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Tournoi des 6 Nations : Comment le XV de France en est-il arrivé là ?
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Publié 26/02/2024 à 23:44 GMT+1
Il y a cinq mois environ, le XV de France domptait la Nouvelle-Zélande (27-13) en ouverture d’une Coupe du monde dont il faisait figure de favori. Cet hiver, les Bleus ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, en atteste le piteux match nul concédé face à l’Italie (13-13), dimanche à Lille. Mais comment cette équipe a-t-elle pu connaître une telle régression en si peu de temps ? Éléments de réponse.
Et si c'était le déclic ?
Video credit: Eurosport
À quelques centimètres près, l’humiliation aurait été totale. À quelques centimètres près, le ballon botté par Paolo Garbisi serait passé entre les perches et l’Italie aurait décroché un succès historique, dimanche à Lille. Mais l’ouvreur italien a vu sa pénalité de la gagne ricocher sur le poteau, juste avant que l’arbitre ne siffle la fin du match. Comme par miracle, la France a donc évité le pire face à la Squadra Azzurra, concédant malgré tout un résultat nul franchement peu glorieux (13-13). À l’image de son Tournoi des 6 Nations 2024, débuté par une déculottée contre l’Irlande (17-38) et poursuivi par un succès inespéré en Écosse (16-20).
L’hiver des Bleus est morose, et c’est peu de le dire. Pourtant, il y a cinq mois à peine, cette même sélection s’avançait en sérieux favori pour le titre planétaire. Le 8 septembre, la troupe de Fabien Galthié faisait même chuter la Nouvelle-Zélande à Saint-Denis (27-13) et ouvrait parfaitement "sa" Coupe du monde, au cours de laquelle elle a par ailleurs passé 60 points aux mêmes Italiens (60-7). Le triomphe tant attendu par tout un peuple n’a finalement pas eu lieu, la faute à un quart de finale dantesque perdu d’un rien face aux Sud-Africains (28-29), sacrés deux semaines plus tard.
Dupont manque, et ce n'est pas le seul
La déception fut immense, mais l’optimisme restait logiquement de mise au moment d’aborder le Tournoi, compétition dans laquelle le XV de France a toujours lorgné la victoire finale sous la direction du sélectionneur aux imposantes lunettes noires (Grand Chelem en 2022, 2e place en 2020, 2021 et 2023). Après trois rencontres - dont deux disputées à domicile - les Tricolores ne sont pourtant que quatrièmes du classement, avec six malheureux points au compteur et, surtout, un niveau de jeu très éloigné de celui proposé pendant l’automne. De septembre à février, la régression est significative, voire impressionnante. Mais tout sauf inexplicable.
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La déception des Français après le nul face à l'Italie, dimanche 25 février 2024. / Tournoi des 6 Nations
Crédit: Getty Images
Une lecture rapide de la dernière feuille de match permet déjà de soulever un premier point : si cette équipe n’est pas la même que pendant le Mondial, c’est tout d’abord parce que les noms couchés sur papier ne sont pas tous les mêmes. Comme on pouvait le craindre avant même le début du 6 Nations, l’absence d’Antoine Dupont, lancé dans une quête olympique avec les Bleus du 7, est évidemment très préjudiciable. Au même titre, à des degrés divers, que celle de blessés de longue (Romain Ntamack, Anthony Jelonch) ou de courte durée (Thibaud Flament, Grégory Alldritt), tous titulaires indiscutables quand ils sont en pleine possession de leurs moyens.
Remplaçants en-dedans, cadres moins conquérants
L’autre problème, c’est que les remplaçants propulsés dans le XV de départ n’ont, dans l’ensemble, pas répondu aux attentes. S’il était couru d’avance que Maxime Lucu ne pourrait pas avoir le même rendement que Dupont, force est toutefois de reconnaître que le demi de mêlée de l’UBB n’a pas non plus pris la mesure du poste dans le registre qui est le sien. De même, Matthieu Jalibert a cumulé mauvais choix et approximations à l’ouverture, tandis que Paul Willemse, expulsé face aux Irlandais, a illustré l’instabilité qui touche la deuxième ligne française.
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Jalibert, ça devient préoccupant : "Sa note aurait pu être inférieure à 3/10"
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Quant aux cadres qui sont toujours là, ils ont également affiché un visage moins séduisant et conquérant qu’à l’occasion de la Coupe du monde. Si précieux par son explosivité il y a cinq mois, Peato Mauvaka a visiblement moins d’essence dans le moteur et, en plus, ses lancers en touche ont parfois été très hasardeux. La paire de centres Gaël Fickou - Jonathan Danty n’a plus du tout le même impact qu’auparavant, alors que Damian Penaud, ailier d’ordinaire si prolifique, semble avoir perdu le mojo. Hormis les inamovibles piliers (Cyril Baille et Uini Atonio) et la troisième ligne, emmenée par le capitaine Alldritt, personne n’a été irréprochable depuis début février.
Désillusion à digérer, leviers à actionner
Au-delà des cas individuels, le mal est sans doute aussi collectif. Les Bleus ont-ils vraiment digéré leur élimination précoce au Mondial, comme ils n’ont cessé de l’affirmer devant les médias ? On est en droit d’en douter. Après tout, surmonter une telle désillusion demande assurément beaucoup de temps. Rien d’anormal, dès lors, à ce que le XV de France soit dans le creux de la vague, qu’il ait du mal à tourner la page et à se projeter vers un nouvel horizon. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si le novice Posolo Tuilagi, qui n’a pas été affecté par l’échec sud-africain, a été l’un des rares à apporter de la fraîcheur et de l’insouciance lors de chacune de ses apparitions.
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"On ne sait pas sur qui taper et c'est peut-être le plus inquiétant"
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Enfin, il y a le staff. Celui-ci a été remodelé après la Coupe du monde (Karim Ghezal et Laurent Labit sont partis, Laurent Sempéré et Patrick Arlettaz sont arrivés), ce qu’il faudra juger sur le temps long. Fabien Galthié, lui, est toujours là. Reste à savoir si, dans son discours et sa méthode, il a su actionner les leviers adéquats afin de remettre ses protégés sur de bons rails. C’est en grande partie grâce à lui que le XV de France est redevenu, au début des années 2020, une puissance de premier plan sur la scène ovale. C’est désormais à lui de faire en sorte qu'il retrouve le niveau qui était encore le sien dans un passé très récent.
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