Il fallait voir sa tête après la finale : Stefanos Tsitsipas avait la tête d'une personne vidée et abattue. Une personne qui avait envie de tout sauf d'être là, sur ce court rempli d'ocre à entendre l'ancien hymne des Jeux Olympiques de Barcelone chanté de manière bien théâtrale. Battu au meilleur des trois manches par Rafael Nadal, après un combat assez exceptionnel, le Grec n'est pas passé loin de réaliser l'un des plus beaux exploits de sa jeune carrière : battre Nadal en finale de l'ATP 500 de Barcelone, sur terre battue. Si le tournoi catalan n'est pas un Masters 1000, ni Roland-Garros, ni un Grand Chelem - et qu'il a déjà battu Nadal sur terre à Madrid en 2019 et à Melbourne en février - il n'en reste pas moins que "The King of Clay" en était à 11/11 le dimanche au "Conde de Godó".
Malgré une très belle finale, où il a montré l'étendue de son tennis, Tsitsipas n'est pas parvenu à faire tomber la muraille Nadal le jour où ça compte le plus. Il a pourtant eu une balle de match que le joueur de Manacor a sauvé à sa façon, avec beaucoup de grinta, et un soupçon de chance. Quelques minutes après sa défaite en finale, Tsitsipas a rapidement effacé la déception de son visage pour essayer de positiver comme il pouvait. Car le bougre est encore en construction psychologique et la gestion de sa déception de son après-défaite face à Stan Wawrinka à Roland-Garros 2019 lui avait causé bien des soucis. Pour se changer les idées, il s'est d'ailleurs risqué à une petite blague sur le podium protocolaire en mimant de soulever le trophée du vainqueur. Voir les choses avec dérision est un bon médicament.

Une baston de 3h38 et des rebondissements à gogo, ce Nadal-Tsitsipas a décoiffé

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16/07/2021 À 14:15

Tsitsipas, la dérision comme remède à la défaite

Même acquis à la cause de Nadal, le public catalan l'a chaleureusement félicité pour son superbe match. Si le public le dit, c'est que c'est vrai. Tsitsipas a continué à jouer les humoristes micro en main. "Bravo Rafa, tu en es à combien ? 28 titres ", a plaisanté l'Athénien, toujours aussi fasciné par le palmarès gargantuesque du roi de l'ocre. "C'est vraiment pas mal. Je suis vraiment jaloux. Tu es l'un des plus grands compétiteurs de l'histoire de ce sport, et je sais que tu le sais, et que je ne suis pas le premier à te le dire, mais ce n'est pas drôle de jouer contre toi". Tsitsipas a ensuite terminé son discours en se promettant une chose, de pouvoir un jour féliciter lui aussi l'organisation de son tournoi national. "J'espère qu'on pourra faire quelque chose de comparable un jour." Tsitsipas c'est mille idées à la seconde.
Quelques minutes après, au moment de défriefer cette finale, le Grec s'est encore plus rendu compte de ce qu'il avait failli réaliser : battre Nadal lors d'une finale d'un tournoi sur ocre, où Nadal eu balle de match. Une performance jamais réalisée depuis que l'ogre de Manacor arpente le circuit ATP. Premier de cordée sur les balles de match, le Majorquin s'était raté au moment de conclure le match à 5-4 sur le service de Tsitsipas. Enfin, raté. C'est Tsitsipas lui-même qui a sauvé lui-même sa peau en jouant de manière très offensive, avec une volée au filet, puis une volée de coup droit amortie. Une grosse heure plus tard, c'est lui qui s'est procuré une balle de match à 4-5, dans le set décisif, suite à une erreur improbable de Rafa en coup droit.
Nadal fait de moi un meilleur joueur, je peux atteindre mes limites
La suite a été un moment très "nadalien", le maître des lieux ne sauvant sa peau qu'après un coup de défense en revers qui a pris la bande du filet. "Cette balle de match... J'étais littéralement à deux centimètres de gagner le tournoi. J'ai raté une grande occasion. Ce sont des choses qui arrivent", a glissé le triple demi-finaliste en Grand Chelem, avant de constater qu'il n'aurait rien pu faire de mieux sur ce long échange. "Je pense avoir fait le bon choix, j'ai joué la zone qu'il fallait (...) J'ai pris la bonne décision et j'ai juste manqué de chance."
Tsitsipas admire Nadal et cela tourne même à l'obsession. "Je n'ai jamais vu quelqu'un se battre comme ça sur un court. Il me rend la vie difficile sur le court. Il déteste plus que tout autre personne de perdre. C'est le plus grand combattant qui soit. Mais je dois accepter le défi qu'il représente et son jeu basé sur le combat", a concédé le perdant, avant briser la glace. Oui, Nadal le frustre, mais sans lui il n'aurait pas de point repère. "Il fait de moi un meilleur joueur, je peux atteindre mes limites. C'est quelque chose de définitivement bon pour mon développement personnel et ma progression."
De son côté, Nadal a reconnu que cette finale ressemblait à un gâteau coupé en deux, plus qu'à une grosse part et une petite part. "C'est une finale qui s'est jouée à seulement deux, trois points", a-t-il reconnu. Réponse de Tsitsipas : "Aujourd'hui, c'était vraiment une histoire de chance, aucun doute là-dessus."

Tsitsipas veut Roland-Garros

Il fallait bien un Rafael Nadal sur terre pour stopper l'incroyable série du 5e mondial. Avant de s'incliner face à son ainé, Tsitsipas surfait sur sa vague de 17 sets consécutifs, 9 victoires donc, et son sacre à Monte-Carlo. Son niveau du moment sur terre battue, le pedigree des adversaires battus récemment (Karatsev, Garin, Davidovich Fokina, Rublev à Monte-Carlo, Munar, De Minaur, Auger-Aliassime, Sinner à Barcelone), et l'énorme variété de son jeu, font automatiquement de lui un sérieux prétendant à quelques tournois cette saison sur la surface et même après, ailleurs.
"La bonne nouvelle, c'est ce que j'ai fait jusqu'ici. Je voulais gagner aujourd'hui, je n'étais pas loin, et il y avait la place, mais pour certaines raison je n'ai pas réussi à boucler. Je pense que j'aurais pu mieux jouer, mais je suis satisfait d'être passé tout près", a analysé à froid Tsitsipas. "Ce que j'ai appris de ce match, c'est qu'un match n'est jamais terminé avant le dernier point. C'était très serré, mais pour aller plus loin, dans un match comme ça, il faut faire quelque chose de plus."

Rafael Nadal et Stefanos Tsitsipas à Barcelone en 2021

Crédit: Getty Images

Quid de Roland-Garros ? Même s'il faut encore jouer Madrid et Rome, et qu'il reste un gros mois avant d'aller à Paris, le CV de Tsitsipas le place parmi les outsiders à la Porte d'Auteuil. Reste encore à travailler le fond. S'il y a bien un parallèle à faire entre la demie perdue face à Novak Djokovic à Paris, en octobre 2020, et cette finale catalane, c'est bien la caisse physique. Sur le Central, Tsitsipas avait craqué dans le 5e set, détruisant sa "remontada". Dimanche, il est aussi apparu lessivé dans le money time. Au jeu de la résistance, le Grec a encore un "step" à faire. Mais impossible de dire qu'il ne tourne pas autour de quelque chose de grand, de très grand même
Tsitsipas le répétait avant la finale : il vit désormais pour gagner les grands titres, mais surtout il s'est mis en tête de devoir battre Rafael Nadal sur sa surface de prédilection, avec pour but ultime de soulever la Coupe des Mousquetaires, le temple de son bourreau du jour. "Je veux gagner ce trophée que Nadal a soulevé 150 fois. Notre génération est différente de la précédente, elle sera beaucoup plus fascinante à suivre. Le tennis va passer d'un 'big 3' à un 'big 6 ou 8'. Il y aura plus de grands joueurs", expliquait-t-il après sa demi-finale. Après les paroles, place aux actes. Tsitsipas a fait la moitié du chemin sur ce plan-là.
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