La joie avant la détresse, comme souvent au final. Auréolé de son septième titre de champion du monde en mai dernier, record qu'il partage avec Stephen Hendry, Ronnie O'Sullivan avait fondu en larmes à l'issue de son dernier empochage face à Judd Trump (18-13). Et si ces sanglots ont été teintés de joie, une grosse part d'inquiétude et de peur ont guetté pourtant le natif de Worsley comme il l'a expliqué dans le podcast The Breakdown d'Eurosport UK.
Suivi par une équipe de Netflix pendant toute sa quinzaine à Sheffield, l'Anglais, de nouveau numéro 1 mondial incontesté, s'est montré beaucoup plus acerbe et critique sur la pression colossale et les coulisses qui enveloppent le plus grand événement de snooker de la planète. "Pour gagner le titre mondial, vous ne pouvez pas en profiter : vous devez aller puiser à l'intérieur plus qu'à n'importe quel moment…"

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Dialogue avec une machine

Actuellement sur le flanc en raison d'une blessure au bras, "The Rocket" se ménage et n'entend pas revenir avant octobre et le Masters de Hong Kong. Pour son bien et sa santé surtout. "Il y a environ huit ans, je jouais au snooker pour le plaisir. Je suis toujours compétitif parce que je suis une personne compétitive, mais j'ai dû réduire drastiquement le temps passé autour de la table pour en profiter davantage et pour pouvoir performer dans la durée."
Véritables machines psychologiques, les joueurs de snooker sont dans leur bulle autour de la table, encore plus sur le championnat du monde. "Ce n'est que quand c'est terminé que ça vous frappe et je n'aimais pas ce sentiment. Pendant le tournoi, vous mettez de côté beaucoup d'émotions et tout sort juste après à un point bien précis", explique O'Sullivan.
Avant de poursuivre. "C'est un événement difficile. Jusqu'à mon cinquième titre, dès que c'était fini, je me réveillais le lendemain et je me disais : 'oh, je pourrais le refaire'...". Mais ça, c'était vraiment avant pour l'Anglais. "Quand j'ai gagné en 2020, je me suis absenté dix jours où je n'ai répondu de rien. Le système nerveux a été comme pulvérisé après ces 17 jours d'affilée."

Ronnie O'Sullivan, en larmes après son septième titre de champion du monde.

Crédit: Getty Images

La bête Sheffield, la hantise des coulisses

Plus que la pression du rendez-vous, celle du lieu est probablement la plus forte. "Sheffield est un endroit difficile. C'est un lieu de gladiateurs. Il y a beaucoup de pression. Jouer là-bas, c'est toujours bien, c'est le meilleur endroit sur terre pour jouer", confie le septuple champion du monde.
Le champion a également évoqué les "dark places" selon ses propres termes. Comprenez toutes les coulisses et tout ce qui se passe hors de la table du côté de Sheffield. Et O'Sullivan confirme avoir pris sur lui pour ne pas succomber.
"Je devais donner mon sang, mes tripes et tout ce qu'il y avait, c'était ce que je devais faire", raconte le champion. "Cette année n'a pas été différente, mais je me suis promis de ne plus jamais aller dans les 'dark places' où le tournoi vous oblige à aller car c'est un test d'endurance mental, plus que physique."

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"Une tasse de thé, un café, quelques amis, je n'en demande pas plus…"

Si son sacre du dernier printemps a suscité nombre de réactions et d'hommages, le très simple Ronnie O'Sullivan ne voulait pas s'étendre dans des folies festives comme on n'aurait pu le penser, loin de là. "Je me contente d'une tasse de thé, de café, de quelques amis, je ne veux pas grand-chose de la vie pour être honnête avec toi", a-t-il lancé dans le podcast The Climb.
S'ils (ndlr, Netflix) ne me suivaient pas, j'aurais peut-être fait les quarts ou les demi-finales et j'aurais pensé que c'était suffisant parce que je n'aime plus aller si loin.
Et si Netflix a naturellement voulu capter tout l'engouement autour de O'Sullivan, ce dernier a dû faire quelques sacrifices, notamment sur tous les à-côtés du rendez-vous. "Je ne peux pas gérer ce cirque qui me rend fou… Le Championnat du monde est d'ailleurs le plus grand cirque de tous…" Avant d'évoquer son parcours. "Je ne voulais pas retourner dans l'arène, mais je l'ai fait. J'avais une équipe de tournage qui me suivait, ce qui m'a en quelque sorte incité à faire de mon mieux. S'ils ne me suivaient pas, j'aurais peut-être fait les quarts ou les demi-finales et j'aurais pensé que c'était suffisant parce que je n'aime plus aller si loin."
Oui, le champion a évidemment savouré son titre, mais toute l'agitation a confirmé sa défiance vis-à-vis du cirque de Sheffield. "Quand j'ai gagné, j'ai reçu 600 messages sur mon téléphone, tout le monde m'a dit bravo et m'a demandé si je partais pour aller chercher le huitième. C'est comme si mon pire cauchemar se réalisait à nouveau… À la réflexion, c'était génial de le gagner, mais je n'ai jamais été motivé par les records ou les récompenses. (...) Pour moi, il s'agit d'aimer ce que je fais et de jouer juste pour le plaisir, le traiter comme un passe-temps."
Co-détenteur du record de sacre au Crucible Theatre, "The Rocket" entend pourtant se présenter sur la ligne de départ pour aller chercher une huitième couronne au printemps 2023. Avec la pression en moins. "J'irai, mais je ne donnerai pas de sang, de sueur et de larmes."

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