1. Pinturault ou l'art de conclure

Comment ne pas le citer ? Le géant des finales de ski alpin, c’est la course de l’année, et pour Alexis Pinturault la course d’une vie. Il faut rappeler le contexte : depuis sa désillusion du géant des Mondiaux de Cortina d'Ampezzo, le Français patine et voit fondre sur lui Marco Odermatt, qui contre toute attente revient à 31 points avant les finales de Lenzerheide.
Tout le monde redoute le pire. L’annulation de la descente puis du super-G font certes les affaires de “Pintu”, mais il peut encore tout perdre à l’occasion du géant, qui marque l’avant-dernier rendez-vous de l’hiver. Va-t-il se liquéfier sous la pression, comme six jours plus tôt à Kranjska Gora ? Non. C’est tout l’inverse qui se produit. Dossard 1, Pinturault attaque comme un dingo, éclate la première manche, et maîtrise la seconde pour aller remporter en patron le premier gros globe de sa carrière. Une victoire qui a scellé, pour de bon, son entrée chez les géants.
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2. Les fondeurs et leur joie de cadets

Revenir à Oberstdorf, 16 ans après le titre de Vincent Vittoz, le seul de l’histoire du fond français, donnait à ces Mondiaux de ski nordique une saveur toute particulière pour l’équipe de France. La quinzaine allemande a d’abord été morose, la Team des sprinteurs puis Maurice Manificat ne parvenant pas à évoluer au niveau escompté. Mais il reste le relais, cette course qui a déjà apporté tant de bonheur aux Bleus et qui continue à les transcender, comme un flambeau qui se transmet, génération après génération.
Ce jour-là, les flocons transforment la piste en un chantier terrible. Le bondissant Hugo Lapalus, la valeur sûre Maurice Manificat et l’épatant Clément Parisse font le job pour mettre Jules Lapierre, le dernier relayeur, dans la position de ramener la médaille de bronze. Il conclura magnifiquement leur travail. Comme un grimpeur à l’attaque sur les pentes d’un col alpin, le champion du monde espoirs du 15km lâche les chevaux et ses adversaires dans l’interminable bosse du dernier tour.
Un virage à gauche, puis le voilà qui fonce dans la dernière ligne droite. Au bout, un mètre à peine derrière la ligne, ses trois potes n’en peuvent plus d’attendre. Ils balancent leurs bâtons, se sautent déjà dans les bras, partout, comme des cadets, avant de pouvoir enfin tomber de bonheur sur leur coéquipier. Une des scènes de joie de l’hiver.

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3. L’incroyable dernier tour de Simon

La mass start d’Oberhof, qui s'est tenue le 17 janvier, livre le parfait exemple de ce qui me fait tant aimer le biathlon depuis 20 ans, ce sport aux incessants rebondissements, par la grâce des passages face aux cibles mais pas seulement. Julia Simon n’est que 11e, à 47” de la tête de la course, au moment d’aborder son dernier tir debout. Vingt-et-une secondes plus tard, après avoir blanchi ses cinq cibles, elle remonte miraculeusement à la première place.
Le plus fou reste à venir. Sortie à trois secondes de la Française, Franziska Preuss revient sur la Française. Débute un improbable mano a mano dans le dernier tour. L’Allemande passe devant, et de manière définitive pense-t-on, puisque l’écart commence à se creuser légèrement. Mais c’est sans compter sur la hargne de la biathlète des Saisies, qui inverse la tendance, bouche le trou avant de placer un démarrage décisif. Un scénario fou. Le plus spectaculaire de la saison.

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4. Clarey, du vert au 3e inter

Cette année encore, “Yoyo” nous a épaté en devenant le premier quadragénaire à grimper sur un podium en coupe du monde. Et il ne l’a pas fait n’importe où : à Kitzbühel, sur la descente, s’il vous plait. Mais plus que sa 2e place derrière Beat Feuz, c’est sa course de l’avant-veille, terminée au 4e rang sur cette même Streif, que je retiens personnellement. Le Tignard avait chuté lourdement lors du dernier entraînement : sa participation pour la première descente s’était donc retrouvée incertaine. Tout le monde aurait compris s’il avait dit “être un peu trop vieux pour ces conneries” alors que ses appels à raboter la bosse objectivement dangereuse et responsable de sa cabriole n’avaient pas été entendus par la FIS et l’organisation.
Mais non, 24h plus tard, le voilà bel et bien au départ, prêt une nouvelle fois à faire parler sa science de sa glisse. Le voir allumer du vert au 3e inter, avec 23 centièmes d’avance alors qu’il en comptait 24 de retard à la sortie du Steilhang, nous a tous fait bondir du canapé. On s’est pris à croire que c’était enfin son jour, l’heure de sa toute première victoire en Coupe du monde. Il y a de la beauté, à 40 ans, de courir encore derrière un rêve d’enfant. Mais si le soufflet a fini par retomber, et que Clarey s’est finalement classé à 89 centièmes de Feuz, cette séquence m’a procuré les frissons. C'était même les plus gros de la saison.

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5. Le sidérant doublé de Pinturault à Adelboden

S’imposer à Adelboden est pour beaucoup de géantistes le rêve d’une vie. Alexis Pinturault l’a fait deux fois en deux jours, les 8 et 9 janvier. Ce doublé express est sans nul doute le chef d'œuvre de son hiver. Et peut-être aussi de sa carrière - je vous laisse trancher avec sa série de quatre géants victorieux en 2016. Il y a la réalité des écarts (1”04 et 1”26 sur son dauphin, à chaque fois Filip Zubcic), mais aussi cette phénoménale impression de maîtrise, comme si rien ne pouvait lui arriver sur la pourtant si vicieuse piste de la Chuenisbärgli. Pintu était sur un nuage, il flottait au-dessus de la piste et de ses adversaires. Quand la magie s’opère ainsi, il faut savoir l’admirer. Et juste dire chapeau.

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6. L’acharnement récompensé de Fillon-Maillet
Le Jurassien a vécu une saison loin de ses espérances, même si elle a tout de même été ponctuée d’un nouveau record personnel de victoires (3) et d’une 3e place au classement général pour la 3e année de rang, une constance sur le podium que seuls trois biathlètes français avaient connu avant lui (Martin Fourcade, Raphaël Poirée et Anne Briand). Son éviction précoce de la bataille pour le gros globe, un objectif qu’il avait eu le cran de clamer à l’intersaison, a été dure à encaisser.
Il a donc rêvé de “sauver” son hiver en décrochant ce premier titre individuel en grand championnat qui manque encore à son palmarès. Raté là aussi. 5e du relais mixte, 6e du sprint, 4e de la poursuite, 4e de l’individuel, 4e du relais… Fillon-Maillet est allé de frustration en frustration mais a eu le mérite de ne jamais renoncer.
Il a finalement été récompensé, en s’arrachant dans le dernier tour de l’ultime course, après un dernier tir parfait, avec une médaille de bronze sur la mass start remportée par Sturla Holm Laegreid. Ce n’était pas de l’or. Mais ça en avait presque la saveur. Fillon-Maillet est un monstre d’acharnement. Un modèle de combativité. Et si elle ne l’a pas (encore) hissé vers les sommets qu’il convoite, sa faculté à ne jamais rien lâcher s’est trouvée ce jour-là une admirable illustration.

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7. Les adieux de "JB"

Je n’ai jamais été aussi heureux de voir Jean-Baptiste Grange finir dernier. Je fais référence à la première manche du slalom des finales de Lenzerheide. Le double champion du monde pouvait ainsi jouer l’ouvreur lors de la seconde manche, et c’était le meilleur moyen pour qu’il puisse profiter pleinement de ses adieux sur la piste suisse, terminus de son immense carrière.
Une page s’est alors tournée pour le ski français - sans oublier l’arrêt quasi-simultané de Julien Lizeroux - et cela fait forcément un petit quelque chose, à titre personnel, de voir le départ en retraite d’un champion que l’on a tant admiré, du temps de l’adolescence et pas seulement.
Il effaçait les piquets avec le toucher d’un pianiste, et au sommet de son art, on priait qu’aucune fausse note ne vienne gâcher la symphonie. Malgré les années, chacun de ses départs s’accompagnait du fantasme proustien que resurgisse rien qu’une fois de plus, rien qu’une dernière fois, la magie de ses pieds d’or. Il avait la classe, elle se retrouvait aussi face aux micros. L’artiste méritait ce dernier hommage à Lenzerheide.

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