Marcel Hirscher a annoncé mettre fin à sa carrière début septembre. Avez-vous vu venir cette nouvelle ?
ALEXIS PINTURAULT : Non, ça m’a complètement surpris. Moi, je n’y croyais pas à ces rumeurs. Je ne sais pas si je n’y croyais pas ou si je ne voulais pas y croire. Car je fais partie des athlètes qui auraient aimé qu’il continue, qui aimaient cette rivalité, et qui avaient toujours envie d’aller plus haut pour essayer de progresser, pour aller gagner avec lui et contre lui. C’est ce genre de rivalité que j’aimais bien avec lui.
Avez-vous été déçu par une telle décision ?
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07/10/2020 À 10:33
A.P. : Pas déçu car ma carrière, je ne la faisais pas pour lui. Mais il y aura forcément un petit quelque chose de particulier sur les premières épreuves de l’hiver.
Que symbolisait l’Autrichien à vos yeux ?
A.P. : Marcel est l’un des plus grands athlètes de mon sport. Certainement le plus grand. S’il n’a pas battu le seul record qui lui restait à battre, celui du nombre de victoires de Stenmark (86 en Coupe du monde), c’est uniquement parce qu’il a décidé d’arrêter à 30 ans.
Va-t-il vous manquer ?
A.P. : Forcément, un petit peu (il sourit). Après, chaque chose a une fin. Chaque skieur est censé arrêter. Il y a eu des grands noms avant, il y aura des grands noms après. Lui, il fait partie de ceux-là, et je le répète, mais il est peut-être l’un des plus grands.

Marcel Hirscher

Crédit: Getty Images

Son départ ouvre un boulevard pour ses adversaires en vue du gros globe. Vous avez toujours été mesuré au moment d’annoncer vos objectifs. Le discours change-t-il avec son absence ?
A.P. : En fait, je n’ai jamais été mesuré. C’est surtout notre sport qui se veut comme ça. On ne peut pas dire en début de saison : ‘cette année, je gagne le gros globe.’ On sait tous que pour y parvenir, il faut maîtriser beaucoup de paramètres. C’est énormément de courses à gérer. Il y a énormément de victoires à aller chercher. Il ne faut pas avoir de coups de mou. Il ne faut pas tomber malade. Il y a énormément de choses qu’on ne peut pas maîtriser.
Mais vous ne pouvez pas nier que vous êtes le candidat numéro un à la succession de l’Autrichien, avec Henrik Kristoffersen ?
A.P. : Bien entendu, je sais que je fais partie des favoris pour aller chercher ce gros globe de cristal. Mais il y en a aussi beaucoup d’autres. On a un peu plus de cartes en main que par le passé car le plus gros concurrent n’est plus là. Mais la tâche n’en sera pas plus facile.
Revenons sur votre saison dernière, marquée notamment par votre titre mondial en combiné à Are, le premier de votre carrière. Un soulagement ?
A.P. : C’était un très bon moment. Vraiment un très bon moment. Un objectif que j’avais à cœur d’aller chercher et finalement, que j’ai obtenu.

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Que retenez-vous d’autre de votre saison 2018-2019 ?
A.P. : Ma régularité. Dans le sens où j’ai toujours été sur le podium, du début à la fin. Un peu de mal au tout début. Certainement quelques ajustements à trouver avec mon technicien. Et aussi sur les skis. Et après derrière, une très bonne régularité.
Vous avez aussi signé un retour tonitruant en slalom. A Zagreb, début janvier, vous êtes remonté sur un podium dans cette discipline cinq ans après…
A.P. : C’est vrai. Quand on repense à quelques années en arrière, je n’étais pas loin de me demander si ça ne valait pas le coup d’arrêter le slalom pour partir sur de la vitesse. Finalement, je suis bien content de ne pas avoir fait ce choix-là et d’être revenu sur les deux disciplines que sont le géant et le slalom.
Dans les nouveautés cette saison, il y a ce choix de la FIS de changer le règlement du combiné. Qu’en pensez-vous ?
A.P. : C’est un gros avantage pour les descendeurs. Dans le sens où, maintenant, ils vont partir devant lors de la manche de slalom. Nous, slalomeurs, on partira derrière. Les slaloms en combiné ont des conditions de neige qui ne sont pas les mêmes que sur des slaloms de Coupe du monde. Ils ne sont jamais injectés. Du coup, la piste se détériore extrêmement rapidement. Ça va certainement rééquilibrer la balance avec 50% de descendeurs et 50% de techniciens. Et donner une homogénéité dans cette discipline, un peu plus que dans le passé.

Alexis Pinturault

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A partir de cet hiver, vous allez bénéficier d’une cellule privée. Quelles sont les raisons qui ont dicté ce choix ?
A.P. : On y réfléchissait en fin de saison, l’an dernier, avec David (Chastan, le chef de l’équipe de France). On s’est demandé ce qui avait bien marché sur les deux dernières années. Où j’étais le plus épanoui ? Où je me sentais le mieux sur mes résultats mais aussi dans la manière de m’entraîner ? C’était pendant l’hiver. J’étais seul. J’ai mon propre emploi du temps car je suis le seul athlète français à faire autant de disciplines. Avec la Fédération, on a mis ça en place et les choses se sont montées comme ça. Maintenant, ce n’est pas uniquement sur l’hiver que j’ai un fonctionnement individualisé, c’est aussi sur l’été, sur l’ensemble de l’année.
C’est une vraie preuve de confiance de la part de votre Fédération qui rappelle forcément la méthode adoptée par Hirscher...
A.P. : La FFS a vu les bénéfices, les résultats. Elle a vu aussi la manière dont moi j’ai évolué personnellement, la manière dont je me sentais durant l’hiver. Je voulais que les choses qu’on met en place aient du sens. On part dans une direction intéressante…
La saison reprend à Sölden ce week-end avec le traditionnel géant d’ouverture. Une course dont vous êtes le tenant du titre. Et la météo s’annonce bonne cette année…
A.P. : Ça fait deux saisons qu’on n’a pas mis les pieds à Sölden, enfin sur la piste de la course. Les souvenirs sont assez lointains. C’est une piste que j’aime, une piste difficile. Les conditions sont exigeantes. Et j’ai toujours aimé ça. Ça concerne moins la course mais l’ambiance est magnifique là-bas. C’est la rentrée. C’est une énorme fête où l’on sent une atmosphère particulière. Finalement, après six mois d’attente, on peut enfin commencer à savourer.
Fin novembre, Levi accueillera le premier slalom. Ce n’est pas la même ambiance en Finlande…
A.P. : C’est beaucoup plus calme, c’est sûr. La piste est un peu plus facile. Il y a moins de monde. On est dans un climat un peu plus hivernal, plus Noël. Il y a les rennes et nous… (rires).
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