraphies entre eux ? Est-ce qu'ils se disent ‘j'aurais aimé avoir ça, moi aussi’?
C'est très dur de comparer des chorégraphies parce que personne n'est pareil. Chacun a une manière de bouger, chacun a un corps qui est différent, des aptitudes, des sensations et des émotions différentes. C'est une question qui revient souvent, et c'est vrai que c'est étrange. Mais si on prend, par exemple, la compétition des hommes, on voit qu'ils travaillent avec moi et, pourtant, personne ne se ressemble sur la glace. Il y a un programme très contemporain, un autre sur les Minions, un autre sur un cha-cha, sur un jazz des années 20, ou sur une musique de Woodkid… C'est la beauté de notre sport. La chance que j'ai dans mon métier, c'est qu'il y a une sorte de liberté absolue parce qu'en fait, tout le monde est différent.
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N’avez-vous pas d’impression de répétition ?
Non, pas du tout. Il y a des choses que tu retrouves, bien entendu, parce qu'il y a ma patte. Mais il y a tellement de musiques, d’idées de costumes, de mouvements, de danses et de choses à faire… que c'est illimité, en fait. Du coup, ça ne donne pas cet aspect clone ou robot.
Avez-vous l'impression d'avoir fait un meilleur travail, d'avoir une meilleure connexion, d'avoir mieux su comprendre certains patineurs ?
Je n'ai pas cette impression-là, non. Bien entendu, il y a des patineurs avec qui je connecte plus, et c'est souvent lié avec le fait que je passe plus de temps avec eux. Après, c'est la vie, ça ne s’explique pas forcément. Peu importe où tu vas, le domaine, il y a des gens avec qui tu matches plus, des gens avec qui tu connectes, tout simplement. Donc, oui, il y a des choses qui se passent un peu plus avec certains. C'est aussi l'expérience des compétitions, les beaux moments passés ensemble, mais c'est beaucoup lié à notre travail en commun. En revanche, je donne tout à tous mes patineurs, sinon je ne travaille pas avec toi. Le patinage, c'est toute ma vie. Je ne pourrais pas me limiter ou donner moins à quelqu'un. Ce n'est pas possible.
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Vos changements de veste, votre omniprésence sur beaucoup de patineurs et de disciplines différentes font beaucoup parler sur les réseaux sociaux et beaucoup se posent la question du conflit d'intérêts. Que leur répondez-vous ?
Il y a plein de sports où c'est déjà comme ça. En natation aussi, ils entraînent plein de champions différents, et c'est encore plus compliqué parce qu’on ne parle que d'un chronomètre. Nous, il y a quand même plein de facteurs qui les différencient, et on reste un petit monde, une petite communauté. Mes patineurs sont tous potes, ils mangent ensemble. Si vous venez voir mes stages, c'est magnifique à voir. J'ai des gens qui n'étaient pas venus et qui sont venus cette année voir mes stages, et ils ont vu toute ma grande équipe avec mes patineurs que vous voyez tous à la télé. Ils m'ont dit ‘c'est magnifique ce que tu as réussi à faire’.
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Crédit: Getty Images
Ils sont tous potes, ils s'entraident. Quand il y en a un qui apprend une séquence de pas, les autres veulent l'apprendre aussi parce qu'ils la trouvent trop cool. Il y a une vraie entente entre eux, c’est agréable. De toute façon, je ne tolérerais pas que ça ne se passe pas comme ça. Après, c'est un sport, c'est à celui qui fera le mieux. La seule chose qui est importante, c'est que les gens voient que je donne mon maximum. Si ce n’était pas le cas, j'arrêterais de travailler avec certains patineurs. Parce que je ne suis juste pas capable de ne pas me donner à 100%.
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