Bilan du Tournoi des Six Nations 2026 du XV de France : du spectacle, une énigme et un paradoxe
Eurosport sur GoogleLe XV de France tient son premier doublé depuis 2006-2007. Il l'a décroché dans la douleur, gagnant de 2 points face au XV de la Rose, samedi au Stade de France. Ce Tournoi remporté a été marqué par la transformation de la défense tricolore, passée d'imperméable à poreuse en un claquement de doigts. D'où des matches prolifiques des Bleus, dont l'attaque n'a pas failli, avec 30 essais. Notre bilan.
Lafond : "On sort de ce Tournoi avec plus de doutes que de certitudes"
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En termes de dramaturgie, difficile de rêver mieux. En termes de mainmise, en revanche, le XV de France n'a pas dégagé la maîtrise escomptée pour décrocher un deuxième Tournoi des Six Nations de rang. La performance demeure notable, puisqu'il fallait remonter aux années 2006 et 2007 pour trouver trace d'un tel enchaînement frappé du Coq. Samedi, dans les travées du Stade de France, les Bleus ont ainsi revendiqué le temps des célébrations, conscients que celui des questions ne tarderait pas à se manifester.
Pourquoi ? Parce que la victoire de l'escouade de Fabien Galthié face à l'Angleterre (48-46) constitue une rareté. Deux équipes qui inscrivent 40 points ou plus dans un même match, cela n'arrive pas toutes les semaines… ou plutôt, ça ne devrait pas arriver toutes les semaines. En effet, sept jours plus tôt, la France était déjà dans le coup, à Murrayfield, quand l'orgie a pris le dessus sur le jeu : 50-40 pour l'Ecosse. Voici les deux seules rencontres de l'histoire du Six Nations (né en 2000) à présenter cette caractéristique.
Pour le meilleur et pour le pire
Antoine Dupont et ses coéquipiers peuvent se targuer de cartonner, offensivement, avec Louis Bielle-Biarrey en incarnation de cette réussite, mais aussi s'appesantir sur leur propension à prendre l'eau dès qu'une équipe décide de tenir le ballon face à eux. "On a gagné, on est très heureux, mais c'est sûr que dans un avenir proche, il faudra se poser les bonnes questions, essayer de comprendre pourquoi on prend presque 100 points (96, ndlr) en deux matches", a admis Thomas Ramos, héros du soir, samedi à Saint-Denis.
De quoi donner à l'ensemble de la campagne de ces Bleus très portés sur les "off-load" (77, contre 45 pour l'Irlande, 2e) une dimension mémorable, avec 30 essais marqués (soir leur record égalé) et 19 essais encaissés (soit leur "record", version médiocrité), dans ce Tournoi du grand écart.
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"En défense, la France a fait deux Tournois en un"
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Peut-être une baisse de vigilance
Une situation d'autant plus énigmatique que le bon début de Six Nations du XV de France avait reposé, entre autres, sur son assise défensive. De 14 points pris face à l'Irlande à 8 face à l'Italie, en passant par 12 contre Galles : les Bleus avaient fait fort, avant ces deux journées portes ouvertes. Leur capitaine a remis en cause la préparation du match à Murrayfield, avant le Crunch, assurant qu'il avait cette fois "senti plus de concentration (après), peut-être, une baisse de vigilance." Résultat ? Tout juste assez probant pour l'emporter.
Fabien Galthié abonde, englobant les deux dernières journées dans ce soupçon de décompression : "On a commencé le Tournoi de manière idéale et peut-être que, inconsciemment, on a cru que ce serait plus simple." Et le sélectionneur de constater : "On est vite rappelé à l'ordre (…) les histoires de chaque semaine changent. On l'a encore vu aujourd'hui (samedi, victoire des Gallois contre l'Italie et des Irlandais face à l'Ecosse, ndlr). Le Tournoi a une énorme valeur sportive, en termes de compétitivité."
Quid de l'aspect tactique ? Gratter des ballons (ou obtenir des pénalités par ce biais) a ressemblé à une gageure lors des deux sorties en question des Bleus. La France dispose toujours d'un spécimen de l'exercice, en la personne de Julien Marchand, mais elle avait sans doute plus de spécialistes du geste à une époque, avec Jonathan Danty et Grégory Alldritt. Un Alldritt qui fait partie des grands absents de ce Six Nations, au même titre que Damian Penaud et Gaël Fickou, un temps pierre angulaire de la défense chez les arrières.
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"Peut-être qu'on a cru, inconsciemment, que ce serait plus simple"
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Les centres ont fini par manquer
Parmi ces choix retentissants de Galthié, celui de ne pas appeler Fickou n'était pas le plus surprenant, à l'aune du réservoir de centres à fort potentiel dont jouit le rugby français. Le paradoxe de cette compétition est qu'elle a confirmé cette profondeur d'effectif… et démontré que ce secteur du terrain pouvait s'avérer ô combien fragile. Kalvin Gourgues, Yoram Moefana, Nicolas Depoortere et Fabien Brau-Boirie ont tous participé, plus ou moins grandement, au Tournoi et tous eu (a minima) un pépin physique.
D'où une paire UBBiste à court de rythme face aux Ecossais du redoutable duo Tuipulotu - Jones, puis la reconstitution de la doublette Moefana - Barassi (première titularisation de l'édition pour lui) pour la réception de l'Angleterre, après avoir associé des joueurs d'un même club pendant les quatre premières journées. Tous les maux récents des lauréats du Tournoi ne résident pas dans ces aléas, mais ils n'ont pas aidé. Merci le vivier !
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"Il y avait le dimanche des Rameaux, il y a le samedi du Ramos"
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Succession et animation
Si le centre a posé problème sans crier gare, le poste de pilier droit est un chantier identifié de plus longue date. Dorian Aldegheri a endossé le maillot orné du n°3 lors des cinq joutes. Régis Montagne, Georges-Henri Colombe et Demba Bamba ont été ses suppléants, et aucun n'a cassé la baraque. La succession de Uini Atonio, qui a arrêté sa carrière pour des raisons de santé, est l'un des dossiers les plus épineux à régler d'ici à la Coupe du monde 2027, tandis que la concurrence qui fait rage en deuxième ligne ressemble, par exemple, plutôt à un souci de riche.
Concernant l'animation de tout ce beau monde, la symphonie orchestrée par le trio Dupont-Jalibert-Ramos face au Trèfle et au Poireau a été remise à plus tard, à la veille d'accueillir l'Italie – du fait du forfait de l'ouvreur bordelo-béglais –, sans jamais renouer avec sa fluidité initiale. Et samedi face aux Anglais, si les trois joueurs cités ont trouvé la faille en mettant sur orbite la fusée "LBB", c'est via des coups de pied parfois improvisés qui font aussi le charme du rugby, mais ne constituent pas un plan de jeu. Quoique…
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"Ce match est un Culbuto géant, il a basculé 58 fois"
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