João Fonseca, 18 ans et déjà une immense star : "Au Brésil, c'est un peu l'hystérie"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 24/04/2025 à 12:54 GMT+2
João Fonseca, qui fait son retour à ce jeudi Madrid après avoir coupé quelques semaines, suscite au Brésil un engouement déjà comparable à celui d'un Gustavo Kuerten. Alors qu'il n'a que 18 ans et n'est même pas encore dans le top 50, le crack carioca soulève les promesses les plus folles dans un pays qui s'est repris d'amour pour le tennis.
Joao Fonseca of Brazil
Crédit: Getty Images
Et en France, il paraît qu'on a l'emballement facile ? Alors bienvenue au Brésil, où l'engouement que l'on peut avoir par chez nous autour d'un Arthur Fils n'est, semble-t-il, qu'un aimable brouhaha en comparaison du boucan d'enfer suscité par l'irrésistible ascension de João Fonseca. Le jeune homme de Rio, l'un des grands acteurs d'un début de saison qui l'a vu notamment battre son premier top 10 (Andrey Rublev) à l'Open d'Australie, décrocher son premier titre à Buenos Aires et mettre le feu à Miami, est attendu comme le Messie à Madrid, où il fera son retour après avoir retardé son début de saison sur terre battue européenne pour mieux reprendre son souffle au sortir de ce premier trimestre chargé de folie.
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En l'espace de quelques semaines, le Carioca est passé du statut d'immense espoir à celui de phénomène du tennis mondial. Et même un peu plus que ça au Brésil, où l'on s'est pris d'amour pour ce garçon qui, au-delà de son tennis décoiffant et de sa personnalité rafraîchissante, ne perd pas une occasion de clamer son attachement pour son pays, ponctuant chacun de ses succès par son désormais fameux cri de guerre, "aqui é Brasil, Vamooo !" Dans un pays qui brûle de revivre les frissons de son ancienne love-story avec Gustavo Kuerten, on ne cherche plus : le successeur est enfin trouvé.
"Ici, c'est complètement fou, on peut même parler d'hystérie comme on l'a vu pendant le tournoi de Rio, témoigne Diana Gabanyi, son attachée de presse depuis deux ans après avoir justement été celle de Kuerten pendant toute sa carrière. À partir de son titre mondial juniors en 2023, il a commencé à susciter beaucoup d'intérêt mais, jusqu'à l'année dernière, c'était encore gérable. En revanche, depuis son titre au Masters Next Gen fin 2024 et surtout l'Open d'Australie en début de saison, la situation est hors de contrôle. Je reçois des demandes de partout, tous les jours. Sa popularité est d'ores et déjà égale à celle que j'ai pu connaître avec Guga."
Avec lui, le tennis est reparti à fond au Brésil. Les académies ont refait le plein, et je vois beaucoup de nouveaux sponsors arriver.
À une différence près : Kuerten n'était connu de pas grand-monde, même dans son pays, avant de remporter par surprise le premier de ses trois Roland-Garros, en 1997. Fonseca, lui, a fait les choses dans l'autre sens. Il est devenu une immense star avant même de devenir un immense champion. Bien sûr, nul ne lui enlèvera ce qu'il a déjà fait, et nul ne contestera son insondable potentiel, à moins d'avoir des arguments solides. Mais voilà : il n'est encore "que" 65e mondial, soit un rang de mieux que le classement de Guga lors de son premier sacre parisien. Et il n'a encore jamais atteint ni la deuxième semaine d'un Grand Chelem, ni d'un Masters 1 000. A 18 ans, il a encore tout à accomplir.
Mais, à l'heure des réseaux sociaux, la valeur marketing n'attend plus le nombre des années. "C'est vrai que ce que vit João est très différent de ce qu'a vécu Guga, confirme Diana Gabanyi, qui travaille par ailleurs depuis 12 ans au service presse du Rio Open, où elle a rencontré le jeune joueur qui s'y rendait déjà tout petit. Au Brésil, en dehors des footballeurs, nous n'avons finalement pas beaucoup de stars. Il y a l'actrice Fernanda Torres, et il y a João. Comme Guga, il a ce petit truc en plus qui plaît beaucoup, sur le court et en dehors. Avec lui, en tout cas, le tennis est reparti à fond. Les académies ont refait le plein, et je vois beaucoup de nouveaux sponsors arriver."
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Fonseca est le plus grand crack depuis Alcaraz
Video credit: Eurosport
Déjà épaulé – un signe qui ne trompe pas – par Rolex et par On, l'équipementier qui compte Roger Federer parmi ses actifs et qui raconte avoir écoulé en 40 minutes la tenue portée par le joueur à l'Open d'Australie, Fonseca a aussi commencé à déblayer de nouveaux marchés en attirant par exemple l'institution financière brésilienne XP, qui ne s'était jamais intéressé jusque-là au monde du tennis. Mais qui a vu en lui un énorme potentiel de levier, sans forcément de rapport avec le fait que son père soit, lui aussi, un investisseur reconnu au Brésil.
"Ce qui nous a séduit avec João, en plus de son talent, c'est vraiment son état d'esprit, explique Lisandro Lopez, porte-parole de XP. Il affiche beaucoup de maturité et un mélange de discipline, d'ambition et d'humilité qui correspond à nos valeurs. Depuis le début de notre partenariat, nous avons constaté une augmentation sensible de la visibilité de la marque et de l'engagement sur nos plateformes. Au-delà des chiffres, le lien émotionnel qu'il tisse avec le public brésilien, mais aussi désormais international, nous aide considérablement à toucher de nouvelles personnes."
Les conseils "discrets" de Guga
Bref, la machine médiatico-marketing est en marche. Reste à éviter l'éternel chausse-trappe : celui de ne pas s'y perdre pour rester "focus" sur l'essentiel, à savoir le terrain. João Fonseca peut miser sur l'expérience de son staff pour le préserver, lui qui, en plus de son coach de longue date Guilherme Teixeira, reçoit aussi les conseils de l'Argentin Franco Davin, qui a notamment emmené ses compatriotes Gaston Gaudio et Juan Martin Del Potro jusqu'à leur seul titre en Grand Chelem. Quant à Gustavo Kuerten, il n'est évidemment jamais très loin, même s'il "préfère parler plutôt à son coach qu'à João directement, pour ne pas interférer", comme le confie Diana Gabanyi.
On peut voir, d'ailleurs, une certaine sagesse dans sa décision de prendre un peu de recul ces dernières semaines, quitte à décaler son début de saison sur terre battue européenne et renoncer notamment à participer à Monte Carlo, où il aurait certainement pu obtenir une wild card s'il l'avait demandée. Au lieu de quoi, João Fonseca a choisi de prendre quelques jours "off" puis de peaufiner sa préparation sur terre avant de débuter les choses sérieuses à Madrid, où il fera donc son entrée en lice ce jeudi face au qualifié Elmer Moller, avant un potentiel deuxième tour face à Tommy Paul et quart de finale face à Novak Djokovic.
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"Fonseca est plus de la trempe d’Alcaraz que de celle de Kuerten"
Video credit: Eurosport
Un retour forcément scruté de près, euphémisme, sur sa surface la plus naturelle comme il l'a montré à Buenos Aires, même si c'est sur dur qu'il a par ailleurs remporté trois tournois Challengers. "L'an dernier, j'ai beaucoup joué sur dur pour m'y acclimater car j'ai moins d'expérience dessus, mais je suis toujours heureux de retrouver la terre battue qui est clairement ma surface de prédilection, avertissait-il en février en marge de son succès dans la capitale argentine. En général, quand je retrouve la terre, il me faut peu de temps pour m'y adapter."
Celle de Madrid, boostée par les effets de l'altitude, pourrait parfaitement convenir à ses frappes qui, des deux côtés, sont parmi les plus ravageuses du circuit en termes de ratio vitesse/spin. En la matière, il est l'un des rares, avec Arthur Fils, à soutenir voire surpasser le rythme de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, avec qui il devrait contribuer à emmener le tennis dans une nouvelle dimension, comme l'a aussi fait Gustavo Kuerten à son époque. "Je sais que beaucoup me comparent à lui et moi aussi, je rêve de connaître une belle histoire comme la sienne, disait-il encore en Argentine. Mais les choses ne marchent pas comme ça. Chaque joueur à son propre rythme, et je suis encore très jeune. Quoi qu'il en soit, je travaille tous les jours pour y arriver."
Une chose est sûre, João Fonseca ne pourra aucunement bénéficier de l'effet de surprise qui a porté Guga vers les sommets en 1997. Ni à Madrid, ni à Rome et encore moins à Roland-Garros, où il n'aura peut-être pas le statut de tête de série (à voir), mais bel et bien la pancarte de danger public, sinon de gros outsider. Au Brésil, en tout cas, la vie s'arrêtera à chacune de ses apparitions. Peut-être pas comme un match de la Seleção en Coupe du Monde. Mais pas loin…
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