Tournoi des 6 Nations - Angleterre-France - Le XV de la Rose, ce géant devenu figurant
Par Laurent Vergne
Publié 08/02/2025 à 00:16 GMT+1
Même si sa troisième place lors de la Coupe du monde 2023 a pu laisser croire le contraire, l'Angleterre peine à exister au plus haut niveau. Face aux nations majeures, le XV de la Rose enchaîne les défaites, à l'image de son voyage à Dublin le week-end dernier. La pression est forte sur le sélectionneur Steve Borthwick à l'heure de recevoir les Bleus samedi.
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Le classement mondial vaut ce qu'il vaut mais l'Angleterre est sans doute à sa juste place au 7e rang. Le rugby anglais n'est plus que la 4e nation européenne, derrière l'Irlande, la France et même l'Ecosse. Le week-end dernier, le XV de la Rose a entamé son Tournoi 2025 par une défaite en Irlande, 27-22. La défaite, une habitude désormais bien ancrée chez les Anglais dans les gros matches. Le bilan des trois dernières années révèle un constat d'échec global face aux six meilleures équipes de la planète.
Depuis 2022, l'Angleterre a disputé 21 matches au total contre l'Afrique du Sud (3), l'Irlande (5), la Nouvelle-Zélande (4), la France (3), l'Argentine (3) et l'Ecosse (3). Trois petites victoires (une contre l'Irlande l'année dernière et deux face à l'Argentine), un match nul (face aux All Blacks) et… 17 défaites. Dans le Tournoi, les Anglais restent notamment sur trois défaites contre la France et même quatre face à l'Ecosse, ce qui n'était jamais arrivé dans cette compétition.
Pour bien se rendre compte de la profondeur du mal, les Ecossais avaient remporté quatre matches contre le rival anglais entre 1991 et 2020. Ils viennent donc de faire aussi bien depuis 2021. Le rapport de force avec les Bleus est tout aussi douloureux pour eux : s'ils s'inclinent samedi à Twickenham dans le Crunch, ce sera la première fois qu'ils s'inclinent quatre fois de suite contre la France depuis les années 70. L'Angleterre ne fait plus peur.
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Le malentendu de 2023
Eddie Jones a été le sélectionneur de la Rose entre 2016 et 2022, avant de céder sa place à Steve Borthwick. Il dresse un constat sans concession sur le niveau actuel de l'Angleterre. "Je pense depuis longtemps qu'il existe un écart important entre les meilleurs et les autres dans le rugby de niveau 1. On pourrait appeler cela le niveau 1a et 1b, faute d'une meilleure description, avec l'Écosse quelque part au sommet du niveau 1b, et l'Angleterre et l'Italie juste derrière elles", écrit-il cette semaine dans une analyse sur Planet Rugby.
L'Italie au niveau de l'Angleterre, qui aurait cru cela possible il y a ne serait-ce que quelques années ? "Ce week-end a renforcé mon point de vue, ajoute l'entraîneur australien. Nous avons vu les équipes de niveau 1a, la France et l'Irlande, prendre une bonne longueur d'avance sur leurs adversaires grâce à un rugby calme et réfléchi. L'Écosse n'était pas trop loin derrière et pour moi, elle a consolidé sa réputation de régularité." L'Angleterre, elle, patauge.
L'équipe de Borthwick vit en réalité sur un malentendu, celui de la Coupe du monde 2023. Le Mondial reste LE rendez-vous le plus important et ce fut la seule éclaircie anglaise récente. Mais au bon moment. Après tout, le XV de la Rose était l'unique représentant européen en demi-finales, aux côtés de trois nations du Sud, l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et l'Argentine. Les Anglais ont terminé à la troisième place et sont même passés à un petit point de la finale, battus seulement 16-15 par les Springboks, futurs champions du monde.
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Steve Borthwick, le sélectionneur du XV de la Rose.
Crédit: Getty Images
Mais ce constat brut ne peut faire l'économie d'un contexte incroyablement favorable. L'Angleterre a certes agréablement surpris en France à l'automne 2023, surpassant les attentes, mais elle a pu atteindre le dernier carré en grande partie grâce à un tirage au sort regroupant les quatre meilleures nations (plus l'Ecosse) dans la même moitié de tableau. La Coupe du monde s'apparente plus à une parenthèse enchantée, presque miraculeuse, que comme un point de départ révélateur de la progression d'une équipe très vite retournée dans le ventre mou de la hiérarchie européenne.
Nous sommes en train de mettre en place quelque chose de prometteur
Le XV de sa Majesté trouvera dans le cours revers à Dublin du week-end dernier des motifs d'espoirs. La fameuse "défaite encourageante". La première mi-temps a sans doute été la meilleure de l'équipe de Borthwick depuis la Coupe du monde. Puis le manque de densité du collectif anglais a fini par ruiner ses chances. Le rugby ne se joue plus à 15 mais à 22. Ce week-end, au coup d'envoi, le banc irlandais pesait 509 sélections. Celui des Anglais ? 81. L'expérience ne fait pas tout, la jeunesse a ses vertus, mais le vécu compte aussi. L'Angleterre manque d'équilibre à ce niveau-là.
Steve Borthwick est en tout cas au cœur des critiques. Son équipe a désormais perdu sept de ses neuf derniers matches, avec deux victoires face au Japon. Face aux meilleurs, elle n'est que trop rarement au rendez-vous. Oui, à Dublin, il y a eu du mieux. De l'agressivité pendant la première moitié du match. De très bonnes séquences défensives. Mais il lui faut trouver le moyen de tenir la route et la distance. "Nous sommes en train de mettre en place quelque chose de prometteur", assure le sélectionneur anglais, estimant qu'il manque avant tout un soupçon d'expérience à son groupe.
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Les Anglais ont fini par boire la tasse à Dublin, après une première période prometteuse.
Crédit: Getty Images
Un optimisme loin d'être unanimement partagé de l'autre côté de la Manche, et c'est peu de le dire. "Les gars ont fait une première mi-temps remarquable (l'Angleterre menait 10-5 à la pause, NDLR) puis Steve leur a parlé à la mi-temps", a ironisé avec une pointe de cruauté l'ancien demi d'ouverture de la sélection, Andy Goode. C'est peu dire que Borthwick aurait grand besoin d'une victoire dans le Crunch samedi. Son équipe aussi. Quel discours tiendrait Eddie Jones à sa place ?, a-t-on demandé à l'Australien. "Je suis bien heureux de ne pas être à sa place", a répondu Jones dans un sourire.
Mais il y a du mieux, c'est vrai. Puis, après tout, la venue des Bleus à Twickenham tombe peut-être au meilleur moment. La première heure à l'Aviva Stadium a ranimé un semblant de flamme et compte tenu des derniers mois et du souvenir de la gifle historique infligée par les Français à Londres en 2023, personne ne hurlerait à la surprise en cas de nouvel échec. La pression est sur Borthwick, oui. Pas sur ses joueurs, persuadés de pouvoir faire douter les Bleus. Après tout, la Rose avait bien piqué le trèfle irlandais l'an dernier. Alors le royaume guette un nouvel exploit. Il vit de cela désormais : la quête d'exploits. De divines surprises. Les temps changent...
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