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D'un bout à l'autre des Mondiaux, Pinturault s'est (enfin) comporté en patron

D'un bout à l'autre des Mondiaux, Pinturault s'est (enfin) comporté en patron

Le 18/02/2019 à 12:09Mis à jour Le 18/02/2019 à 15:50

MONDIAUX 2019 - Malgré une 4e place frustrante sur le slalom, Alexis Pinturault peut tirer un excellent bilan des ces Mondiaux, marqués par le premier titre de sa carrière (combiné) et une médaille de bronze en géant. Longtemps inefficace sur les grands événements, le Français semble enfin avoir trouvé la formule pour répondre le jour J. À bientôt 28 ans, il semble enfin arriver à maturité.

Ce n'était pas la conclusion rêvée pour le clan français. Après l'argent de Johan Clarey (super-G), l'or du combiné et le bronze du géant d'Alexis Pinturault, l'équipe de France ambitionnait haut et fort une 4e et dernière médaille à l'occasion du slalom, dernière épreuve des Mondiaux d'Are. Il y avait de quoi vu les formes respectives de Pinturault (trois podiums en janvier) et Clément Noël (vainqueur à Wengen et Kitzbühel) entre les piquets. Mais le podium leur a finalement échappé.

Si Noël a déçu (7e) malgré un rapproché intéressant en seconde manche –"Finir à trois dixièmes (de la médaille), c'est quand même assez frustrant" -, on ne peut pas en dire autant de Pinturault, qui a couru en patron sans être récompensé de ses intentions.

Excellent en première manche - 2e temps à 56 centièmes de Hirscher mais huit dixièmes de mieux que le 4e - le skieur de Courchevel a tout tenté lors du run final, mais il a commis une faute d'intérieur qui l'a relégué à la 4e place. L'erreur lui a coûté une bonne seconde. Il y aurait de quoi nourrir d'immenses regrets vu ce qui lui a manqué pour la breloque (17 centièmes). Mais aussi pour la médaille d'or, Hirscher ne l'ayant battu que de 93 centièmes, un écart somme toute à relativiser sachant que l'Autrichien savait que le Français était parti à la faute.

"Mon bilan est plus que positif"

"C'est comme ça. J'avais envie de jouer, pour essayer de chercher le devant de la scène" a préféré relativiser le skieur de Courchevel, qui trouvait que son bilan n'était en rien obscurci par le scénario de ce slalom. "Je suis très, très heureux (de mes Mondiaux). Mon bilan est plus que positif. Malgré cette énorme faute, je finis encore 4e aujourd'hui. J'étais tout le temps à la bagarre pour jouer la médaille d'or, et ça, c'était l'essentiel. Et c'est ce que je retiendrai."

Pinturault semble enfin avoir fait sa mue. Plus que les résultats, la manière dont il a mené sa quinzaine a en effet de quoi le réjouir. Depuis le début de sa carrière, le Français ne parvenait pas à convertir son talent sur le circuit (21 victoires en Coupe du monde jusqu'à présent) en médailles sur les grands événements. C'était un phénomène. Mais pas encore ce champion capable de mettre au fond le jour J.

Ce constat avait atteint son paroxysme il y a deux ans, repartant bredouille de Saint-Moritz sous fond de crise. L'an dernier, la bascule a commencé à s'opérer lors des JO de Pyeongchang, où il a décroché le bronze en géant (comme en 2014) et l'argent du combiné. Are était pour lui l'occasion de confirmer.

Et il l'a parfaitement fait alors que, paradoxalement, il n'a plus goûté à la victoire depuis plus d'un an. En Suède, Pinturault a joué la gagne dans chacune des disciplines. Ça a fonctionné en combiné (son premier titre en carrière), le coup n'est pas passé loin en géant (meilleur temps de la 1re manche et 3e place à 42 centièmes du Graal), et il méritait une toute autre conclusion pour le slalom.

Le patron des Bleus

Sur cette quinzaine, il a ainsi été la locomotive de l'équipe de France (qui a terminé 5e au tableau des médailles en décrochant pour la 5e fois consécutive au moins un titre) et son plus grand pourvoyeur de médailles (deux sur trois), alors que Tessa Worley est passée à côté (6e en géant et 16e en super-G), tout comme Clément Noël. Sans Pinturault, la quinzaine aurait été bien morose pour les Bleus, mis à part l'extraordinaire super-G masculin (médaille d'argent de Clarey, trois Français dans le top 7)

Avec un peu plus de réussite, dimanche, Pinturault aurait été l'unique skieur de ces Mondiaux à avoir accroché trois podiums. Et il serait devenu le premier Français triplé médaillé aux Mondiaux depuis Jean-Claude Killy. Raté pour cette fois. Mais deux médailles sur une même édition, c'est déjà un événement. Du jamais vu depuis Julien Lizeroux (2e du combiné et du slalom à Val d'Isère), qui avait succédé en la matière à Danielle Debernard … 3e du géant et 2e du combiné en 1976.

L'avenir dira si Pinturault aura vécu un vrai déclic ou non à Are, si cette quinzaine aura été son apogée ou bien seulement un nouveau cap de franchi. En tout cas, si Marcel Hirscher venait à prendre sa retraite d'ici peu et laisser vacant son statut de patron, on en connaît un qui serait prêt à assurer sa succession.

Alexis Pinturault lors du slalom des Mondiaux 2019

Alexis Pinturault lors du slalom des Mondiaux 2019Getty Images