Lorsqu’il a pris la 50e place de la première descente de sa carrière, à Lake Louise en novembre 2003, Jacques Chirac était encore président de République et Clément Noël, la pépite actuelle du slalom français, n’avait que 6 ans. Personne ne s’attendait alors à voir Johan Clarey se lancer dans une carrière aussi réussie, malgré une 4e place sur la descente des Mondiaux juniors de Verbier en 2001. Et, encore moins, qu’elle serait aussi longue. Voilà plus de 17 ans que l’Annécien roule sa bosse sur le circuit de la Coupe du monde, avec autant de passion et d’enthousiasme qu’un jeune premier. "Tout le monde me demande mon secret, avouait-il avec un sourire après son podium à Garmisch l’an dernier. J'ai encore la passion de mon sport et j'ai la chance d’avoir encore beaucoup de fraîcheur, c'est ce qui compte". Ça compte, certes, mais si ça suffisait, tout le monde performerait aussi vieux, ce qui n’est pas le cas.

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Alors comment expliquer cette explosion tardive du Français, qui n’a jamais été aussi fort que depuis deux hivers, à la trentaine dépassée depuis bien longtemps ? "Je pense que sa forme vient en grande partie de son physique, tentait d’expliquer l’entraineur de l’équipe de France de vitesse Yannick Bertrand. Si vous le voyiez à la musculation… Les jeunes comme Mathieu Bailet sont censés avoir plus de puissance, plus d’explosivité et tout mais ils n’en ont pas plus que lui ! Mais, en plus, il est endurant. A une époque, sur un vélo, il avait beau peser 100kg, il te montait des cols comme s’il en pesait 60 !" Le physique n’a toujours été un avantage pour le Tricolore, opéré en 2013 pour des douleurs de dos. Mais tout ces désagréments sont derrière lui maintenant. "Physiquement, c’est vraiment une bête, explique-t-il. Iil met beaucoup d’implication sur l’entrainement physique et du coup, il est fort, il a la caisse et ça lui donne confiance ". Surtout, Johan Clarey brille par sa rigueur aux entrainements.
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Il ne saute pas une seule séance d’entrainement
Pas question de se laisser aller, même à 40 ans. Surtout à 40 ans. "Avec l’âge, c’est sûr qu’il ne travaille pas pareil, raconte Bertrand. Il fait peut-être un peu moins de volume mais il ne saute pas une seule séance. Il est rigoureux, il est consacré à 100% au ski et il met tout en place autour de lui pour que cela se passe bien. Il pourrait se dire ‘Je vais prendre un peu plus de vacances’ ou ‘Je vais un peu plus profiter de la vie’ mais ce n’est pas le cas. Il a une rigueur et une hygiène de vie qui sont parfaites. Il est obligé de faire tout ça pour garder le rythme des jeunes et, comme il le fait bien, il reste à leur niveau athlétique". Un exploit, déjà. Les sportifs de haut-niveau qui performent passés la quarantaine ne sont pas légion (Bjoerndalen a été champion olympique et Zootemelk vainqueur du Tour à 40 ans), même s’il n’est pas rare de voir des "vieux" performer en descente.

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"La vitesse et la technique demandent des qualités physiques bien différentes, analyse l’entraineur tricolore. En descente, ça sera plutôt de la force et de l’endurance alors qu’en géant et en slalom, ce sera plus de l’explosivité. Du coup, forcément, les vieux réussissent mieux en vitesse. L’autre avantage des vieux en descente, c’est l’expérience. Celui qui a de l’expérience, il a moins peur, il sait où il va, il perd moins d’énergie là où il n’y a pas besoin d’en mettre… Un mec qui gagne la Coupe d’Europe en slalom, il a le niveau pour faire top 15 en Coupe du monde. En descente, c’est plus difficile. Il a un temps d’acclimations et d’apprentissage. Il faut faire plusieurs fois les pistes de descente pour les appréhende. Du coup, les descendeurs performent naturellement plus tard". Mais rares sont ceux qui, comme Johan Clarey, sont meilleurs après 35 ans qu’avant.
Il sait que le jour où il faudra prendre les risques, il les prendra
Car, non content de continuer à être au top niveau, le Français semble s’améliorer année après année. Depuis sa 2e place dimanche sur la Streif, il occupe la 3e place du classement de la Coupe du monde de descente. Lui qui n’a jamais fait mieux que 7e en fin de saison avec 286 points en compte déjà 217 alors qu’il reste trois descentes ! Une régularité nouvelle liée en grande partie à sa décontraction nouvelle. "Il est un peu plus tranquille, il gère plus les sessions d’entrainements, explique Yannick Bertrand. Sa grande force, c’est qu’il est toujours très lucide, il a toujours un bon retour sur lui-même. Quand il est mauvais, il le sait. Quand il fait des trucs biens, il le sait aussi. C’est un vrai et rare avantage. Pour nous les coachs, c’est top. Parfois, on est là pour leur dire ‘Là tu penses que tu étais bien mais en fait pas du tout’ mais, avec Johan, ce n’est pas la peine. Il le sait".

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Et cette lucidité sur ses performances lui sert aussi à éviter des risques inutiles sans s’alarmer ou se méprendre sur un éventuel souci. "Quand les conditions ne sont pas très bonnes à l’entrainement, à l’automne par exemple, il n’a pas envie de prendre des risques inutiles, raconte le coach tricolore. Avec l’âge c’est normal mais, ce qui est fort, c’est qu’il est conscient de ça. Il le sait et il sait que le jour où il faudra prendre les risques, il les prendra. Du coup, il garde un peu plus d’énergie pour la course". Où il met alors tout ce qu’il n’a pas mis aux entrainements, malgré l’appréhension qui le guette à tout instant. "Le stress, c'est le truc qui me coûte un petit peu, avouait-il après Garmisch l’an passé. Mais j'arrive à me libérer les jours de course et c'est ce qui est important". Et il a bien raison.

Deux records avant un troisième prochainement ?

"Le plus dur avec l’âge c’est pourtant de continuer à s’engager à 100%, nous dit pourtant Yannick Bertrand. Mais, si t’arrives à faire abstraction de ça en course, tu peux performer". Et même pourquoi pas enfin glaner sa première victoire en Coupe du monde, après dix-sept saisons sur le circuit. "On aimerait qu’il en gagne enfin une, en tout cas moi j’aimerais bien pour lui, avoue t-il. Après pour réussir à gagner… Aujourd’hui, il fait une course de folie et Feuz arrive quand même à le battre. Parce qu’il en a mis plus, parce que c’est un meilleur descendeur que lui. Il y a moyen d’aller le chercher mais ça sera difficile".

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L’an dernier, Johan Clarey assurait vouloir continuer jusqu’à ce qu’il gagne et, ce dimanche, il a déclaré repartir pour un an. 365 jours, et même un peu plus, pour enfin décrocher ce succès qui le sacrerait évidemment comme le vainqueur le plus âgé de l’histoire. Après avoir été le skieur le plus agê sur un podium en Coupe du monde et aux Mondiaux mais aussi après avoir été le plus rapide de l’histoire, avec ses 161,9km/h à Wengen en 2013. Décidément, le Français aime battre les records. Et nous, on adore ça.
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