Faut-il s'inquiéter pour Daniil Medvedev ? Curieuse question alors qu'au cours des six derniers mois, le Russe a décroché son premier titre du Grand Chelem et goûté, même furtivement, à la place de numéro un mondial. Il a accompli plus en un semestre que 99% des joueurs ne pourront jamais le faire, ni même le rêver.
Alors, s'inquiéter, sans doute pas. Mais depuis sa si douloureuse défaite en finale de l'Open d'Australie contre Rafael Nadal, après avoir mené deux sets à rien, sa dynamique semble brisée. Battu en demi-finale à Acapulco par ce même Nadal puis dès les 16es à Indian Wells par Gaël Monfils, il cherche son second souffle.
Conséquence, il a déjà perdu sa place sur le trône du classement ATP et c'est en numéro 2 mondial qu'il aborde Miami. "Ce n'est pas quelque chose qui ne quitte pas mon esprit, a-t-il assuré en débarquant en Floride. Je ne passe pas mon temps à me dire 'je peux perdre la place de N°1 en faisant ça', ou 'je peux la récupérer en faisant ci'. Je n'ai pas assez bien joué à Indian Wells, c'est aussi simple que ça. Je connais les chiffres, je sais que je peux reprendre la place (de numéro un) ici, mais ça ne m'empêche vraiment pas de dormir." Les chiffres, les voilà : s'il atteint les demi-finales du deuxième Masters 1000 de la tournée américaine, il s'installera à nouveau au sommet de la hiérarchie.
ATP Miami
Alcaraz - Ferrero, ce si précieux duo
04/04/2022 À 08:57

Medvedev : "J'aurai le tournoi de Miami pour essayer de retrouver ma place de numéro un"

Retourner à la base

Mais plus que le binocle à courte échéance, c'est la longue vue que Daniil Medvedev doit ressortir. A 26 ans, avec ce titre majeur et la place de numéro un, il a sans doute déjà coché la plupart des cases de ses ambitions et de ses rêves. La question, le concernant, c'est "Et maintenant ?" "Quel est son troisième grand objectif après ça ?", interroge Mats Wilander.
Le Suédois affiche un palmarès incomparable pour l'heure par rapport au protégé de Gilles Cervara, mais lui aussi a connu ce moment où, une fois l'essentiel assouvi, remettre de l'essence dans le moteur de la motivation s'avère complexe. Dans son cas, quelque chose s'était cassé lorsqu'il était enfin devenu numéro un mondial, en 1988 après sa victoire à l'US Open. Il lui avait fallu sept titres du Grand Chelem pour y parvenir après cinq années de domination de John McEnroe et Ivan Lendl.
Pour Daniil Medvedev, ce n'est sans doute pas un problème de motivation qui, au moins à court terme, pourrait constituer un frein, mais plus une question de compétence globale. Le Moscovite doit retourner des années en arrière, à la base, selon Wilander : "Le troisième objectif, c'est de revenir à ce que nous faisions tous quand nous étions jeunes. Il doit s'améliorer. Daniil Medvedev doit progresser en tant que joueur de tennis."
75% de la saison ne se passe pas sur sa surface préférée
Cela peut passer pour une bizarrerie de dire cela d'un joueur déjà au sommet, mais Medvedev est un cas à part. Il a atteint le firmament de son sport en étant dominateur sur une portion congrue du calendrier puisqu'il existe peu ou pas sur terre battue et le gazon. Et encore. Même sur surface rapide, il possède des axes de progression.
"Daniil doit progresser. Pas sur dur rapide, mais sur des surfaces dures un peu plus lentes", note Mats Wilander. Le Russe lui-même considère qu'il y a dur et dur : "A Indian Wells et Miami, les courts sont lents, voire très lents. Ce sont parmi les courts en dur les plus lents. Mais j'ai fait des ajustements en arrivant ici (à Miami) et je sens que je joue beaucoup mieux."

Cervara sur Medvedev n°1 mondial : "J'ai eu plus d'émotions quand la France a gagné le Mondial 98"

Il le devra car s'il doit attendre l'indoor ou du dur extérieur très rapide pour briller, il aura du mal à devenir durablement le patron du tennis masculin. "Comme il doit aussi beaucoup progresser sur terre battue et sur herbe, ça veut dire que 75% de la saison ne se passe pas sur sa surface préférée, insiste le consultant d'Eurosport. Donc il doit faire évoluer ce ratio pour que 75% du temps, il puisse évoluer dans un environnement où il se sent en mesure de pratiquer son meilleur tennis. Ce n'est pas encore son cas."
Il n'y a aucune raison pour que ce ne soit pas le cas sur gazon. A son arrivée sur le circuit, il s'agissait de sa surface favorite. Rien qu'avec sa qualité de service et de retour, il possède deux éléments majeurs pour briller sur herbe. Il ne soulèvera en revanche sans doute jamais la Coupe des Mousquetaires sur le court Philippe-Chatrier, mais son quart de finale à Roland-Garros l'an dernier témoigne de ses capacités à obtenir, a minima, des résultats bien meilleurs sur cette surface que ces dernières années. Il semblait avoir décidé que l'ocre n'était pas pour lui. S'il se sort définitivement ça de la tête, il peut y être compétitif, à défaut de s'y montrer dominateur.

Evolution comportementale

Le danger, pour lui, serait de se laisser gagner même inconsciemment par une pensée néfaste à son évolution future. Il pourrait se dire qu'il a un Grand Chelem. Joué trois autres finales. Que rien qu'avec l'US Open et l'Australie, il peut se forger un palmarès conséquent. Et, qu'en prime, il a été N°1. Alors, a-t-il vraiment besoin d'évoluer tant que ça ? Face à cet écueil, Mats Wilander a un conseil pour lui : "Daniil, oublie ce que tu as accompli et remets-toi au travail pour devenir un meilleur joueur."
Pour Justine Hénin, tout ne tient par ailleurs pas au strict plan tennistique. Une progression sensible de Medvedev passera aussi par une évolution de son attitude sur le court. "Je crois qu'il devra changer sur ce plan, juge l'ancienne numéro un mondiale du tennis féminin. Il a beau dire que ça le rend plus fort, et c'est peut-être vrai sur certaines séquences, mais sur la durée, je pense qu'il y perd beaucoup trop d'énergie. Son comportement à Melbourne face à Tsitsipas en demi-finale, cela ne lui porte pas préjudice sur ce match, mais est-ce qu'il ne le paie pas un peu derrière en finale, en termes d'influx, d'énergie ? Il n'y a pas de raisons qu'il n'évolue pas sur ce point aussi, tout en gardant sa personnalité."
Après la phase d'ascension, qui l'a propulsé sur des hauteurs que personne n'aurait imaginé il y a trois ou quatre ans, vient celle de la consolidation pour Daniil Medvedev. Finalement, qu'il possède encore de réels axes de progression dans des secteurs si variés n'est pas une si mauvaise nouvelle. Au contraire. Elle prouve qu'il y a moyen pour lui d'aller voir encore plus haut si telle est son envie, ce dont il n'y a aucune raison de douter.

Medvedev se défoule sur l'arbitre : "Regarde-moi ! Je te parle ! Tu es tellement mauvais !"

ATP Miami
D'Alcaraz à Cerundolo, Miami a vécu dix jours de dingue
03/04/2022 À 23:43
ATP Miami
Bublik la joue à l'envers, Alcaraz à la folie et l'ambidextre Wolf : Le Top 5 de Miami
03/04/2022 À 22:12