Benjamin Bonzi titré à Metz : "Il manque ce mec super fort devant pour dire qu'on a de bons joueurs de tennis"
Publié 12/11/2024 à 23:44 GMT+1
Comme Fils, Humbert et Mpetshi Perricard, Benjamin Bonzi s'est invité à la table des Français en réussite en cette fin de saison en remportant le tournoi ATP 250 de Metz. Le Nimois, de retour dans le Top 100 après une saison difficile, a accepté de répondre à nos questions sur ce retour au premier plan et sur le niveau du tennis français, dont la crédibilité a du mal encore à s'imposer au public.
Bonzi, vainqueur surprise du tournoi de Metz : "Je voulais avant tout me faire plaisir..."
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Benjamin, un bilan pour commencer : 21 victoires sur les 22 derniers matches, deux trophées et une finale en tournois Challenger, plus ce premier titre ATP à Metz, après être sorti des qualifications et avoir battu votre premier Top 10... Vous avez vécu un mois époustouflant. Est-ce que vous vous êtes réconcilié avec le tennis ?
Benjamin Bonzi : Effectivement, ça va mieux. Cette année a été compliquée et cette fin a été surprenante, dans le bon sens du terme. C'est super de finir de cette manière. J'ai retrouvé beaucoup de plaisir sur le terrain, une manière de jouer qui me convient. Quand tu te sens mieux, les victoires suivent, la confiance revient. C'était pourtant très compliqué d'imaginer cela il y a quelques semaines.
Vous avez commencé avec 6 défaites d’affilée en début d’année, dont certaines face à des joueurs très mal classés en Inde et en Tunisie. De 42e mondial en février 2023, vous êtes passé à la 182e mondiale un an après. Tout est parti de cette blessure au poignet ?
B.B. : Oui;, je me suis blessé au poignet l'année dernière à Monte-Carlo. Mon début de saison a été très bon, j'étais lancé mais il y a eu cette grosse blessure qui m'a coupé du circuit. J'ai mal géré mon retour. J'ai voulu revenir trop vite ou mettre trop d'énergie pour revenir le plus vite possible. Je n'ai pas pris le temps d'analyser ma blessure, de prendre le temps de comprendre ce que cela pouvait engendrer dans mon corps et dans ce que je pouvais ressentir sur le terrain. J'ai passé mon temps à courir après les sensations que j'avais eues avant ma blessure et je me suis épuisé mentalement et physiquement. J'ai commencé la saison 2024 déjà à bout car j'ai eu l'impression de courir les six mois d'avant sans retrouver les sensations que je cherchais. Le début de saison a été ainsi très compliqué : c'est le moment où la phase a été la plus dure, où tout m'a, un peu, explosé au nez.
Qu’est-ce qui vous a remis dans le droit chemin courant 2024 ?
B.B. : J'ai eu une prise de conscience après la tournée américaine et l'US Open, où j'ai eu une longue discussion avec mon entraîneur (Lionel Zimbler, NDLR). Je voulais essayer de changer des choses et de me sentir un peu différent sur le terrain car je ne me sentais pas vraiment bien et cela trainait depuis beaucoup trop longtemps. On a décidé de prendre cette fin de saison sans prendre en compte les résultats. Peu importe les matches dans les tournois, on a essayé d'apporter un contenu un peu différent, d'avoir un jeu beaucoup plus agressif, beaucoup plus libéré, dans l'idée de travailler pour 2025. Est-ce que c'est cela qui m'a donné le déclic ? Difficile à dire. J'ai en tout cas retrouvé un jeu qui me convenait beaucoup plus, avec une stabilité et une sérénité sur le terrain qui s'apparentaient un peu à ce que je ressentais en début de saison dernière. Tout est allé dans le même sens, ça a cliqué hyper vite au final. Depuis, j'ai l'impression d'avoir joué pour gagner et non pour ne pas perdre. Ce qui peut paraitre hyper paradoxal quand on ne joue pas pour les résultats.
Est-ce votre première victoire de l'année sur le Challenger de Winnipeg au Canada cet été qui a relancé la machine ?
B.B. : Oui, cela m'a redonné un élan, mais ce n'était qu'un bond sur une semaine qui ne m'a pas permis de rebondir par la suite. Cela a été davantage une piqûre de rappel pour me dire que j'étais capable de faire de belles semaines, même si, d'un point de vue contenu, c'était loin d'être une semaine incroyable. En fin de compte, sur cette fin de saison, il n'y a pas vraiment eu de match-clé. Il y a surtout eu de bons éléments importés, mais je sentais qu'il manquait encore des choses : ça manquait de folie, ça manquait de relâchement total sur certaines phases. A partir du Challenger de Roanne, cela a commencé à se concrétiser. Il n'y a pas eu de matches-déclic précis mais dès le début du tournoi, j'ai senti que ce que je faisais était plus libéré et tout se mettait mieux en place.
Plus qu'un match référence, ce sont donc ces sensations retrouvées qui vous ont porté aussi à Metz ?
B.B. : Oui en quelque sorte. Je suis resté hyper fidèle à ce que je faisais les dernières semaines, dans l'approche des matches, dans l'approche du tournoi. Ce serait mentir de dire que j'allais à Metz avec l'ambition de le gagner ; je voulais avant tout me faire plaisir, finir la saison ATP sur une bonne note. Je voulais faire de bons matches, voir ce que ça donnait et me tester sur des joueurs de ce niveau là. Au fur et à mesure de la semaine, je me suis pris au jeu. Je me suis mis à jouer de mieux en mieux. Il y a eu aussi cette victoire au 2e tour sur Casper Ruud, mon premier Top 10 (7e mondial et en transit pour jouer le Masters à Turin, NDLR), mais avec les éléments que l'on connait et qui ne me concerne pas. Cela reste une belle victoire, symbolique aussi. Après j'ai réussi à rester hyper cadré sur ce que je voulais faire en termes d'attention et à commencer à rêver sur la fin. Je suis hyper content d'avoir réussi à tenir mes intentions et à produire cela sur le terrain jusqu'au bout.
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Bonzi ne l'oubliera jamais : Les temps forts de sa finale en vidéo
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On a beaucoup parlé d’Arthur Fils, Ugo Humbert et Giovanni Mpetshi Perricard à Bercy, mais ils ne sont pas les seuls à porter haut les couleurs françaises. Vous être le 13e Français à finir la saison dans le Top 100 mondial, c’est un record. Votre victoire poursuit cet élan du tennis tricolore qui a, comme vous, vécu des moments de joie après des moments plus compliqués. Est-ce que les résultats des autres Français vous portent également, vous motivent aussi d’une certaine manière ?
B.B. : Bien sûr ! Tous les résultats des Français tirent les autres derrière eux vers le haut. Ugo et Arthur ont très bien joué sur la fin de saison avec des gros titres à Tokyo, celui de "Gio" à Bâle aussi. Cela montre la voie aux autres et que c'est possible. Il y a un stat intéressante : depuis Cassis en septembre, il y a eu des tournois en France toutes les semaines avec un Français au moins en finale. Il n'y a pas eu que des titres, mais cela montre que le niveau français est très bon. Il y a 13 Français dans le Top 100 mondial mais il y en a d'autres qui ne sont pas loin d'y entrer aussi. On ne se rend pas compte de la densité du niveau en France. C'est fabuleux car on peut tous se tirer les uns les autres. Entre joueurs français, on se parle un peu, on s'encourage, on se félicite. Dernièrement, on s'est écrit avec Ugo car j'ai pris sa suite au palmarès de Metz. C'est cool, l'ambiance est très bonne entre les joueurs français. On est tous contents des bons résultats de chacun.
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Henin : "Humbert et Fils n'ont pas l'obligation de porter le tennis français"
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Pourquoi, selon vous, cette densité est-elle sous-évaluée ?
B.B. : On pâtît un peu de la comparaison avec la génération d'avant avec quatre anciens joueurs qui étaient dans le Top 10. Pour l'instant, nous n'en avons pas, à l'exception de Lucas Pouille qui y a fait une apparition en 2018. On manque peut-être de ce mec super fort devant pour vraiment dire qu'on a de bons joueurs de tennis. Le niveau du tennis français est pourtant hyper relevé et le fait d'en avoir 13 dans les 100 en est la preuve. Ce chiffre peut monter à 14, 15, 16... ce qui serait exceptionnel. Cela fait plus d'un dixième du Top 100 mondial avec au moins un Français et on ne se rend pas compte à quel point c'est dur d'être dans les 100. Alors c'est vrai qu'on n'a pas ce mec hyper fort devant, j'espère que cela va arriver, mais le niveau général français est hyper haut.
Ce "super joueur français", dont vous parlez, pourrait-il être Benjamin Bonzi en 2025, vous qui avait été n°1 français l'an passé ?
B.B. : Je l'espère. Ces dernières semaines me donnent confiance pour l'avenir et me confortent dans le fait que j'aie ma place à ce niveau-là. Au fond de moi, j'ai la conviction que je peux faire encore mieux que ce que j'ai fait avant. Je n'ai pas de réponse sur l'avenir, mais je vais faire le maximum pour atteindre un classement meilleur que celui que j'aie eu (42e mondial en février 2023, NDLR). Peut-être que ce sera moi, peut-être que ce sera un autre. Plus on sera, mieux ce sera pour le tennis français en général. Mes ambitions ont en tout cas changé pour le début d'année 2025 qui s'annonce.
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