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"Apprivoiser la Streif"

Eberharter : "Apprivoiser la Streif"
Par Eurosport

Le 22/01/2010 à 21:49Mis à jour

"Celui qui gagne à Kitzbühel est une grosse pointure" : Le champion olympique Stephan Eberharter a marqué l’histoire avec sa victoire en 2004, où il a mis la concurrence à plus d’une seconde. Dans l'interview qu'il nous a accordée, la légende du ski s’est entretenue sur le mythe de la Streif.

"Quand tu attends dans le portillon de départ, tu entends la Streif aboyer – et si tu n’aboies pas en retour, alors elle te mord " - a dit une fois Andreas Schifferer sur la Streif. STEPHAN EBERHARTER, comment décririez-vous ce parcours tellement notoire ?

S.E. : C’est vraiment ça, la Streif te montre ses crocs et tu ne dois pas te laisser impressionner. Au contraire : à Kitzbühel tu dois être actif sur tes skis, avec beaucoup d’engagement et de courage – c’est ainsi que tu obtiens les meilleurs résultats et qu’il se passera le moins de choses.

STEPHAN EBERHARTER , qu'avez-vous ressenti lorsque vous êtes descendu la Streif pour la première fois de votre vie?

S.E. : Je me suis senti un peu comme les jeunes pilotes automobiles d’aujourd’hui – je n’étais pas particulièrement heureux. Je devais d’abord tranquillement me familiariser avec la piste. C’est seulement au fil des ans que j’ai réussi à apprivoiser la Streif et même à l‘aimer. Mais pour tous ceux qui sont pour la première fois à Kitzbühel, c’est un petit choc quand on jette son premier coup d'oeil du haut de la piste.

On raconte que votre ancien partenaire de chambre Peter Wirnsberger vous aurait déconseillé lors d’un entrainement de prendre le départ de la Streif en raison des conditions extrêmement difficiles...

S.E. : Oui, cette histoire est vraie. A cette époque, j'étais un nouveau venu dans l'équipe de descente. L'expérimenté Peter Wirnsberger voulait sans doute m’intimider un peu avec ce "truc". Il m'a dit que la piste était "plutôt terrible" et qu’"il était plutôt préférable de ne pas descendre si ce n'était pas vraiment nécessaire". Un peu plus tard, je me suis lancé malgré son avertissement.

Qu’est-ce qui rend la descente à Kitzbühel si attrayante?

S.E. : Ce n'est pas seulement la piste à elle seule. Kitzbühel est un mythe. L'atmosphère et tout ce qui passe autour jouent désormais également un rôle important. Le programme général est devenu très attractif et de nombreuses soirées sont organisées. De plus, de nombreuses célébrités viennent pour la course de coqs. La télévision retransmet l'épreuve phare dans le monde entier. Cela aide à rendre le ski plus populaire. En plus, c'est le défi Streif: celui qui gagne à Kitz' est une grosse pointure du ski alpin.

Vous avez tout gagné dans votre carrière. Quelle importance portez-vous à vos deux victoires à Kitzbühel dans l'épreuve reine (2002 et 2004) ?

S.E. : Une très haute importance. En tant que compétiteur il faut avoir gagné une fois à Kitzbühel. Ca m’est arrivé, grâce à Dieu, à deux reprises. Je peux le ressentir en particulier à la réaction des gens qui n’oublieront jamais ma victoire en 2004, lorsque j'ai relégué la concurrence à plus d’une seconde. On m’en parle encore aujourd'hui. Une victoire à Kitzbühel est quelque chose de vraiment spécial.

Quelle est votre recette personnelle pour gagner sur la Streif?

S.E. : C'est un long chemin pour engranger une telle confiance, qui vous permet de prendre une ligne encore plus directe et étroite, comme j’ai pu le faire en 2004. L'expérience de toutes ces années en Coupe du monde joue un rôle primordial. C’est comme ça qu’on ne se laisse plus déconcentrer par les événements extérieurs comme les coupures ou les chutes. On suit tout simplement son propre chemin en essayant de ne pas faire de faute, de se concentrer sur son travail et de ne pas se laisser influencer. Cela conduit à un succès garanti.

Qui sont vos favoris pour la victoire en 2010?

S.E. : Les Usual Suspects: Bode Miller, Didier Cuche et Michael Walchhofer vont faire jouer toute leur expérience. Carlo Janka et Mario Scheiber font aussi parti des sérieux prétendants. On ne doit pas oublier ces deux là.