Voir Vincent Kriechmayr remporter la descente de Wengen n’a rien d’une surprise. Même si l’Autrichien vit un début de saison bien plus compliqué que son début d’année 2021 marqué par des victoires à Kitzbühel, Garmisch-Partenkirchen et Saalbach et deux titres de champion du monde, il faisait tout de même partie des favoris. Après tout, le natif de Linz s’était déjà imposé à Wengen, en 2019. Non, la surprise, elle tenait plus dans sa participation aux deux descentes. Car, logiquement, l’Autrichien n’aurait jamais dû pouvoir y prendre part.

Une polémique mais une victoire : le run gagnant de Kriechmayr

Selon le règlement de la Fédération Internationale de Ski, "l'entrainement officiel d'une compétition de descente fait partie intégrante de la compétition proprement dite. Les concurrents sont tenus d'y participer. Seuls les compétiteurs sélectionnés, inscrits et tirés au sort dans tous les entraînements officiels peuvent participer à la compétition". Seulement voilà : touché par le Covid19, Vincent Kriechmayr n’a pas pu participer aux entraînements, à la suite d’un test négatif trop tardif. Il n’aurait donc pas dû être au départ des deux descentes.
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La FIS assure que sa décision n’était pas "pour" Kriechmayr

Mais la FIS en a décidé autrement. Selon le règlement, il suffit d'être inscrit sur la liste de départ d'un entraînement (ce qui était le cas de Kriechmayr même s’il n’a pas participé) et de pousser le portillon à l'entraînement pour participer à l'épreuve. Alors, à la surprise générale, les organisateurs ont finalement autorisé l’Autrichien à participer, après lui avoir organisé un entraînement privé aussi court que grotesque. Une décision que la FIS assure avoir prise en raison de la situation sanitaire et non parce qu’il s’agissait du champion du monde de la discipline.

Les 3 secondes d'entraînement simulé de Kriechmayr qui ont déclenché la polémique (et les sifflets)

"Nous n'avons pas pris cette décision parce qu'il s'agit de M. Kriechmayr, expliquait vendredi le directeur des courses Markus Waldner. On l'aurait fait pour n'importe qui, parce que nous vivons une période de pandémie compliquée. En ces temps difficiles, il est important de trouver des solutions pour permettre à nos athlètes de participer dès l'instant où ils remplissent les critères requis dans les règlements. Cette décision n'a donné aucun avantage à l'athlète". Sauf que si : il a pu participer aux descentes, gagner, alors que le règlement l’en privait. Une injustice que de nombreux skieurs n’ont pas comprise.
Un scandale, il n’y a pas d’autre mot
A commencer par le tenant du gros globe de cristal Alexis Pinturault. Le Français, absent des épreuves de vitesse mais qui sera au départ du slalom dimanche, a montré sur les réseaux sociaux son incompréhension de la décision prise par les organisateurs, qui multiplient selon lui les erreurs ces derniers temps, après l’ubuesque slalom de Zagreb.
Au-delà de la surprise de la décision se pose la question de l’équité de celle-ci. La FIS aurait-elle agi de la même manière s’il ne s’était pas agi du double champion du monde de Cortina ? La Fédération assure que oui. "Le jury prendrait exactement la même décision pour tout autre athlète dans les mêmes circonstances", rassurait Markus Waldner vendredi. Mais cette promesse n’engage que ceux qui y croient et cela n’était pas le cas de Johan Clarey. "Si ça m'était arrivé, je n'aurais pas pu courir, regrette-t-il. Il y a eu du favoritisme".
Ça pourrait être utile une prochaine fois
Meilleur Tricolore en vitesse ce week-end, 18e ce samedi, le skieur de 41 ans n’en voulait pas à l’Autrichien mais regrettait que l’on ait changé le règlement juste pour qu’il puisse participer. "Je ne suis pas contre Kriechmayr, assure le Français. Dans l'absolu, on peut discuter de la règle, du fait qu'il fasse la descente sans entraînement, c'est discutable. Après, il y a des règles qui ont été mises en place et là on est hors règlement. Quand on est hors règlement, c'est indiscutable. Oui, c'est un scandale, il n'y a pas d'autre mot".
Moins vindicatif que le Français, Beat Feuz a toutefois admis que la décision était tendancieuse. "Le fait de le laisser partir ouvre le jeu à des spéculations, avouait-t-il vendredi après la première descente. Mais sportivement, Vincent n'a pas fait exprès de ne pas pouvoir venir ici. Donc c'est bien pour lui". Le Suisse aura pourtant été le premier concerné et perdant de la participation aux descentes de l'Autrichien puisque ce dernier l'a privé d'une 4e victoire à Wengen.
Mais le quadruple tenant du globe de descente préfère penser au long terme dans cette saison si particulière. Il voit dans cette décision si particulière un possible avantage en cas de mauvaise surprise liée au Covid19 dans le futur. "Une exception pourrait aussi nous être utile une fois", imaginait-il. A condition qu’elle ne soit pas liée au fait d’être le champion du monde, évidemment.
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