Jeux Olympiques Paris 2024 : Avec Althéa Laurin et Magda Wiet-Hénin, le taekwondo français veut enfin décrocher l'or
Par Raphaël Brosse
Publié 15/05/2024 à 23:45 GMT+2
Depuis qu'il a fait son apparition au programme olympique, en 2000, le taekwondo a rapporté des médailles à la France lors de chaque édition des Jeux. Aucune, cependant, n'a été du plus précieux métal. La disette pourrait prendre fin à Paris, où Althéa Laurin et Magda Wiet-Hénin, encore brillantes au cours des récents championnats d'Europe, débarqueront avec l'or pour seul horizon.
Magda Wiet-Hénin et Althéa Laurin ont le regard tourné vers la médaille d'or olympique. / Crédits : Quentin Guichard
Crédit: Getty Images
C'est l'exemple parfait de l'élève consciencieux et appliqué, sur lequel on peut toujours compter. Le taekwondo a fait ses grands débuts comme sport permanent du programme olympique à Sydney, en 2000. Depuis, il a systématiquement rapporté au moins une médaille par édition à la France. L'art martial d'origine coréenne est donc devenu une véritable valeur sûre, permettant de gonfler le bilan comptable de la délégation tricolore. Avec du bronze par-ci, de l'argent par-là. Mais jamais d'or.
Parmi les sports dans lesquels la France n'a jamais obtenu le moindre titre olympique dans son histoire - il y en a quelques-uns, du basket au tennis de table, en passant par le triathlon -, le taekwondo est d'ailleurs celui qui a récolté le plus de médailles (huit au total). Cette anomalie a-t-elle des chances d'être effacée l'été prochain, sous la nef du Grand Palais ? "J'en suis certain, car toutes les planètes sont alignées", assure Ludovic Vo. Le consultant Eurosport n'est pas le seul à se montrer optimiste. Et il a de bonnes raisons de l'être.
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La "reine" et la "tigresse"
Les espoirs du taekwondo français sont incarnés par deux visages, ceux d'Althéa Laurin (22 ans) et de Magda Wiet-Hénin (28 ans). Elles sont championnes du monde en titre et ont de nouveau été à leur avantage à l'occasion des derniers championnats d'Europe, qui se tenaient à Belgrade la semaine dernière. La première a décroché un second sacre continental, tandis que la seconde s'est hissée jusqu'en finale. "Althéa poursuit sa superbe progression. Elle montre encore que c'est elle, la reine des lourdes en Europe. La logique serait de la voir briller avec de l'or autour du cou cet été", affirme Haby Niaré, vice-championne olympique à Rio.
"Il ne faut pas s'inquiéter pour Magda, elle a été battue par une adversaire très grande et maligne, au style fuyant. Avant les Jeux, le staff aura largement le temps de trouver une stratégie en béton contre elle", poursuit celle qui était aussi en Serbie, en tant qu'entraîneure de l'équipe de France de para-taekwondo. "Magda, c'est une vraie tigresse, dans le bon sens du terme, image Pascal Gentil, double médaille de bronze olympique (2000 et 2004). Quant à Althéa, sa souplesse, sa précision, son allonge, ses qualités physiques et mentales en font la leader de sa catégorie."
Ça se voit qu'elles ont envie d'aller gagner ces Jeux
Au-delà de leurs performances respectives, c'est la détermination affichée par la Francilienne et la Lorraine qui a marqué Anne-Caroline Graffe. "J'ai beaucoup apprécié leur attitude, elles sont sur le tapis pour en découdre, c'est impressionnant, relève la médaillée d'argent des Jeux de Londres. Elles regardent l'adversaire avec un œil agressif et ne lâchent absolument rien. Même après avoir perdu un round, elles réagissent immédiatement. Ça se voit qu'elles ont envie d'aller gagner ces Jeux."
De plus, les deux combattantes pourront s'appuyer sur leur solide expérience, puisqu'elles étaient déjà de l'aventure olympique à Tokyo, il y a trois ans. Laurin était même montée sur la troisième marche du podium. "Le fait d'avoir déjà participé aux JO, c'est une richesse, un avantage, elles vont s'en servir", annonce Pascal Gentil. "Pour tout sportif, c'est la plus grosse compétition. S'y rendre avec une connaissance de l'événement, c'est un plus. Elles auront moins de pression, c'est forcément moins stressant que la première fois", remarque Haby Niaré.
Les hommes auront aussi leur mot à dire
Magda Wiet-Hénin (-67 kg) et Althéa Laurin (+67 kg) seront donc les têtes de gondole du taekwondo français dans un peu moins de trois mois. Cyrian Ravet (-58 kg) et Souleyman Alaphilippe (-68 kg), absents aux championnats d'Europe mais sélectionnés pour les Jeux, auront aussi leur mot à dire. "Cyrian, c'est une pépite, il est capable de sortir des coups magiques", souffle Anne-Caroline Graffe. "Souleyman est très offensif et peut battre n'importe quel athlète", insiste Ludovic Vo. "Ils continuent de bosser et vont nous proposer du grand spectacle", prédit Haby Niaré. L'un comme l'autre aura néanmoins fort à faire, dans des catégories d'une très grosse densité.
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Souleyman Alaphilippe (France), à gauche.
Crédit: Getty Images
Pas de quoi gâcher l'enthousiasme de Pascal Gentil, qui mise sur "au minimum trois médailles pour la France". Le triple champion d'Europe souhaite surtout qu'un combattant soit enfin en mesure de prendre son relais. "Vous vous rendez compte, la dernière médaille chez les garçons, c'était la mienne il y a vingt ans, rappelle-t-il. Il est temps que je sois rayé des tablettes et que les hommes s'inspirent de ce 'girl power' qui a rapporté des médailles à chaque fois depuis."
Une "bulle" imperméable
Tout cela incite ainsi à penser que les taekwondoïstes français vont enfin faire résonner "La Marseillaise" aux Jeux Olympiques. "On sera chez nous, avec des athlètes performants, une bonne dynamique collective, une bonne préparation…", énumère Ludovic Vo, persuadé que Françaises et Français sauront se transcender à domicile. Quant aux soubresauts qui agitent la fédération, sans président à sa tête depuis que la dernière élection a été frappée d'invalidité, ils ne semblent pas de nature à pouvoir ternir les très encourageants indicateurs sportifs.
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Magda Wiet-Hénin (France)
Crédit: Getty Images
"Le staff a fait en sorte que les athlètes restent dans leur bulle de préparation olympique", souligne Anne-Caroline Graffe. "Il n'y a pas d'histoire, balaie Pascal Gentil. On n'aura pas de président au moment des Jeux, malheureusement, mais ça ne nous empêchera pas de vivre, d'exister et de faire le travail." Jusqu'à présent, le travail a toujours été très bien fait. Maintenant, il n'y a plus qu'à aller décrocher la récompense suprême.
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