ATP Madrid : Un tournoi pourri par la malchance et les blessures et le fiasco de la réforme des Masters 1000

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Gâché par les abandons et le forfait de Jannik Sinner, le Masters 1000 de Madrid a joué d'une extraordinaire malchance de prime abord. Mais il a surtout illustré malgré lui l'inanité de l'extension de ces tournois sur près de deux semaines. Ni les spectateurs ni les joueurs ne s'y retrouvent, d'autant que la réforme ne règle pas les causes profondes de la multiplication des blessures.

Pourquoi autant de blessés à Madrid ? "Je n'ai jamais assisté à un tournoi comme celui-là"

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Il était fier d'avoir pu rendre un bel hommage à Rafael Nadal. Voir le Majorquin enchaîner quatre matches dans une Caja Magica comble pour l'occasion était d'ailleurs une belle surprise pour Feliciano Lopez. Mais le directeur du Masters 1000 de Madrid a rapidement déchanté. Il y eut d'abord la sortie de piste de Carlos Alcaraz, double tenant du titre touché à l'avant-bras droit, et le retrait de Jannik Sinner gêné à la hanche droite dans la foulée. Puis les abandons successifs de Daniil Medvedev et Jiri Lehecka sur des blessures aux adducteurs et au dos, et une programmation sabrée par conséquent.
D'une rareté exceptionnelle, il est tentant de voir dans le cas de figure madrilène une malédiction. Difficile d'ignorer la malchance devant tant d'événements contraires. Mais ces malheurs ont eu un mérite : mettre en relief les failles de l'extension artificielle des Masters 1000 sur 12 jours. La journée de jeudi a été catastrophique à ce titre pour les spectateurs : ils ont assisté à un peu plus d'une demi-heure de tennis masculin en tout avec l'abandon de Medvedev face à Lehecka, les spectateurs de la "night session" étant eux au moins sauvés par le duel Sabalenka-Rybakina du tableau féminin.
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Un seul set, un abandon inquiétant pour Medvedev : le résumé d'une victoire tronquée

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Une quasi-quinzaine en trois sets illisible et surexposée aux aléas

Sur une semaine, tous les quarts de finale auraient été disputés le même jour, ce qui aurait permis au public d'être moins frustré et d'avoir les idées plus claires sur les différentes étapes de la compétition. Les dirigeants de l'ATP et de la WTA n'auront sans doute pas manqué de le remarquer. D'autant que dans un mouvement contraire, ils ont expérimenté un calendrier ramassé sur cinq jours pour le tournoi de double dans le but de le rendre plus lisible et attractif pour le public. Allez comprendre.
Les principaux acteurs commencent d'ailleurs à se poser eux-mêmes des questions. "Ça fait une semaine qu'on est là et on a fait deux matches. Ça passe lentement... Ce n'est pas évident ces tournois sur deux semaines. Tu ne fais pas grand-chose, tu attends... Ce format est un peu frustrant. Il y a bien quelqu'un qui s'y retrouve, mais moi je ne m'y retrouve pas", remarquait notamment Caroline Garcia en conférence de presse après sa défaite au 3e tour.
Si le levier financier était bien le principal moteur de la réforme (plus de rentrées pour les tournois et pour les joueurs), deux autres arguments étaient avancés : ouvrir les tableaux de Masters 1000 à plus de concurrents (96) et donner des jours de repos entre les matches comme en Grand Chelem, alors même que les parties se jouent au meilleur des trois sets. De cette manière, certaines blessures dues à la fatigue auraient pu être évitées. Mais outre le fait que rester plus longtemps sur un tournoi génère de la lassitude nerveuse et des entraînements supplémentaires, l'expérience montre que les joueurs ne se blessent pas moins.
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A terre à cause de la douleur : l'abandon déchirant de Lehecka

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Les jours de repos, un mirage face aux causes profondes des blessures

Pourquoi ? Tout simplement parce que les causes profondes des blessures, comme les changements perpétuels de balles, ne sont pas traitées. "En fonction des types de balles, on serre plus ou moins la raquette et les chocs vont donc être plus ou moins transmis à l'avant-bras, au coude, à l'épaule. Selon l'affinité qu'on a avec la balle utilisée, cela a une incidence aussi sur les appuis. Quand on ne sent pas très bien la balle, on se sert parfois plus de ses hanches, des rotations du buste pour rajouter de l'énergie. L'élément au départ n'est pas gigantesque, mais un match de tennis, ce sont 600 voire 800 frappes. Tout est une question d'accumulation avec l'enchaînement des matches", explique Jean-Bernard Fabre, docteur en physiologie.
Les pépins d'Alcaraz comme de Sinner peuvent y trouver leur source. Le sujet a été suffisamment soulevé par les joueurs l'an dernier – de Novak Djokovic à Stefanos Tsitsipas en passant par John Millman ou Vasek Pospisil – pour que l'ATP y prête attention. Dans un communiqué publié en janvier, l'instance annonçait examiner le problème en vue d'une "plus grande cohérence" à partir de… 2025.
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Le tennis a-t-il encore un patron ?

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Toujours plus lent, toujours plus long, toujours plus dur

"C'est impératif d'évoluer et de nous adapter aux exigences du jeu moderne, en particulier en ce qui concerne la santé des joueurs et l'expérience des spectateurs", a déclaré le président de l'ATP, Andrea Gaudenzi. Mais n'y a-t-il pas une contradiction fondamentale à partir du moment où le spectacle a été assimilé par ces mêmes dirigeants à des échanges de plus en plus longs sur des surfaces de plus en plus lentes (ce qui n'était toutefois pas le cas à Madrid spécifiquement en raison de l'altitude) ? Comment préserver les joueurs tout en les sursollicitant physiquement ?
Le niveau moyen a considérablement augmenté en fond de court dans le tennis moderne. Et c'est peut-être en tuant la variété caractéristique du jeu que ses acteurs ont été mis en danger, car les cadences, elles, n'ont pas changé par rapport aux années 1990 ou 2000. A l'époque, les finales de Masters 1000 se jouaient même au meilleur des cinq sets sans jour de repos.
"Il n'y a plus ou peu de matches faciles. Et comme il n'y a plus de matches faciles, il y a plus de fatigue et donc de blessures", résume Jean-Bernard Fabre. A ce stade précoce de la saison, tant de blessures chez les cadors devraient alerter les instances dirigeantes sur le virage à prendre. Pas sûr que l'extension des Masters 1000 soit la priorité fondamentale pour l'avenir du jeu. Si ce n'est pour son aspect financier à court terme, bien entendu.
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