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Tournoi des 6 Nations - Guilhem Guirado : "Les Anglais sont dans la même position que nous il y a 4 ans"
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Publié 10/03/2023 à 18:59 GMT+1
TOURNOI DES 6 NATIONS - Retraité depuis la fin de la saison dernière, Guilhem Guirado suit toujours avec assiduité l’équipe de France, dont il a été le capitaine entre 2016 et 2019. Pour Eurosport, l’ancien talonneur se penche sur l’Angleterre - France de ce samedi (17h45). Une affiche qui a marqué sa carrière et pour laquelle il présente cette année les Bleus comme favoris.
Guilhem Guirado
Crédit: Getty Images
Un match contre l'Angleterre a-t-il une saveur particulière dans la carrière d'un rugbyman ?
Guilhem Guirado : C’est un match à part. C’est le match qui se différencie de tous les autres matches. Il y a ce côté ancestral, historique entre ces deux pays qui se sont battus pendant des siècles. Aujourd’hui, on n’en est plus là, mais cette notion du passé nous rattrape. Et puis il y a aussi ce stade mythique et cette ambiance à Twickenham. Tu essaies de rester dans ta bulle mais tu ne peux pas dire que cela ne t’impacte pas. Quand tu prends un essai, les supporters célèbrent et aiment bien chambrer avec leur fameux Swing Low Sweet Chariot. C’est toute cette atmosphère qui peut te rentrer dans la tête.
Parmi ceux que vous avez joués, celui de 2015 (55-35) reste-t-il le plus dingue ?
G.G. : C’était un match de fou ! Il y avait eu un chassé-croisé remarquable. Après, quand on prend 55 points d’un côté et 35 de l’autre, ça met en avant une grosse prestation offensive mais défensivement, c’est catastrophique ! Ce jour-là, les Anglais jouaient le gain du Tournoi. Nous, on n’avait pas grand-chose à perdre. À la fin, on arrive à marquer et on les prive du trophée pour quelques points au goal-average. C’était un truc de dingue mais cela nous a aussi coûté cher car on a vu qu’on n’y était pas défensivement et certains ont perdu du crédit en vue de la Coupe du monde.
N'était-ce pas cependant le match où vous avez pris le plus de plaisir à jouer au rugby sous l’ère Philippe Saint-André ?
G.G. : C’est vrai qu’on s’est fait plaisir et qu’on a montré de très belles choses, malgré les lacunes défensives. Sur le rugby en lui-même, on a pu voir que quand tout le monde respectait ce qui avait été dit et préparé durant la semaine, bizarrement, chacun trouvait sa place et cela donnait des choses magnifiques. Cela nous avait donné une lueur d’espoir pour cette Coupe du monde 2015 qui arrivait.
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Guilhem Guirado lors du spectaculaire Angleterre - France de 2015
Crédit: Getty Images
Ce fut beaucoup moins plaisant en revanche quatre ans plus tard, en 2019 (44-8). Est-ce votre pire souvenir de "Crunch" ?
G.G. : C’était très compliqué... On était la semaine après le match du pays de Galles, où on avait fait une première mi-temps de rêve (les Bleus menaient 16-0 à la pause), et on s’était fait remonter avec deux essais "casquette". La semaine avait été très dure à digérer. On savait qu’on allait avoir du doute et de l’incertitude et on n’y était pas du tout durant la semaine de préparation du match de l’Angleterre. Il faut rappeler aussi que cela intervenait après des tests de novembre où on avait perdu contre les Fidji (14-21). Niveau confiance, on était au plus bas.
Et ?
G.G. : Sur ce match, les Anglais ont abusé du jeu au pied. Dès qu’ils lançaient le jeu, ça tapait au pied… On n’a pas su répondre à cela et on a encaissé des essais où on a été pris tactiquement, physiquement... partout ! Cela a donné que certains joueurs présents ce jour-là n’ont pas fait la Coupe du monde. De manière générale, les matches contre l’Angleterre avant la Coupe du monde ont toujours été préjudiciables pour quelques joueurs. Après celui de 2019, on était au bord de la catastrophe. On est parti quelques jours en famille puis on s’est retrouvé pour essayer de sauver le Tournoi. Beaucoup d’anciens joueurs ont été très critiques envers nous et sur un plan personnel, cela a été le moment où on m’a demandé de lâcher le capitanat.
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Guilhem Guirado et les Bleus ont vécu un cauchemar à Twickenham en 2019
Crédit: Getty Images
Aujourd’hui, les rapports de force se sont inversés. Peut-on dire que les Bleus sont favoris samedi ?
G.G. : Oui, on peut. Le rugby anglais est en crise comme en a témoigné l’éviction d’Eddie Jones. Ils ont rappelé un vieux de la vieille, Steve Borthwick, qui a eu des résultats avec Leicester. Aujourd’hui, les Anglais sont dans la même position que nous il y a quatre ans. Leur façon de jouer est plus effacée. Ils ont également un problème générationnel avec une équipe qui a peu bougé depuis quatre ans, grandement influencée par l’ossature des Saracens, qui ont connu une relégation récemment. Ils reproduisent donc en partie le jeu des Saracens, qui marche dans leur championnat mais moins aujourd’hui au niveau international, donc ils se cherchent énormément
Les Anglais partent-ils de loin samedi face à une équipe de France bien plus sûre d'elle-même ?
G.G. : Je crois qu’ils mettront du temps à trouver la bonne formule. Personne ne peut arriver et prétendre tout changer facilement avec une baguette magique. C’est un travail de longue haleine. On voit que ceux qui ont le plus de régularité sont l’Écosse de Gregor Townsend, l’Irlande d’Andy Farrell et la France de Fabien Galthié. C’est un travail de plus de trois ans qui donne ses fruits aujourd’hui. Pour samedi, on est donc dans une position favorable.
Quelle sera pour vous la clé de ce "Crunch" ?
Il y a deux manières de préparer ce match. Soit on se dit qu’on peut développer le même volume de jeu que les Écossais face à eux (23-29) et les faire exploser comme eux ont su le faire. Soit on utilise la stratégie qui a aussi donné les bons résultats récents de l’équipe de France, qui consiste à leur mettre la pression en occupant énormément chez eux avec du jeu au pied et on voit comment ils arrivent à se sortir de cette pression-là. Et on met en même temps l’accent sur tout ce qui est conquête directe, avec des atouts de notre côté à faire valoir. Nos dix premières minutes face à l’Écosse, sur la qualité de jeu dans les 22 mètres adverses, ont été proches de la perfection et ce sera une bonne chose si on arrive à les reproduire sur la durée.
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