On se demandait presque ce qu'il devenait, et s'il jouait encore au tennis diront les plus mauvaises langues. Aussi enthousiasmant et talentueux à voir jouer que souvent décevant voire désespérant quant à son incapacité à matérialiser dans les résultats la magie qui sort plus ou moins régulièrement de sa raquette. Ce paradoxe est la croix que doit porter depuis des années Grigor Dimitrov sur le circuit. Tant et si bien que quand il présente un bilan de 18 victoires pour 15 défaites, comme c'était le cas cette saison avant Indian Wells, on en viendrait presque à oublier que le Bulgare reste un formidable joueur de tennis.
Et alors que l'indifférence à son égard menaçait de poindre, le revoilà qui fait parler de lui. Et pas n'importe où : dans le désert californien, sous le soleil et les projecteurs qu'il aime tant. Le Bulgare a le sens du timing, lui qui a marqué son retour en forme par un 100e victoire dans un Masters 1000 en renversant Hubert Hurkacz (3-6, 6-4, 7-6) pour rallier le dernier carré.
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27/11/2021 À 13:32

Balles de break sauvées et let heureux, Dimitrov a fini par renverser Hurkacz

Le bout du tunnel d'une saison gâchée par les blessures

Ce n'est pas la première fois que Dimitrov nous fait le coup de la renaissance. Après une saison 2017 remarquable pour lui conclue sur le podium du tennis mondial (3e), on pensait sa carrière définitivement lancée. Mais il était progressivement retombé dans l'anonymat, avant de ressurgir brusquement en demi-finale de l'US Open 2019, battant au passage en cinq sets un certain Roger Federer, modèle absolu et encombrant auquel il avait été invariablement comparé jusqu'à en éprouver une certaine souffrance.
Heureusement pour lui, Dimitrov a vieilli et n'est plus surnommé "Baby Fed" à 30 ans. Il n'empêche que la maturité ne l'a pas rendu plus régulier. Sa capacité de travail n'est pas en cause, récemment il a surtout payé des problèmes physiques : atteint du coronavirus lors de l'Adria Tour à l'été 2020, il a abandonné au 1er tour de Roland-Garros (dos) et au 2e tour de l'US Open (pied) en 2021.
"Je suis heureux que mon corps tienne le coup et que je puisse m'en servir pour convertir les opportunités que je me crée. (…) Il y a un mois et demi, j'ai traversé un moment vraiment dur : j'ai dû encore abandonner à New York, ce qui m'est arrivé sur trois tournois du Grand Chelem cette année (il n'a en fait pas jeté l'éponge en Australie même s'il avait fini son quart de finale blessé contre Aslan Karatsev, NDLR). J'ai accepté la situation, je suis revenu aux fondamentaux pour me reconstruire petit à petit", a-t-il encore indiqué.
Retrouver un physique fiable a donc été fondamental pour rejouer un tennis de qualité. Et Dimitrov en avait déjà récolté les premiers fruits à San Diego où il s'était frayé un chemin jusqu'en demi-finale, avant de tomber les armes à la main (6-4, 4-6, 6-4) contre un Casper Ruud en grande forme, titré dans la foulée et en course pour le Masters de Turin.

Ruud vient à bout de Dimitrov

Avec son nouveau coach, il a (enfin) trouvé son rythme de croisière

Le Bulgare s'était donc prouvé qu'il pouvait déjà rivaliser avec des membres du Top 10. Mais de là à renverser coup sur coup Daniil Medvedev et un Hubert Hurkacz si solide, il y avait encore un monde. Car si tennistiquement Dimitrov n'a rien à envier à personne, mentalement le loustic a souvent péché. Un exploit dans un jour extraordinaire peut se concevoir, mais deux remontées de ce genre sans jouer constamment le feu montrent que quelque chose a changé dans son approche.
"Être capable d'enchaîner après ma victoire sur Medvedev, ça signifie beaucoup plus encore pour moi. D'un point de vue physique et mental, ça veut dire que je fais à nouveau les choses bien. Ce qui marche bien pour moi en termes d'équilibre personnel, c'est de faire dans la simplicité. Ça ne veut pas dire en faire moins, mais faire les choses qui sont vraiment importantes pour soi, qui vous font vous sentir bien : s'entraîner de la bonne manière, se fier davantage à votre instinct", a ainsi encore expliqué le Bulgare.
Et dans cette optique, un homme joue un rôle fondamental : son nouveau coach depuis près d'un an désormais, Dante Bottini. L'Argentin, qui a longtemps fait partie de l'équipe de Kei Nishikori, inculque peu à peu ses préceptes à Dimitrov. Les deux hommes ont eu besoin de temps pour s'apprivoiser et établir les fondations d'une collaboration solide. Et ces deux derniers mois - qui ont coïncidé avec l'amélioration progressive de la condition physique du Bulgare - ont été particulièrement fructueux.

Parti comme une balle avant le coup de la panne : Comment Medvedev a sombré

Il a tellement de variations dans son jeu que ça lui cause parfois du tort
"J'essaie de le faire venir un petit peu plus au filet, de le rendre plus agressif. Nous travaillons aussi beaucoup sur son revers. Il a tellement de variations dans son jeu que ça lui cause parfois du tort, parce que vous avez tellement de choix que, parfois, vous n'en faites pas finalement. Il faut rester simple", a d'ailleurs noté Bottini dans un entretien publié sur le site de l'ATP. Et indubitablement, l'entreprise a porté ses fruits.
Que ce soit contre Daniil Medvedev ou contre Hubert Hurkacz, le plan de jeu a été limpide : temporiser souvent dans la diagonale revers avec son slice tranchant et exploiter la moindre balle un peu plus courte pour faire le jeu avec son coup droit. Dimitrov a épicé le tout en décidant par petites touches de recouvrir parfois la balle côté revers court croisé ou le long de la ligne pour surprendre ses adversaires. Jamais aussi forts que quand on leur donne du rythme en frappant à plat en fond de court, le Russe puis le Polonais ont fini par succomber à cette cuisine indigeste.

Grigor Dimitrov à Indian Wells en 2021

Crédit: Getty Images

De nouvelles convictions à approfondir

Au-delà de ses fantastiques fulgurances, la grande force de Dimitrov aura été de ne jamais paniquer et de rester fidèle à sa tactique pour garder l'esprit clair. Car perdre le fil, c'est souvent ce qui lui a coûté cher dans sa carrière jusqu'ici. "Ça aurait été facile pour Grigor de se dire 'Ok, j'ai fait tout ce que j'ai pu' (à 6-4, 4-1 contre lui face à Medvedev, NDLR), mais il est resté dans le match, il a continué à y croire et c'est comme ça qu'il y est arrivé. Il faut consolider ça et continuer à l'en convaincre", a encore insisté Bottini.
Reste à savoir si ces nouvelles convictions habiteront Dimitrov sur le long terme. En tout cas, il n'a aucune raison de les abandonner dans l'immédiat alors que se profile une demi-finale abordable sur le papier face à Cameron Norrie. Méfiance toutefois car le gaucher britannique, qui a pulvérisé Diego Schwartzman en quart (6-0, 6-2), vit sa meilleure saison, sort d'une finale à San Diego et l'avait battu à Miami en mars dernier (7-5, 7-5).
Mais Dimitrov a fait une telle impression cette semaine qu'il semble bien avoir les clés de la partie. Et ce n'est pas Medvedev, souvent pertinent dans ses analyses, qui pense le contraire. "Grigor a été bien meilleur que ceux contre qui j'ai joué à l'US Open. S'il continue à jouer comme il a commencé à le faire à partir de 4-1 contre moi dans le deuxième set, il va gagner le tournoi." Rester simple et cohérent tactiquement, voilà la recette pour décrocher la timbale. Et peut-être pour devenir enfin plus qu'un brillant intermittent.
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