"Daniil (Medvedev) se rapproche de la place de numéro un. Je suis sûr qu'il l'atteindra et quand ce sera le cas, ce sera amplement mérité, parce qu'il est le leader de cette génération." Pour Novak Djokovic, le doute n'est pas permis. Celui qui est devenu cette année son rival le plus menaçant lui succédera, dans un futur plus ou moins proche, sur le trône du tennis mondial. Cette certitude affirmée devant les caméras, alors qu'il venait de s'assurer lui-même de terminer une 7e saison tout en haut du classement et de battre le Russe en finale à Bercy, dit beaucoup des progrès et du statut acquis par Medvedev désormais.
Si les probabilités étaient très réduites, le numéro 2 mondial aurait d'ailleurs pu coiffer au poteau Djokovic en cette fin de saison. C'est ce qui a poussé le Serbe à faire son retour à la compétition à Paris, un peu moins de deux mois après une autre finale, cette fois perdue, contre le même adversaire à Flushing Meadows où son rêve de Grand Chelem s'était envolé. Malgré trois titres et une finale en Majeurs, le Djoker n'était donc pas assuré de conserver les rênes, ce qui en dit long sur la régularité de son dauphin. Enfin, surtout sur dur. Car sur les autres surfaces, ce n'est pas encore ça. Mais est-ce vraiment un problème dans la quête du trône ?
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La prévalence du dur sur le circuit joue en sa faveur

"Le jour où il va vraiment apprivoiser la terre, ça va être monstrueux. Maintenant, la saison de terre est relativement courte", note Camille Pin. Sur ocre, son quart de finale cache à peine un bilan famélique en 2021 : 495 petits points cumulés au printemps, soit un peu plus de 7 % de son total à la Race avant le Masters (7070). Si on ajoute son petit capital récolté sur gazon, on arrive à un peu plus de 13% de son bilan global. Medvedev reste donc avant tout un joueur de dur, mais il en maîtrise tellement tous les types (indoor lent, indoor rapide, extérieur lent, extérieur rapide) qu'il pourrait bien s'en contenter pour devenir numéro 1 mondial.
Le circuit étant majoritairement composé de tournois se jouant sur cette surface - deux Majeurs sur quatre, six Masters 1000 sur neuf et le Masters -, si le Russe continue de faire le plein sur dur voire améliore encore ses résultats (il a été sorti en quart à Miami et en huitième à Indian Wells par exemple), il pourrait bien parvenir à ses fins. D'autant que le patron actuel du circuit risque, lui, l'âge avançant, de se préserver davantage pour donner le meilleur de lui-même sur le format long (au meilleur des cinq sets) comme il l'a fait avec succès en 2021.
Déjà recordman du nombre de semaines passées à la première place mondiale et désormais de celui des saisons terminées sur le trône, Djokovic devrait y accorder moins d'importance pour se concentrer sur d'autres records, et d'abord celui du nombre de couronnes en Grand Chelem qu'il partage pour le moment avec ses vieux rivaux Rafael Nadal et Roger Federer. Cela ferait-il pour autant de Medvedev une sorte de numéro 1 mondial au rabais ? Assurément non, tant la polyvalence extraordinaire du "Big 3" a banalisé l'exceptionnel.

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Moins complet que le "Big 3", Medvedev a tout de même plusieurs cordes à son arc

Si Medvedev est aussi fort sur tous les types de surfaces dures, c'est qu'il a bien des qualités. Et il les a encore montrées dimanche face à Hubert Hurkacz lors de son premier match de poules au Masters de Turin, dans des conditions plus rapides qu'à Bercy où il avait d'ailleurs critiqué la lenteur de l'indoor malgré sa finale. Il sait donc s'adapter et a progressé mentalement, en témoigne sa capacité à ne pas paniquer ni disjoncter pour renverser le Polonais malgré un premier set perdu.
"Il a tout déjà. Il sert très bien parce qu'il est grand, et il fait beaucoup de points gratuits sur ce coup, ce qui lui facilite la tâche. Si l'adversaire joue court, il sait le punir en une frappe. Et il a ce truc que normalement les grands n'ont pas, c'est qu'il a une couverture de terrain de malade. Tennistiquement, il a ce jeu très posé, très appris qui fait aussi que dans les moments de stress, il peut se reposer sur ses schémas. Ce n'est pas flamboyant, mais c'est méga-solide. Et le très haut niveau, c'est de pouvoir répéter ça et de ne donner aucun point dans les moments importants", observe Camille Pin.
Par ailleurs, ses résultats plutôt moyens sur les autres surfaces ne sont pas une fatalité. S'il a gagné 12 de ses 13 titres sur le circuit sur dur (indoor ou extérieur), Medvedev a ouvert son palmarès sur gazon cette année en décrochant le trophée à Majorque. Battu en huitième de finale à Wimbledon en cinq sets par Hubert Hurkacz, il ne lui avait pas manqué grand-chose sur l'herbe du All England Club où l'attendait potentiellement en quart un Roger Federer diminué. Il n'est donc pas farfelu de penser que le Russe avait ce qu'il fallait dans sa raquette pour rallier le dernier carré dès cette année.

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L'uniformisation des surfaces l'aidera à progresser sur gazon et terre battue

Une hypothèse d'autant plus plausible que le gazon ralenti depuis une vingtaine d'années (sensation renforcée par des balles lourdes) se rapproche désormais de plus en plus du dur. "Sur gazon, sauf à être un peu plus bas sur les jambes, je ne vois pas pourquoi il n'y arriverait pas. Il a une balle à plat, il sert bien. Peut-être va-t-il devoir monter un peu plus au filet ? C'est l'axe de progression sur lequel il doit travailler pour être encore plus à l'aise sur cette surface. Mais on a presque l'impression qu'il n'en a pas besoin", considère notre consultante.
Sur terre battue, le défi sera plus difficile à relever, tant le lift et les trajectoires bombées y jouent un rôle important. Techniquement, il y a presque une forme d'incompatibilité entre le jeu à plat de Medvedev et les qualités requises pour y briller. Reste que cette saison, le Russe a trouvé du plaisir à jouer à Roland-Garros, où les conditions ne lui sont pas si défavorables. "La surface est beaucoup plus rapide : on a l'impression, surtout quand il fait chaud et sec, que c'est du dur avec une couche de terre dessus. Sur d'autres courts en terre battue, c'est injouable de faire un point gagnant rapidement. Avec les toits, tout ça l'avantagera pour faire des résultats sympas. Et le reste de l'année, il va se régaler."
Maître tacticien, capable de faire déjouer ses adversaires tout en sortant de son chapeau à intervalles réguliers des missiles au service ou du fond du court, Daniil Medvedev est loin d'être un joueur unidimensionnel. Il ne possède peut-être pas autant de cordes à son arc sur le plan technique et dans la maîtrise des effets (lift sur terre et slice sur gazon) que le "Big 3", mais il est en quelque sorte parfaitement adapté à son époque : celle d'une homogénéisation et d'un ralentissement des surfaces associés (pour les contrebalancer ?) à la prévalence de la puissance et de la taille comme facteurs décisifs de réussite. On a vu des numéros 1 mondiaux moins complets.
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