ATP 500 de Halle - Alexander Zverev, le géant qui n'aimait pas le vert : un problème de taille, vraiment ?
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 16/06/2026 à 09:30 GMT+2
Et maintenant qu'il a gagné Roland-Garros, Alexander Zverev peut-il gagner Wimbledon ? La question se pose, logiquement. Sauf que l'Allemand, qui fait son grand retour ce mardi à Halle face à Vit Kopriva, a nourri tout au long de sa carrière une drôle d'allergie au gazon, qu'il explique par des soucis de déplacement liés à sa taille. Un argument valable, mais tout de même un peu court, non ?
Zverev enfin délivré ? Il va vouloir aller chercher d'autres titres majeurs face aux meilleurs"
Video credit: Eurosport
C'était il y a dix ans presque jour pour jour, le 18 juin 2016 à Halle. Un grand escogriffe allemand âgé de 19 ans, aux bras interminables et aux longs cheveux blonds ceints d'un bandeau façon Björn Borg, signait le premier grand exploit de sa carrière en terrassant Roger Federer au terme d'une superbe demi-finale (7-6, 5-7, 6-3). Aucun teenager n'avait battu le maestro helvète depuis Andy Murray en 2006. D'accord, à l'époque, le Suisse (touché au genou puis au dos en première partie de saison) ne traversait pas sa meilleure période. Mais sur gazon, et à Halle, il restait la référence absolue. L'homme à battre.
Zverev l'avait donc fait, et magistralement. Son exploit ne sortait pas de nulle part non plus. L'Allemand, phénomène de précocité, venait d'atteindre sa première finale ATP sur la terre battue de Nice, et le monde du tennis avait les yeux braqués sur lui. Mais battre Federer, à Halle, sur gazon... C'était encore autre chose. Autant d'éléments réunis pour en faire le successeur désigné de Boris Becker. Avec son gabarit, son service et ses armes offensives – à l'époque, le mot défensif n'était pas encore accolé à son jeu -, il allait, lui aussi, régner en maître à Wimbledon. Personne, en tout cas, n'émettait la moindre réserve sur ses capacités à bien jouer sur gazon.
Et puis, disons que les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. Le lendemain de ce succès historique contre Federer, Zverev s'est incliné en finale contre un compatriote plus obscur, Florian Mayer. Il a aussi perdu la finale de Halle l'année suivante, victime de la revanche de Federer. Puis, il a attendu huit ans avant de rejouer une nouvelle finale sur herbe, l'an dernier à Stuttgart. Cette fois perdue contre Taylor Fritz.
Et voilà, c'est à peu près tout. Dix ans plus tard, Alexander Zverev s'est construit un palmarès que l'on peut qualifier sans réserve de gigantesque, maintenant qu'il s'est enfin enrichi d'un titre du Grand Chelem. Mais rien sur herbe, ou si peu. Pas le moindre titre, un ratio "win/loss" faiblard (66,2% de victoires, contre près de 75% sur terre battue). Et, surtout, jamais mieux qu'un huitième de finale à Wimbledon. Un blocage incompréhensible, surtout quand on se souvient de la promesse de ses débuts. Une anomalie même. Peut-être plus grande encore que celle de ne l'avoir pas vu remporter un Grand Chelem jusque-là.
Les surfaces rapides ne me posent aucun souci particulier. Mais sur gazon, il y a le déplacement. C'est mon seul problème.
Inexplicable, vraiment ? Pour le principal intéressé, il y a quand même une raison de taille. Elle est liée à son gabarit. "Sur gazon, il existe une idée reçue selon laquelle il faut jouer agressif mais ce n'est pas le facteur décisif, a-t-il expliqué à Halle, où il a été célébré pour son titre parisien avant de faire son retour à la compétition, ce mardi après-midi, face à Vit Kopriva. À mon avis, la clé pour bien jouer sur gazon, c'est la capacité à se déplacer avec souplesse. Or, pour moi qui mesure presque deux mètres et pèse 95 kilos, c'est difficile. Les surfaces rapides ne me posent aucun souci particulier. Mais sur gazon, il y a le déplacement. C'est mon seul problème, et je dois trouver le moyen de le résoudre."
Sascha a probablement raison sur un point : depuis le ralentissement du gazon opéré au début du XXIe siècle, un gros service et une bonne volée sont devenus des armes moins majeures pour y briller que l'art de bien s'y mouvoir. Tous les profils peuvent aujourd'hui s'illustrer sur herbe, y compris des profils très terriens comme l'avait d'ailleurs montré l'an dernier Flavio Cobolli, qui avait signé à Wimbledon son premier quart en Grand Chelem. Mais l'Italien fait partie de ces joueurs au déplacement assez aérien, à opposer aux joueurs plus "terre-à-terre", entendons par là des joueurs puissants aux appuis plus ancrés au sol. Ceux-là ont souvent plus de difficultés à se déplacer sur tapis vert.
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Les rois de la glisse s'accordent à dire que le gazon nécessite d'avoir un centre de gravité assez bas. En ce sens, c'est vrai que les grands partent avec un désavantage. Un désavantage qui sautait peut-être moins aux yeux à l'époque où le tennis sur herbe se résumait à des assauts de deux-trois frappes maximum, et où les grands serveurs-volleyeurs type Richard Krajicek (1,96 m), vainqueur à Wimbledon en 1996, n'avaient pas besoin de beaucoup se déplacer du fond de court. Aujourd'hui, il est possible que l'équation soit plus complexe.
Mais c'est justement parce qu'elle est plus complexe que Zverev, avec le panel d'atouts qu'il a dans les mains, devrait trouver matière à compenser. Même depuis le ralentissement du gazon, les contre-exemples de géants qui ont réussi à cultiver la main verte ne manquent pas : on pourrait citer Kevin Anderson (2,03 m), finaliste en 2018 après avoir battu John Isner (2,08 m) dans une demi-finale au long cours, à tous les sens du terme. Preuve que sur herbe comme ailleurs, ça n'est pas que la taille qui compte.
C'est d'ailleurs l'opinion de Boris Becker, lui-même triple vainqueur de Wimbledon du haut de son 1,91 m. "Pour moi, après son titre à Roland-Garros, Zverev est devenu un favori de Wimbledon, estime notre consultant. Alcaraz est blessé, il y a quelques doutes autour de Sinner… Rien qu'avec sa qualité de service, Sascha doit faire au minimum demi-finale. Bien sûr, cela nécessite de s'adapter un peu. S'il retourne d'aussi loin à Wimbledon qu'il le fait à Roland-Garros, cela ne fonctionnera pas. Mais sinon, il a ce qu'il faut pour briller à Londres."
L'argument du gabarit derrière lequel se retranche Alexander Zverev, s'il s'entend parfaitement, ne paraît pas rédhibitoire. L'Allemand, que diable, ne se déplace pas moins bien qu'un Anderson, un Isner, ou même un Marin Cilic, finaliste de Wimbledon en 2017 en faisant exactement la même taille que lui. Parmi les raisons souvent évoquées par différents observateurs pour justifier son allergie au gazon, on trouve, pêle-mêle, un manque de main et de variété dans le jeu, des prises de balle trop tardives ou une gestuelle trop ample en coup droit. Un tennis d'ingénieur, en quelque sorte, là où le gazon récompense davantage l'improvisation que la planification.
J'ai toujours trouvé cette surface un peu stressante, parce qu'on ne peut pas construire longuement son point comme on le fait sur terre battue.
Cela fait beaucoup, c'est vrai. Mais rien n'est impossible à qui aime vraiment. Rafael Nadal l'a prouvé en gagnant deux fois à Wimbledon avec le pied le plus terrien de l'histoire. Parce que c'était son rêve de gosse. Zverev, non. Internet a de la mémoire : déjà sondé à ce sujet il y a deux ans, le joueur évoquait plutôt une question d'affinité personnelle : "Pour bien jouer sur herbe, il faut déjà aimer ça et moi, je n'ai jamais trop aimé, déclarait-il avant son entrée en lice à Wimbledon. J'ai toujours trouvé cette surface un peu stressante, parce qu'on ne peut pas construire longuement son point comme on le fait sur terre battue. Oui, je peux servir à 230 km/h et frapper un revers à 150. Mais il faut être prêt à accepter, mentalement, de ne pas produire un aussi beau tennis que sur les autres surfaces."
Confession étonnante de la part d'un joueur que l'on associe davantage à l'efficacité qu'à la recherche d'esthétique. Mais pour le coup, l'explication technique se tient : la longue et méthodique construction d'un point qu'affectionne Zverev trouve moins d'écho sur herbe, où la prime reste malgré tout à ceux qui parviennent à écourter les échanges. Ou, au moins, à conserver la balle basse pour ne pas s'exposer, pour faire fuser le rebond et s'ouvrir les angles, comme le fait très bien un Adrian Mannarino.
L'Allemand, lui, n'a jamais eu d'appétence particulière pour le slice, ni pour la volée. Mais tout de même. Quand on revoit les images de ce fameux 18 juin 2016, on a un peu la même impression qu'en revoyant les images de Richard Gasquet en 2005 à Monte Carlo contre ce même Roger Federer. Il paraît habité par une bulle d'insouciance qu'il a perdue ensuite. Et pour tout dire, son coup droit paraît presque meilleur. Son geste, du moins, paraît plus libre, son bras plus laxe.
Maintenant qu'il a enfin posé le fardeau de ce fameux premier titre majeur, Alexander Zverev peut-il retrouver la légèreté qui faisait sa force à 19 ans ? C'est toute la question, et tout l'enjeu qui entoure sa reprise. Si tel est le cas, achtung : car la légèreté, de corps et d'esprit, reste probablement la qualité n°1 du joueur de gazon.
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