"Est-ce que tu es humain ? Tu as 15 ans et tu joues comme ça. Bravo !" Bon perdant et grand sourire pour aller saluer son bourreau au filet jeudi en quart de finale, Alexander Bublik a exprimé avec ses mots ce que de nombreux observateurs et acteurs du circuit pensent de Jannik Sinner. Il en a certes un peu rajouté – l’Italien affiche bien 19 printemps au compteur et non la quinzaine – mais il a surtout souligné des qualités impressionnantes chez son adversaire par cette saillie : une remarquable constance dans le haut niveau et une capacité à serrer le jeu quand les circonstances l’exigent.
Mais qu’est-ce qui rend Sinner aussi spécial ? Il y a d’abord les faits. Début 2019, à 17 ans, l’intéressé pointait à la 553e place mondiale et n’avait pas disputé le moindre match sur le circuit principal. A la fin de ce premier exercice, le gamin n’avait pas fait un simple bond : tel un géant aux bottes de sept lieues, il déboulait dans le Top 100 (78e), s’offrait sa première victoire sur un Top 20 (Gaël Monfils) et une demi-finale à Anvers, avant de s’adjuger le Masters Next Gen dans la foulée. Et là où beaucoup auraient mis du temps à confirmer cette folle ascension, lui a méthodiquement suivi sa formidable trajectoire, alors même que la pandémie de coronavirus (annulation de multiples tournois) et le gel du classement compliquaient sérieusement son entreprise.
ATP Londres
Surprise : Sinner éliminé dès le premier tour au Queen's par le 309e mondial
14/06/2021 À 14:14
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Tout sauf une étoile filante

Une première victoire sur un Top 10, David Goffin, à Rotterdam, puis un redémarrage impressionnant sur terre battue à l’automne (après la suspension du circuit) avec ce fameux quart de finale à Roland-Garros pour son premier grand tableau sur la terre parisienne. Personne ne l’avait fait depuis Rafael Nadal (au même âge) en 2005. A ce rythme, le voir en demi-finale d’un Masters 1000 la saison suivante relève presque d’une certaine logique, d’autant que lors de la précédente édition du tournoi floridien dans son nouvel écrin (2019) deux autres joueurs de moins de 20 ans, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime, y étaient également parvenus.
Si sa qualité de frappe et sa capacité à faire avancer facilement la balle – le fameux "easy power" cher à nos confrères américains – sont d’ores et déjà exceptionnelles et rappellent les atouts d’un certain Tomas Berdych, ce n’est pas tant tennistiquement que Sinner se distingue de ces prédécesseurs canadiens (il a d’ailleurs perdu au 1er tour de l’Open d’Australie au terme d’une farouche bataille contre Shapovalov) mais dans un autre domaine fondamental dans le tennis de haut niveau. "Il n’est pas humain, c’est un fait. Pour moi, c’est très surprenant qu’un gars de son âge ait cette solidité mentale que beaucoup d’autres n’ont pas. J’ai aussi dit que c’était un robot deux-trois fois pendant le match, mais je le fais d’une manière très sincère parce c’est vraiment un super joueur", a insisté Bublik qui n’a décidément pas tari d’éloges sur son vainqueur.
Il ne s’agit pas ici de considérer que Sinner est totalement imperméable au stress et à l’environnement qui l’entoure. L’Italien a d’ailleurs connu un début de match difficile face à Bublik en quart de finale, au cours duquel il a fait preuve d’une certaine nervosité et de pas mal de précipitation. Mais c’est bien dans la gestion des moments clés d’un match, dans sa capacité à élever son niveau de jeu quand la situation l’exige que le bonhomme est bluffant.

Souverain puis en résistance, Sinner a relevé le défi Bautista Agut au mental

Sa plus grande qualité ? Un calme olympien malgré sa jeunesse

"Il a sorti deux coups incroyables dans le tie-break alors que je menais 5-4 (avec un mini-break d’avance, NDLR). A chaque fois sur un gros point, je devais soit tenter un truc super dingue, un coup qui a 5 % de chances de réussite, soit il jouait vraiment incroyablement bien. Il m’a demandé si j’étais humain aussi. Mais bien sûr que je le suis. Je fais des doubles fautes quand j’ai des balles de break à sauver parce que je me tends un petit peu", a fait encore remarquer Bublik. Sinner ne dit pas autre chose quand il estime que sa plus grande qualité est… son calme.
Pas étonnant non plus avec cet atout-maître qu’il ait remporté ses deux premières finales sur le circuit (Sofia fin 2020 et Melbourne 1 en début de saison), alors qu’à titre de comparaison Auger-Aliassime a, lui, perdu les sept premières. Sinner est seulement le 8e joueur de moins de 20 ans à atteindre les demies à Miami. Et si l’on écarte ses deux rivaux canadiens, la liste des joueurs concernés est assez éloquente : Andre Agassi, Lleyton Hewitt, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray ont tous atteint ensuite la première place mondiale. Est-ce à dire que le chemin de Sinner vers les sommets est tout tracé ? Sûrement pas. Mais l’Italien a assurément un immense coup à jouer dans cette fin de tournoi.
Déjà parce que ses concurrents encore en lice n’ont, eux non plus, jamais gagné le moindre Masters 1000. Ensuite, parce qu’il a un (léger) avantage psychologique sur son prochain adversaire Roberto Bautista Agut, qu’il a dominé récemment à Dubaï pour leur seul précédent duel (6-4, 3-6, 7-5). Sinner a tout à gagner et sa force tranquille pourrait bien faire la différence. Déjà assuré de figurer dans le Top 25 la semaine prochaine, il intègrerait en cas de victoire finale les 20 meilleurs joueurs du monde. Et le premier trimestre de la saison est à peine terminé…

Course-poursuite, coups d'éclat et ratés : Sinner a tout vécu pour terrasser Bublik

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