Pour bon nombre d’anglais, “The Class of '92” fait référence à la génération dorée de Manchester United en football qui remporte la FA Youth Cup avant de tout écraser sur son passage en Angleterre comme en Europe. Pourtant, ce n’est pas la meilleure “Class of 92” du Royaume-Uni puisque celle-ci se trouve en snooker. Car n’en déplaise à David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes et les frères Neville, ils ne sont pas grand-chose à côté de Ronnie O’Sullivan, John Higgins et Mark Williams, tous les trois passés professionnels en 1992.
C’est bien simple, à eux trois ils ont remporté 13 des 23 derniers Championnats du monde. Mieux, 17 des 23 dernières finales se sont disputées avec au moins un membre de cette classe 92. Preuve de leur longévité, leur talent et leur capacité à s’adapter au jeu de la nouvelle génération qui attend un déclin de leur part. En vain. Et si Ronnie O’Sullivan est sans discussion possible la tête d’affiche de cette génération, John Higgins et Mark Williams - qui s’affrontent à partir de vendredi (15h30) au deuxième tour des Championnats du monde - ont des sérieux arguments à faire valoir.

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D’un côté, il y a le quadruple champion du monde John Higgins, ses 31 victoires en tournoi classés - seuls Hendry et O’Sullivan font mieux -, ses 800 centuries et ses 11 breaks maximum. Et si, là encore, seul “The Rocket” peut se targuer d’avoir des meilleurs chiffres dans ces deux catégories, Ronnie O’Sullivan a pourtant vu son mate être désigné meilleur joueur de l’histoire par l’University of Limerick qui s’est basé sur une étude mathématique pour décerner ce prix officieux.
De l’autre côté, on retrouve le triple champion du monde Mark Williams et sa saison 2002-2003 totalement folle où il remporte les trois tournois de la triple couronne : le Masters, le Championnat du monde et l’UK Championship. Un exploit que ses deux camarades n’ont jamais réalisé, seuls Steve Davis et Stephen Hendry ayant validé ce grand chelem. Celui qui est devenu le premier gaucher champion du monde est aussi le seul à être monté sur le toit du monde chez les pros, les séniors et en snooker à six billes rouges.

Les trois membres de la classe 92

Crédit: Eurosport

Et s’ils ont comme point commun d’être tous les deux membres de l’ordre de l'Empire britannique et d’aimer jouer au poker, ils n’en restent pas moins totalement différents. Que ce soit football où l’Écossais supporte Everton tandis que “The Welsh Potting Machine” ne jure que par le rival de Manchester United. Mais surtout au niveau de la personnalité. John Higgins - qui a terminé troisième de l’émission Celebrity Mastermind où il devait répondre à des questions sur la série Dallas, spécialité qu’il avait choisie - étant plus introverti et moins rock'n'roll que Mark Williams et son tatouage du dragon gallois mangeant le drapeau anglais. Un tatouage qu’il a exhibé après sa victoire aux championnats du monde en 2018 où il est apparu nu - seulement couvert d’un drap autour de la taille - en conférence de presse pour honorer un pari qu’il avait fait.

Des duels légendaires

Avec une telle longévité, il est évident que ce ne sera pas la première fois que John Higgins - premier champion du monde de cette classe 92 - et Mark Williams vont se rencontrer autour d’une table de snooker. C’est en réalité leur 24e affrontement dans un tournoi classé où le bilan est actuellement de 12 victoires pour l’Écossais et de 11 pour le Gallois. Mais lors des championnats du monde, c’est bien Williams qui a l’avantage avec 3 victoires à 1.
Ces affrontements entre les deux hommes aux Championnats du monde ont souvent donné lieu à des rencontres légendaires. Il y a notamment cette demi-finale en 2000 où John Higgins mène 14-10 avant la dernière session avant de s’incliner 17-15. 21 ans après, l’Écossais n’a pas oublié cette remontada, ni l’origine de celle-ci : “Normalement on se sert la main avant de commencer une nouvelle session, mais il est allé directement à la table pour jouer. Cela m’a complètement déconcentré. J’y ai pensé toute la session et j’ai fini par perdre”.
18 ans après cette rencontre, c’est Mark Williams qui a tremblé face au “Wizard of Wishaw”, en finale de l’édition 2018 pour ce qui est souvent considéré par les amoureux du snooker comme l’une des plus belles finales des Championnats du monde. Que ce soit au niveau du jeu produit par les deux hommes, de la tension et du scénario. Avec le Gallois qui a toujours fait la course en tête, avant de voir son adversaire revenir à sa hauteur à chaque fois. De 7-3 à 7-7, de 14-7 à 14-10. Mais surtout de 15-10 à 15-15 avec un break à 131 pour égaliser. Et alors que Mark Williams refait le trou en menant 17-15, il manque la rose de match et voit John Higgins revenir à 17-16. Sauf que “The Welsh Potting Machine" est solide dans la tête et remporte finalement cette rencontre historique.
C’est donc avec l’envie de se venger que John Higgins va retrouver son compère au deuxième tour de cette édition 2021. Et Mark Williams compte bien se servir de son nouveau coup pour déconcentrer son adversaire : au moment d’ouvrir une frame, le Gallois fait rebondir la blanche contre la bande du fond pour qu’elle se cale tranquillement derrière le triangle de billes rouges afin de ne pas donner la moindre ouverture à l’adversaire. Une technique que certains sur le circuit qualifient d’anti-jeu. Mais tant que Williams checke du coude au début de chaque session, John Higgins ne lui en voudra pas.

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