ATP Masters 1000 Madrid - Rafael Jodar, Martin Landaluce, Daniel Merida : quand le tennis madrilène regale enfin
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 23/04/2026 à 15:26 GMT+2
Historiquement plutôt tourné vers la côte méditerranéenne ou le sud du pays, l'épicentre du tennis espagnol semble s'être déplacé vers Madrid ces derniers temps avec l'éclosion presque simultanée de trois joueurs issus de la capitale : Rafael Jodar, Martin Landaluce et Daniel Merida. Un phénomène qui, au-delà de l'impact du Masters 1000 local, ne doit certainement pas tout au hasard.
"Qu'Alcaraz ne fasse pas Roland-Garros, on veut le voir pendant les dix prochaines années"
Video credit: Eurosport
Ils font partie des grandes révélations du début de saison et se connaissent depuis l'enfance. Mais depuis que leurs routes se sont séparées à l'adolescence, et comme leur progression a connu des trajectoires différentes, Rafael Jodar et Martin Landaluce n'ont plus énormément d'occasion de se croiser. Les deux grands espoirs du tennis espagnol se sont donc retrouvés avec plaisir cette semaine en amont du Masters 1000 de Madrid, où ils ont reçu conjointement une wild card pour le grand tableau. Tableau dans lequel un troisième larron originaire comme eux de la capitale, Daniel Merida, les a rejoints en s'extirpant des qualifications.
Landaluce et Jodar, qui viennent respectivement de percer le mur du top 100 et du top 50 cette semaine (le premier en atteignant notamment les quarts de finale à Miami, le second en décrochant son premier titre à Marrakech puis les demies à Barcelone) ont beaucoup de choses en commun. Ils sont tous deux nés en 2006, ont tous deux remporté l'US Open juniors (en 2022 et 2024) et ont débuté le tennis au même endroit, au Club de Tenis Chamartin de Madrid. Si l'on pousse la comparaison un peu plus loin, ils présentent aussi un profil assez similaire : grands (plus d'1,90 m), puissants, déliés et résolument offensifs.
Et c'est précisément là où l'on voulait en venir. Pour paraphraser un célèbre penseur du sport français lui aussi très actif à Madrid, le tennis, il a changé. Et le tennis espagnol aussi. Bien sûr, il reste tout en haut de l'affiche. Ça, ça ne bouge pas. En revanche, à l'image du plus lumineux de ses fers de lance (Carlos Alcaraz), il s'est considérablement adapté à la réalité du jeu moderne. Si Merida, récemment finaliste pour sa part à Bucarest, reste dans le profil du terrien patenté, Jodar et Landaluce ont basculé de l'autre côté de la force : ça joue vite, ça sert fort et, pour ainsi dire, c'est assez éloigné de l'archétype du joueur espagnol que l'on a longtemps connu.
Santana, le plus connu des Madrilènes
Les trois loustics - auxquels on pourrait rajouter le gaucher Daniel Rincon (lui aussi vainqueur de l'US Open juniors en 2021) même s'il n'a pas encore passé le dernier palier - ont donc en commun ce que l'on pourrait presque appeler une particularité : ils sont tous, on l'a dit, natifs de Madrid. Ce qui, à l'exception notable de Manolo Santana, lequel a donné son nom au court central de la Caja Magica, est loin d'être une majorité chez la plupart des grands joueurs espagnols, historiquement plutôt issus de Barcelone, Majorque, Valence ou la région de Murcie. Bref, du pourtour méditerranéen, où se situent les académies de tennis les plus réputées du pays.
Près de 80% du tennis se joue sur dur désormais et il a fallu s'adapter. Les joueurs modernes sont grands, puissants, prennent la balle tôt et cela correspond au style de Jodar et Landaluce.
"Ce sont ces académies qui ont forgé le style espagnol tel qu'on le connaît, un tennis de terrien basé sur le lift, la tactique et la patience dans l'échange, confirme notre consultant Alex Corretja, lui-même originaire de Barcelone. Mais aujourd'hui, le jeu a évolué. La vitesse de balle s'est énormément accélérée. Près de 80% du tennis se joue sur dur désormais et il a fallu s'adapter. Les joueurs modernes sont grands, puissants, prennent la balle tôt et cela correspond au style de Jodar et Landaluce."
Coïncidence ? Peut-être pas. Sans doute pas. Les deux joueurs modernes les plus connus originaires de la région madrilène, à savoir Fernando Verdasco et Feliciano Lopez, se distinguaient eux aussi – particulièrement l'actuel directeur du Masters 1000 de Madrid – par un tennis plus percutant et plus tourné vers l'avant que la majorité de leurs compatriotes. On le répète chaque année à la période du tournoi : ici, les conditions de jeu sont particulières. La façon d'y jouer l'est donc aussi.
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Jodar, le nouveau "Rafa"
Video credit: Eurosport
"A Madrid, le climat est différent et il y a l'altitude donc le jeu va plus vite, explique Oscar Burrieza, qui entraîne Martin Landaluce depuis son adolescence, désormais dans le cadre de la Rafa Nadal Academy, à Manacor. Les enfants qui apprennent à jouer là-bas sont habitués à frapper plus fort et à venir au filet. Quand ils étaient jeunes, Lopez et Verdasco sont allés s'entraîner à Barcelone où on a essayé de modifier un peu leur jeu. Jodar et Landaluce, eux, sont restés collés à cette identité offensive qui correspond beaucoup plus au tennis moderne. Bien sûr, il faut être solide, bien bouger et bien défendre. Mais le plus important aujourd'hui, c'est d'être agressif."
Rappelons d'ailleurs que le Masters 1000 de Madrid, créé en 2002, s'est d'abord joué sur dur intérieur, comme un symbole de la spécificité locale, avant de passer à la terre battue intérieure en 2009. En marge de sa récente éclosion, Rafael Jodar, qui n'avait même pas trois ans à l'époque du changement, a raconté avoir assisté à quelques fameuses empoignades disputées dans la Caja Magica, comme le Djokovic-Dimitrov de 2013 ou le Federer-Kyrgios de 2015. Sans être le plus grand pourvoyeur de champions du pays, Madrid est ainsi malgré tout, par tradition, une place forte du tennis espagnol.
"Après, je pense que l'impact d'un tournoi comme le nôtre est national, pas seulement réduit à une ville, estime Gerard Tsobanian, CEO du Mutua Madrid Open, et dont un des projets à terme serait justement de pouvoir monter une académie de haut niveau à Madrid, en association avec Feliciano Lopez. De la même manière, des immenses champions comme Nadal ou Alcaraz ont un rôle très important pour éveiller des passions. C'est plutôt sur cet axe que j'expliquerais la montée en puissance actuelle de jeunes joueurs espagnols. Le fait qu'ils soient tous de Madrid, je ne sais pas à quel point c'est un hasard."
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Lehecka stoppe Landaluce
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Un hasard ? Ça ne l'est sans doute pas, en tout cas, pour la Fédération madrilène – le tennis espagnol étant divisé en 19 fédérations territoriales, regroupées sous la houlette de la RFET, la Fédération nationale -, qui travaille depuis plusieurs années à développer l'écosystème local. Notamment en soutenant la création de nouveaux événements de haut niveau, à l'image du Grand Prix de Madrid, un Challenger et un WTA 125 disputés simultanément début avril.
"En Espagne, le budget fédéral est limité car nous n'avons pas de grands tournois pour rapporter de l'argent à la Fédération, comme c'est le cas en France avec Roland-Garros ou en Italie avec Rome, fait remarquer Oscar Burrieza. Les tournois de Madrid et de Barcelone sont privés. L'argent est donc investi dans l'organisation de tournois plus petits pour aider les jeunes joueurs à progresser, ou alors dans le soutien direct des joueurs, des coaches ou des clubs. Il y a vraiment un bon travail qui est fait depuis des années, que ce soit de la part de la Fédération nationale ou de la part de la Fédération madrilène."
Ce n'est pas une coïncidence, c'est évident : Martin et Rafael se stimulent mutuellement.
Le reste, c'est une histoire classique de dynamique, d'émulation. Car assister à une éclosion quasi-simultanée de trois joueurs madrilènes – a fortiori amis d'enfance pour deux d'entre eux - ne peut quand même pas relever du pur hasard. Ou alors, celui-ci fait particulièrement bien les choses. "Ce n'est pas une coïncidence, c'est évident : Martin et Rafael se stimulent mutuellement, confirme Oscar Burrieza. Rafa a été boosté par le fait de voir Martin devenir avant lui l'un des tout meilleurs joueurs de leur génération. Et Martin, lui, a été boosté par les récents résultats de Rafa."
Du gagnant-gagnant, donc, à confirmer désormais à la maison. Rafael Jodar a parfaitement lancé la semaine mardi soir en s'imposant face à Jesper de Jong. Ce mercredi, Martin Landaluce, opposé à Adam Walton, et Daniel Merida, qui retrouve le "lucky loser" Marco Trungelliti après l'avoir déjà battu en qualifications, vont tenter de parfaire le régal de Madrid.
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