Tournoi des Six Nations | Avant France - Angleterre, la relative métamorphose de la Rose

Eurosport sur Google

L'Angleterre a troqué son costume de machine invaincue pendant un an pour celui de bécane souffreteuse. Adversaire de la France – qui vise le gain du Tournoi samedi à Saint-Denis –, le XV de la Rose vient d'aligner trois défaites, dont une inédite face à l'Italie. En termes de bilan, l'évolution est kafkaïenne. Le contraste est moins saisissant au niveau du jeu proposé et de la menace représentée.

Lafond : "Ma main au feu qu'on va mettre 30 points aux Anglais"

Video credit: Eurosport

Un an passé à gagner. Entre le 8 février 2025 et le 7 février 2026, le XV de la Rose n'a connu que l'allégresse de la victoire, l'ersatz de Crunch remporté par "France A" face à "Angleterre XV" en juin dernier n'étant – à juste titre – pas comptabilisé dans le bilan des deux nations. En douze mois, Steve Borthwick et son escouade ont empilé douze succès, dont un (initial) face aux Bleus et, surtout, un triomphe en novembre contre la Nouvelle-Zélande (33-19, après avoir été menés 0-12).
Cependant, cela ne vous aura pas échappé : nous ne sommes point le 8 février au matin. Les Anglais ne célèbrent pas leur année immaculée dans des effluves de bière. Et si leur gueule de bois point, c'est plutôt pour masquer leur chagrin. Depuis qu'ils ont corrigé un pays de Galles en lice pour la cuillère de bois lors de la première journée du Tournoi (48-7) rien ne va plus pour eux. Leur série en cours ? Trois défaites, dont une historique – parce qu'inédite – face à l'Italie, samedi dernier.  

Un cauchemar en trois temps

L'équipe conquérante qui s'avançait en challenger n°1 du XV de France s'est transformée en un penaud rival qui tentera, samedi à Saint-Denis (21h10), de priver son hôte de la victoire finale, à défaut de la décrocher. C'est en Ecosse (comme pour les Bleus) que la machine s'est enrayée : début de match catastrophique (17-0 à la 15e), repli emprunté d'Ellis Genge, carton rouge de 20 minutes pour Henry Arundell etc. tout s'est mal goupillé et la Calcutta Cup s'est envolée (31-20).
Châtiée à domicile par l'Irlande après une nouvelle entame défavorable (21-42), la formation cornaquée par l'ancien deuxième ligne a été remaniée avant le déplacement italien. Avec une dizaine de changements dans le XV de départ, sa mission était d'éviter un camouflet plus du tout impensable. Celui-ci s'est matérialisé à Rome (23-18) et voici donc les inventeurs du rugby à un pas de s'incliner à quatre reprises dans un même Six Nations, ce qui serait une première.
Cet enchaînement infernal a mis en exergue la fragilité du redressement de l'Angleterre, que l'on pouvait soupçonner pérenne à l'aune d'une génération prometteuse, incarnée par Northampton, finaliste de la dernière Champions Cup. Rien à voir, pensait-on, avec le trompe-l'œil de la troisième place anglaise lors de la Coupe du monde 2023, venue conclure une année marquée par des revers retentissants à Twickenham, face aux Fidji (22-30) et à la France (10-53). Et pourtant…
Les quinze derniers matches de l'Angleterre (score anglais à gauche, même à l'extérieur)

Les quinze derniers matches de l'Angleterre (score anglais à gauche, même à l'extérieur)

Crédit: Quentin Guichard

Douze victoires de suite, une série trompeuse ?

Avec du recul – et l'avantage, qu'il serait malhonnête d'omettre, de juger a posteriori –, la kyrielle de succès du XV de la Rose était de nature à inspirer la prudence. Le tableau de chasse d'Albion lors de ses douze sorties réussies ne comprenait pas l'entièreté du gratin mondial. L'Irlande et surtout l'Afrique du Sud n'ont pas croisé la route des Anglais durant leur période faste, magnifiée par cette fameuse victoire face à des All Blacks balbutiants, dont le sélectionneur a depuis sauté.
Et si l'on rembobine jusqu'au point de départ de la parenthèse enchantée vécue par Maro Itoje et sa bande, on tombe sur un match que la France aurait pu remporter de cent manières et a perdu en faisant preuve d'une maladresse confondante eu égard à ses standards (26-25). La rencontre suivante, remportée 16-15 contre les Ecossais, avait confirmé l'aptitude des Anglais à enfin s'imposer lors des duels serrés, mais pas témoigné d'une mainmise transcendante.
Le géant nordiste n'était donc que guéri de manière superficielle. Au point que l'on s'interroge outre-Manche, dans les colonnes de The Telegraph, sur la possibilité de rappeler Owen Farrell (34 ans) en vue de la prochaine Coupe du monde, alors qu'il n'a plus été sélectionné depuis le dernier Mondial. Une façon d'estimer urgente la situation qui tranche avec l'environnement de sur-confiance dans lequel baignait cette équipe avant le Tournoi (voir pronostic de James Haskell ci-dessous).

Résignation romaine

L'optimisme ambiant a laissé place à une sorte de renoncement interne, quand l'alignement anglais n'a même pas sauté pour contester l'ultime lancer italien, dans un Stadio Olimpico en liesse. Comme si les Anglais avaient accepté leur sort, lors de ce gadin qui fera date et qui était en partie dû à une indiscipline récurrente : deux cartons jaunes durant cette rencontre, sept et un rouge sur l'ensemble de la compétition (personne ne "rivalise" en la matière).
Pénalisée par cette indiscipline – autant une conséquence qu'une cause de ses maux –, ainsi que par des blessures (celle d'Immanuel Feyi-Waboso notamment) qui sont le lot de tous, l'Angleterre n'est pas méconnaissable dans son approche du rugby. La métamorphose vaut en termes d'efficacité (évaporée) plus qu'au niveau du degré d'ambition du jeu déployé, qui n'a jamais été révolutionnaire depuis la nomination de Borthwick en décembre 2022.
picture

Terrassé en Ecosse : les raisons du naufrage français

Video credit: Eurosport

Dans les 22, ça se corse

Lors du Tournoi 2025, le XV de la Rose était en milieu de tableau, rayon nombre d'entrées dans les 22 mètres adverses (8,6/match), mais il récoltait quatre points par incursion dans cette zone du terrain (meilleure moyenne des six nations en lice). Cette année, seule la France pointe plus souvent le bout de son nez proche de l'en-but opposé (11,8) que ne le font les Anglais (10,8). Problème pour ces derniers : ils n'y glanent que 2,3 points (seule l'Italie fait moins bien), contre 3,5 pour les Bleus.
Via une analogie footballistique, cela fait écho au sacro-saint dernier geste. Quand il ne vous manque que lui, difficile de savoir si vous êtes près de la vérité ou loin du compte. Aborder ce sujet de la proximité avec la terre promise par le prisme défensif est encore plus déprimant pour l'Angleterre, qui concède le moins d'entrées dans ses 22 mètres… mais le plus de points à ces occasions. Des statistiques d'équipe embourbée dans un cercle vicieux, plus que de formation à la rue.
De radieuse à hideuse, la dynamique du XV de la Rose a ainsi diamétralement changé. Mais la méfiance qu'il doit susciter n'a peut-être pas tant évolué. Lorsqu'il avait eu le dernier mot l'an passé face aux hommes de Fabien Galthié, il était déjà mal-en-point. Le XV de France lui avait donné un élan fantastique, voire fantasmagorique, en trébuchant à Twickenham. Il devra cette fois le plonger encore un peu plus profondément dans ses doutes, pour glaner un deuxième trophée de rang.
picture

Lafond : "Parler du 'plus petit vestiaire du monde' était une connerie"

Video credit: Eurosport


Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité