Dans la longue liste de records que Novak Djokovic a pris l'habitude d'accumuler au fil des années, celui-ci semblait inéluctable. En 2015, Novak Djokovic remportait le Masters pour la 5e fois, la 4e consécutive. Revenu à hauteur de Pete Sampras et Ivan Lendl et à une petite marche de l'unique sextuple lauréat, Roger Federer. Mais depuis six ans, les positions de ce quatuor sont restées figées. On n'en voudra pas à Lendl et Sampras. Federer, lui, n'a plus remis les pieds en finale. Novak Djokovic y est retourné à deux reprises, pour deux défaites, en 2016 contre Andy Murray et 2018 face à Alexander Zverev.
L'âge venant, le Serbe est, il est vrai, parfois arrivé au Masters, sinon au bout du rouleau, en tout cas assez loin de son meilleur niveau. La jeunesse a donc pris le pouvoir sur les ATP Finals. Mais cette fois, après sa longue coupure post-US Open, et dans la foulée de sa victoire à Bercy, Djokovic semblait en mesure d'aller chercher enfin ce record-là. Stoppé par Zverev samedi en demi-finales, il devra encore attendre.

Plus puissant, plus solide, Zverev n'a laissé aucune chance à Djokovic

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L'hommage à Zverev

Pour autant, il n'est pas franchement apparu abattu par sa défaite. "C'était un match difficile mais j'ai pris du plaisir, a-t-il assuré. C'était une belle bataille, du tennis de haute qualité. J'ai plutôt bien servi, plutôt bien joué. J'ai juste eu un très mauvais jeu de service dans le troisième set. Trois coups droits, un revers, quatre fautes dans des positions faciles. J'ai foutu le match en l'air sur ce jeu." Et ce n'est pas physiquement qu'il a cédé : "J'aurais pu jouer deux heures de plus, sans problème. Voilà, c'était juste un mauvais jeu et contre un serveur de la qualité de Sascha, c'est compliqué de s'en relever."
Même si celle concédée contre Daniil Medvedev en finale de l'US Open pèse évidemment d'un autre poids pour l'enjeu historique de ce match, c'est la deuxième fois cette année que Zverev inflige une défaite majeure au numéro un mondial, après une autre demi-finale, celle des Jeux Olympiques à Tokyo au mois d'août.
Mais si la défaite le rebute toujours autant, à choisir, Djokovic n'est pas fâché que le bourreau soit venu deux fois de Hambourg. "Sascha est un bon mec et un grand joueur", a-t-il dit samedi, reprenant presque mot pour mot ceux qu'il avait tenus à l'endroit de Medvedev après Bercy. Le patron apprécie visiblement ses jeunes rivaux. "Sascha est un ami en dehors du court, a-t-il poursuivi. On s'entend très bien. Ce n'est pas simple d'être proche quand on est rivaux, mais on aime parler de la vie, de choses différentes. Je suis toujours content de partager avec lui."
Pas une mauvaise fin de saison avec un titre à Paris et une demi-finale ici
Ces trois matches perdus sont tout ce qui sépare Novak Djokovic d'une campagne absolument légendaire. Celle contre Medvedev l'a privé du Grand Chelem, et les deux contre Zverev d'un probable titre olympique et d'un possible record de titres au Masters. Mais à l'image de ce qu'il a montré sur le court à Bercy comme à Turin, où on l'a souvent vu avec le sourire aux lèvres, y compris quand tout ne roulait pas forcément droit pour lui, il se veut philosophe. Peut-être, en partie, parce qu'il a subi une telle pression jusqu'à la finale de l'US Open qu'il relativise les enjeux depuis.

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Puis, après tout, la saison de Novak Djokovic, à défaut d'être parfaite, n'en reste pas moins exceptionnelle. On ne doit surtout pas banaliser un Petit Chelem et pas davantage le fait que 2021 restera comme l'année où l'homme de Belgrade a enfin rejoint Federer et Nadal au nombre de titres dans les Majeurs. Sans oublier le "Double Grand Chelem en carrière" grâce à son triomphe à Roland-Garros, et les deux records affiliés à la place de numéro un mondial, qu'il s'agisse du nombre de semaines passées sur le trône ou du nombre de saisons achevées dessus.
Le "Djoker", lui, n'entend pas faire la fine bouche et pour tout dire, on le comprend. "C'est une grande saison, aucun doute, a-t-il rappelé. Je n'ai pas joué beaucoup de tournois, mais j'ai quand même réussi à finir l'année à la première place et j'ai gagné trois des quatre Grands Chelems. Ça reste une année phénoménale. Peut-être que j'aurais pu faire mieux dans certains tournois, mais au bout du compte, ce n'est pas une mauvaise fin de saison avec un titre à Paris et une demi-finale ici."

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"Next Gen", "Next Next Gen" et vaccination australienne : ses épines dans le pied

Cette épique année marquera-t-elle l'apogée du règne serbe ou Djokovic va-t-il prolonger son hégémonie de plus belle dans les mois et les années à venir ? Par principe, mieux vaut ne jamais prendre le risque de miser contre un tel animal. Une chose est sûre, tout de même : la concurrence progresse et c'est tant mieux. Daniil Medvedev a créé un précédent en devenant le premier joueur de la nouvelle génération à le battre dans une finale de Grand Chelem. Et si Stefanos Tsitsipas, puni pour sa piètre gestion de son calendrier, a fini la saison sur les rotules, il n'avait pas été loin d'en faire de même à Roland-Garros. Il manque encore un petit quelque chose à Zverev sur le format cinq sets, mais l'Allemand a presque mis toutes les pièces du puzzle en place.
Même pour le monstre qu'est Djokovic, gagner des titres du Grand Chelem sera sans doute de moins en moins reposant, sur dur a minima. Il n'est pas non plus interdit de penser que la "Next Next Gen", celle des Sinner, Alcaraz, voire Auger-Aliassime, soit en mesure de poser très vite de gros problèmes à beaucoup de monde. Puis, à très court terme, l'incertitude plane sur sa présence à Melbourne, "chez lui". Le protocole sanitaire australien, voilà un adversaire que l'on n'avait pas prévu. C'est bien lui, pourtant, qui pourrait l'empêcher de briguer une 21e couronne majuscule dans moins de deux mois.

Novak Djokovic

Crédit: Getty Images

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