Le patinage de vitesse français, avec Timothy Loubineaud en leader : Sans anneau, mais pas sans espoir
Eurosport sur GoogleLe succès de Timothy Loubineaud, dimanche en Coupe du monde à Nagano, est la partie émergée d'un iceberg complexe. Être patineur de vitesse passe par des entraînements hors de France, où aucun anneau de glace de 400 mètres n'existe. La Fédération française de roller et skateboard, délégataire pour l'olympiade 2023-2026, forme et accompagne des sportifs polyvalents, dans un prometteur frémissement
Speed Skating - Men Mass Start - Nagano - Clip - Loubineaud wins
Video credit: Eurosport
Une ambition sans frontière. Le patineur Timothy Loubineaud ne s'entraîne pas en France pour les compétitions hivernales, faute d'un anneau de vitesse de 400 mètres où pratiquer son sport. Cela ne l'a pas empêché de s'imposer en Coupe du monde, dimanche dernier, mettant fin à près d'une décennie de disette pour l'Hexagone, loin d'être le seul territoire dépourvu de l'infrastructure adaptée.
Loubineaud a décroché le plus grand succès de sa carrière sur glace, en remportant la mass start de Nagano, et il espère confirmer ce week-end à Pékin. Mais avant de s'illustrer en patinage de vitesse, c'est en roller que ce sportif de 28 ans avait fait ses preuves. Depuis 2017, il cumule à un niveau international ces deux pratiques, qu'il est fréquent d'associer. Un double projet qu'il a entrepris de façon autodidacte, avec beaucoup à apprendre lame au pied.
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Timothy Loubineaud, au centre, savoure sa victoire à Nagano
Crédit: Getty Images
"Je suis d'abord allé aux Pays-Bas, où c'est un sport national. C'était très compliqué de pouvoir s'y entraîner librement en tant que débutant", nous raconte celui dont les conditions de préparation ont tardé à s'améliorer. Loubineaud a trouvé des anneaux à arpenter, a composé avec la solitude… et a échoué dans son objectif de se qualifier pour les JO d'hiver 2022. La France n'y a pas compté le moindre représentant en patinage de vitesse (dit "longue piste"). Sur quatorze épreuves, cela fait désordre.
A la suite de ce camouflet, la longue piste – à ne pas confondre avec le short-track – a changé de fédération délégataire, pour l'olympiade 2023-2026. Ce statut revient à la Fédération française de roller et de skateboard (FFRS), non plus à la Fédération française des sports de glace (FFSG). "On connaît le potentiel (du duo roller-glace) depuis longtemps (…) Plutôt que d'entretenir une sorte de fantasme, j'ai dit : 'On va faire la demande, et on saura'", explique Boris Darlet, président de la FFRS.
Il n'y avait pas d'équipe de France
Demande entendue. Changement opéré. "Le changement ? Il est assez simple : avant, il n'y avait pas d'équipe de France ; maintenant, il y en a une, résume Timothy Loubineaud depuis la Chine. Nous sommes cinq garçons et une fille (pour cette étape de Coupe du monde), je pense que ce n'est pas arrivé depuis longtemps. (…) C'est un confort de ne plus voyager tout seul, c'est un plaisir de discuter au petit déjeuner." C'est aussi l'opportunité de créer une poursuite (pas au programme de la joute pékinoise).
"Quand on n'est pas en stage avec le collectif français (à Inzell en Bavière, notamment, NDLR), je suis avec le groupe d'Alexis Contin à Berlin", développe le vice-champion du monde 2019 de roller (10km), qui a tutoyé le podium sur la glace, lors des Mondiaux la saison passée (4e sur 5km). Figure du patinage de vitesse en France, Contin, 4e sur 10km aux JO d'hiver de 2010, entraîne pour la fédération allemande.
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Alexis Contin, alors en activité, en 2015
Crédit: Getty Images
"La FFRS a posé un projet qui est soutenu par l'Agence nationale du sport (ANS) alors que la FFSG était plutôt dans l'accompagnement. Il n'y avait pas vraiment de projet", considère Tristan Loy, responsable de la transition roller-glace au sein de la fédération nouvellement délégataire. "Quand nos athlètes partaient sur la glace, il y avait une dilution des moyens et un accompagnement que l'on n'estimait pas être au niveau de la discipline", appuie Darlet.
Alexis Sodogas, manager des équipes de France de short-track au sein de la FFSG, rétorque qu'"un athlète comme Timothy Loubineaud a toujours été financé par la Fédération française des sports de glace", eu égard à son potentiel. "Derrière, il y avait des patineurs en développement et, comme dans tous les sports, il y a des choix à faire, ajoute-t-il. Effectivement, les moyens étaient limités et donc concentrés sur les patineurs en devenir de performer (sic)."
Du roller à la glace : si évident, pas si facile
Alain Nègre, directeur de la performance chez la FFRS, revendique de pouvoir ratisser plus large : "L'intérêt d'avoir ces deux disciplines en même temps, c'est de construire un palmarès en roller, puis commencer les stages de glace à 17/18 ans, à raison de 20 jours par an." Un travail de détection suivi d'une mission de formation : "Si on voit qu'il y a des aptitudes pour la glace : on insiste là-dessus, en faisant toujours pratiquer les deux disciplines."
C'est là que Loy intervient, pour faire comprendre aux sportifs une nuance de taille : "En roller, on est sur des roues molles, assez larges. C'est assez facile de changer de direction, de corriger les fautes d'équilibre. Tandis que sur glace, on est sur une lame d'un millimètre de large, très coupante, qui s'insère de façon quasiment droite." Pas le droit à l'erreur : "En roller, le pied dirige le patin. En glace, le corps doit suivre le patin (...) Il faut être plus précis sur le placement des épaules, du bassin."
L'Américaine Erin Jackson a à la fois illustré la complexité de la tâche et son bienfondé, en mettant du temps à s'habituer à la surface glacée – vidéo à l'appui – avant d'y exceller au point de grimper sur le toit de l'Olympe, sur 500m, en 2022. L'Autrichienne Vanessa Herzog est une autre référence, attestant du caractère dual de ces deux types de glisse.
"Ça demande pas mal de travail, de passer du roller à la glace, poursuit le spécialiste de la question. Quand on regarde ceux qui ont réussi cette transition au plus haut niveau, on observe qu'il leur a fallu trois, quatre voire cinq ans pour atteindre le niveau sur glace qui correspondait à leur niveau en roller." Puis il reste à établir un calendrier cohérent : "C'est un travail de périodisations sur deux saisons, à l'image des cyclistes qui font du cyclo-cross l'hiver et de la route l'été."
"On reçoit 75 000 euros du ministère et on engage des fonds propres pour préparer les athlètes (...) On a fait la preuve du concept", affirme Boris Darlet. Son directeur de la performance embraye : "Quand on avait présenté notre dossier à l'ANS, on avait émis pour objectif de faire deux 'Top 8' lors des Jeux Olympiques 2026 et une médaille en 2030. Maintenant, avec la victoire de Loubineaud, sa 4e place aux Mondiaux, les filles qui montent… est-ce qu'il faut revoir nos objectifs à la hausse ? Sûrement."
Quelle fédération délégataire pour les Alpes 2030 ?
La FFRS a mis en place un championnat de France de patinage de vitesse, depuis l'an passé à Inzell. Pour concrétiser son travail à l'international, elle doit utiliser la FFSG en guise d'intermédiaire, malgré la délégation dont elle jouit. Alain Nègre détaille : "Il y a deux branches au sein de la Fédération internationale (ISU) : l'artistique et la vitesse. Dans la branche de la vitesse, il y a deux disciplines : le speed skating (la longue piste) et le short-track. Or, on ne peut pas avoir deux fédérations affiliées au sein d'une même branche."
Pour l'institution planétaire, le référent "vitesse" en France reste la Fédération française des sports de glace, selon les dires des deux fédérations concernées. "Nous, on sélectionne, on encadre, on reçoit l'aide financière du contrat de performance via l'ANS qui nous aide bien là-dessus, resitue le membre de la FFRS. Après, on est en contact avec la FFSG, qui doit procéder aux inscriptions (…) Ce n'est pas une guerre entre les deux fédérations."
Ludovic Mathieu, adjoint au DTN en charge des disciplines vitesse, descente et précision au sein de la FFSG, assure également n'être "pas là pour créer une polémique ou une guerre" entre deux fédérations, qui ont "tout intérêt à collaborer sur le recrutement et le développement des sportifs", abonde son collègue Alexis Sodogas. Mais il voit "un vrai souci au niveau international" dans ce fonctionnement singulier. Boris Darlet rappelle de son côté que "le Code du sport prévoit cette articulation" (voir article L131-22).
A défaut d'être en guerre, les deux fédérations sont en concurrence. La FFSG aspire à "récupérer la délégation longue piste" pour la prochaine olympiade, comme Ludovic Mathieu le formalise, arguant que la passerelle avec le short-track existe aussi. L'enjeu d'image est d'autant plus important que les espoirs de médailles ne semblent plus illusoires, alors que se profilent les Alpes françaises 2030. Même si, lors de ces Jeux, le patinage de vitesse pourrait bien se tenir… hors de l'Hexagone, faute de piste.
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Quelle place pour Val d'Isère dans la candidature des Alpes françaises 2030 ?
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