Champions Cup - Maxime Baudonne (Racing 92), super joueur et non super-héros : "Il a toujours un temps d’avance"
Eurosport sur GoogleCHAMPIONS CUP - Impressionnant. Son gabarit ne l’est pas tant, mais son début de carrière, si. Maxime Baudonne, troisième ligne de 20 ans, s’illustre avec le Racing cette saison. En vue dimanche face aux Harlequins, il brille aussi en Top 14 (3 essais). Florent Guichard, qui l’a coaché en Espoirs, relativise son côté poids léger (1,88m, 97kg), énumère ses qualités et se prononce sur son potentiel.
Maxime Baudonne (20 ans) fait ses preuves cette saison avec le Racing 92
Crédit: Quentin Guichard
Si vous croisez Maxime Baudonne dans la rue, c'est un jeune homme costaud. Si vous l’observez sur un terrain de rugby, il devient un joueur au gabarit relativement modeste (1,88m, 97kg), surtout parmi les avants. Le troisième ligne du Racing 92 fait pourtant partie de l’effectif professionnel, à seulement 20 ans. Il pèse même sur les rencontres, comme il l’a encore fait dimanche en Champions Cup. Son visage tuméfié ajoutant une pointe d’héroïsme à sa performance.
Est-ce vraiment un exploit, à l’aune de ses mensurations ? "La qualité athlétique n’est pas liée au volume, parfois on confond un peu, modère d’emblée Florent Guichard, qui l’a entraîné en Espoirs chez les Ciel et Blanc. Si on pose la question aux préparateurs physiques qui ont Maxime en charge, ils disent que c’est un joueur puissant." Selon lui, Baudonne n’est ainsi pas obligé de briller par l’évitement : "Il ne souffre pas au contact, il arrive même à en dominer certains."
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Maxime Baudonne (Racing 92) essaie de se faufiler dans la défense du MHR - 08/01/2023
Crédit: Getty Images
"Une 'intelligence-rugby' au-dessus du lot"
Oubliez donc le fantasme du freluquet qui parvient à faire la nique aux titans. Reste que Maxime Baudonne ne s’appuie tout de même pas sur sa force brute pour se démarquer. "C’est un joueur qui a trois poumons, donc même s’il ne fait pas 120 kilos, il va compenser par d’autres énormes qualités physiques, développe son ancien coach. Il a une 'intelligence-rugby' au-dessus du lot, un sens de l’anticipation qui fait qu’il a toujours un temps d’avance."
Illustration lors de la victoire à domicile du Racing face aux Harlequins, ce week-end (30-29). Servi par Gaël Fickou, Baudonne a identifié un espace puis manœuvré tel un trois-quarts centre – "Il y a joué en Crabos pour les besoins de l’équipe", nous glisse Guichard – pour s’infiltrer dans la défense adverse avant de bien négocier un deux contre un, envoyant Francis Saili en terre promise. Et il sait aussi conclure en personne, avec 3 essais en Top 14 cette saison.
"Il peut devenir l’un des cadres de cette équipe, il a fait un excellent match à Montpellier (défaite avec le bonus défensif, ndlr), estime notre consultant Jean-Baptiste Lafond. Il a des mains, des capacités de franchissement, de prise d’intervalle. C’est un n°8 moderne et technique, dans le style de Charles Ollivon, assez souple, pas énorme de puissance à la Duane Vermeulen." En un mot ? "Ce sera un joueur polyvalent toute sa carrière", envisage Florent Guichard.
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"Il n’y a que deux clubs français qui peuvent gagner la Coupe d’Europe"
Video credit: Eurosport
Le revers de la médaille des "super-pouvoirs"
"Max [Baudonne] peut jouer partout, sauf à l’aile, parce qu’il n’a pas assez de cannes", exagère-t-il même avec le sourire. Le débat semble plutôt se situer entre les postes de flanker et de troisième ligne centre, rôle tenu par l’homme au casque bleu en ce début de carrière remarquable. "Sera-t-il plutôt un n°7 ou un n°8 ? Cela dépendra des choix collectifs de l’entraîneur", élude l’ex-manager des Espoirs altoséquanais.
"Il ne présente pas un énorme point fort sur lequel il va pouvoir construire sa différence", analyse le technicien qui officie toujours au Racing, en tant que "responsable du projet de formation". "Je n’ai pas récupéré un joueur en retard dans son processus de formation, loin de là, poursuit-il. Mais il y avait encore quelques points d’amélioration que l’on a bossé ensemble, notamment son activité et son efficacité au 'contest', le travail dans la zone de ruck en défense."
"Ce profil (de polyvalent) avait un peu disparu de la circulation", considère l’éducateur, sur fond de remise en question : "On a eu tendance à travailler sur l’identification d’une unique plus-value, sur la notion de 'super-pouvoir'. Avec cette volonté de spécialiser les joueurs très tôt, on peut certes leur créer des super-pouvoirs mais aussi les enfermer dans un registre." Un écueil donc esquivé par Baudonne, archétype du "joueur multifacette."
D’où "un chantier assez large" pour cultiver ce côté homme à tout faire. "On a également insisté sur son leadership en touche, et même sur son leadership en général, se remémore Guichard. Parce que je pense que ça peut être à terme le capitaine d’une équipe." Avant de lorgner un brassard, Maxime Baudonne doit confirmer, prendre de l’épaisseur dans tous les sens du terme : "Il va gagner en densité et en volume, obligatoirement, avec les années de pratique." Il lui faudra de larges épaules, si son ascension perdure sur ce rythme effréné. Est-il prêt à cela ?
Premier atout : la surprise de le retrouver là, si haut, si tôt, n’est pas si grande. "Il a dominé dans toutes les catégories d’âge, il a toujours été identifié comme ayant un très fort potentiel. Personne ne tombe de sa chaise face à la petite éclosion qu’il est en train de connaître", assure celui qui œuvre au Racing depuis 2011, soit deux ans avant l’arrivée au club de Baudonne. Deuxième atout ? La mode n’est pas aux complexes.
"Les joueurs de cette nouvelle génération ne se posent pas de question, note Guichard. Ils font preuve d’une certaine assurance, d’une autodétermination dès le plus jeune âge… c’est une force." Force qui peut se muer en faiblesse. "L’enjeu (pour Maxime Baudonne) va être mental, cela va dépendre de sa capacité à ne pas se faire bouffer par sa future réussite, dont personne ne doute, résume-t-il. Il faut qu’il arrive à garder les pieds sur terre. Je suis sûr qu’il est bien entouré." Et de conclure : "C’est ce qui va définir s’il va faire une grande carrière internationale ou pas."
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Maxime Baudonne avec l'équipe de France U20, en 2021
Crédit: Imago
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