Benjamin Bonzi connaît une période faste. A 25 ans, le natif de Nîmes a fait une percée remarquable dans cette saison 2021 : 164e mondial pour l'entamer, il est désormais 61e et reste sur trois titres sur le circuit Challenger (Saint-Tropez, Cassis et Rennes), soit 15 victoires consécutives. Lors de la remise des trophées à Rennes, le joueur de 25 ans a ainsi rendu un vibrant hommage à son coach Lionel Zimbler avec lequel il a donné un second souffle à sa carrière. Ce dernier a accepté de nous donner quelques clés de cette folle ascension.
Benjamin Bonzi a donc gagné 6 Challengers cette année, un record qu'il co-détient avec Facundo Bagnis (2016), Juan Ignacio Chela (2001) et Younes El Aynaoui (1998). Aller en chercher un 7e pour être seul recordman, ça se tente, non ?
Lionel Zimbler : Vous me l'apprenez ! (Rires.) Je ne m'intéresse pas vraiment à ce genre de choses. Mais il est clair que c'est un joueur qui manque cruellement de matches sur le circuit principal, dans les ATP 250. Dans son projet, à l'heure actuelle, il a besoin d'une expérience supplémentaire. Dans ma tête, il faut faire en sorte qu'il joue pas mal de 250 pour pouvoir, à défaut de gagner énormément de matches, s'habituer à ce niveau-là. Il faut qu'il gère aussi bien les moments difficiles sur ces tournois que sur les Challengers et qu'il arrête de regarder les Top 100 comme s'ils étaient des Martiens. L'air de rien, c'est allé très vite pour lui. Il faut digérer un peu le truc et se sentir à sa place. Quand certains joueurs progressent vite, ils ne comprennent pas toujours pourquoi et ne se sentent parfois pas à leur place.
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Au début de votre collaboration, il était au-delà de la 350e place mondiale (373e le 4 novembre 2019). Comment expliquez-vous cette métamorphose ?
L.Z. : Quand il est arrivé à Marseille, Benjamin était très agité. Mais il est très à l'écoute. C'est quelqu'un qui a su se remettre en question : quitter sa structure initiale, déménager, faire des efforts. Il savait ce qu'il voulait, et à partir de là, c'est mon métier de trouver les bonnes pistes pour le faire progresser, aussi bien sur les plans technique, tactique, physique et mental. Sa grande force a été de persévérer, d'être à l'écoute, de faire confiance dans un premier temps. Et quand les résultats sont bons, c'est toujours plus évident : dès la première année, malgré l'interruption à cause du Covid et le gel du classement, il est entré dans les 200 premiers mondiaux (165e fin 2020, NDLR).
Qu'estimez-vous lui avoir apporté ?
L.Z. : Dans son fond de jeu, je lui ai demandé rapidement d'essayer d'aller vers l'avant, de moins reculer. C'était quelqu'un qui jouait très loin de sa ligne de fond. Pour moi, il n'avait aucune chance de réussir, ou de rentrer dans le Top 100 dans cette filière-là. C'est vrai que ça a été une grosse réforme en termes d'identité de jeu, de le forcer à le faire… Parce qu'il a fallu le forcer quand même un peu au départ.
On a changé complètement son approche : pour jouer plus tôt, il faut apprendre à couper les trajectoires
Quand des habitudes de jeu sont ancrées depuis le plus jeune âge, la tâche a dû être compliquée…
L.Z. : Oui, c'est vrai. Mais en même temps, quand on explique à un joueur que soit ça passe par là ou alors que sa carrière n'ira pas plus haut… En mettant cette pression-là, quand on a la chance d'être un coach avec de l'expérience, c'est sûr qu'il était plus à l'écoute. Et il m'a dit : "Bon, on y va !" Au début, ça tâtonnait un peu, ce qui est normal. On a changé complètement son organisation, son approche du jeu : pour jouer plus tôt, il faut s'organiser plus vite, il faut apprendre à couper les trajectoires. Et toute cette mise en place, à plusieurs échelons, va faire que le joueur peut jouer plus tôt, s'engager un peu mieux, améliorer sa qualité de balle et aller un peu plus au filet. Si vous vous organisez lentement, vous êtes obligé d'être loin de la ligne pour avoir du temps.
Benjamin a aussi expliqué qu'il gérait mieux ses émotions. Comment l'avez-vous aidé sur cet aspect ?
L.Z. : Tout ce qui est mental, ce n'est jamais évident. Nous sommes toujours dans la discussion, le dialogue. J'ai essayé de trouver des ressorts qui pouvaient lui parler et faire partie des valeurs de son tennis : jouer chaque point à fond, se concentrer sur ce qui était essentiel dans son jeu, avoir une routine régulière entre chaque point. Le plus dur, c'était d'installer un état d'esprit pour appliquer ça. Si les joueurs n'y arrivent pas, c'est qu'ils sont perturbés par des pensées parasites qu'il faut faire sauter. Il faut s'attacher à respecter des valeurs fondamentales et évacuer le reste quand on joue un match de tennis. Et ça porte ses fruits aujourd'hui : Benjamin arrive à ne pas s'énerver quand il est en difficulté ou quand il rate des coups, et parvient à basculer sur le point d'après et à être dans le moment présent. Une des clés, c'est la gestion du temps entre chaque point : basculer de la frustration de l'échec à la préparation du point suivant.
Avec son état d'esprit plus conquérant désormais, Benjamin s'autorise-t-il davantage à rater ?
L.Z. : Tout à fait. On ne peut pas se dire, "je veux être un meilleur attaquant" et ne pas accepter de faire plus de fautes directes. Je lui ai dit que s'il continuait à pousser la balle à faible vitesse, il n'irait nulle part. Donc il est forcément passé par là. Maintenant, il est plus constant, il y a de moins en moins de fautes directes justement. Mais on ne peut pas non plus négliger qu'il navigue actuellement dans une période de confiance qui lui permet d'avoir plus de recul, d'accepter plus de choses que quand on est régulièrement dans le doute et les mauvais résultats.

Lionel Zimbler, alors coach d'Antoine Hoang, à Roland-Garros en 2019

Crédit: Getty Images

On a l'impression que le Top 100, c'est la cour des grands, mais pour moi, ça reste une étape
Un des exemples de cette transformation mentale, c'est sa gestion récente de la frustration de l'élimination en qualifications de l'US Open pour repartir sur les Challengers.
L.Z. : Quand on prend une claque, notre job, c'est de rebondir. Donc on est partis très rapidement sur Saint-Tropez en Challenger, sur totalement autre chose. Vous avez deux types de joueurs : ceux qui s'effondrent parce qu'ils ont fait un mauvais US Open, alors que c'est un objectif important, et il y a ceux qui sont capables de tourner la page et s'adaptent vraiment au circuit. Finalement, avec ce circuit, quand on fait de la merde pour le dire franchement, ou quand on a une grosse déception, on a cette chance de pouvoir vivre de meilleurs moments la semaine suivante. Et ce n'est pas le cas de tous les sports : en natation par exemple, vous avez les Mondiaux, les JO, et quand ils passent à côté, il faut attendre un ou deux ans.
Benjamin n'est plus très loin du Top 50 : avez-vous fixé des objectifs pour la saison prochaine en termes de classement ou dans les tournois du Grand Chelem ?
L.Z. : Pour l'instant, non. On le fera sûrement à la fin de l'année. Nous ne sommes pas encore à un classement pour viser des grandes choses. Nous franchissons des étapes dans lesquelles il apprend, il mûrit, il se stabilise. Une de ses grosses qualités - qu'il a développée depuis un an et demi -, c'est d'être très constant, régulier semaine après semaine. Si à un moment, il entre dans le Top 50, là on pourra commencer à viser des secondes semaines de Grand Chelem. Aujourd'hui, quand on n'est pas tête de série (il y en a 32, NDLR), on est tellement dépendant du tirage au sort… Ce qu'il va falloir identifier désormais, c'est ce qui dans son jeu fait mal au niveau supérieur. C'est comme ça que j'avais eu des pistes rapidement avec Benoît Paire à l'époque : en le regardant régulièrement jouer des Top 100.
En somme, il faut désacraliser le Top 100 pour aller plus haut…
L. Z. : C'est ça. Top 100, ça veut dire qu'on peut entrer directement dans les tableaux de Grand Chelem, qu'on peut jouer plus souvent sur le circuit principal. On a l'impression un peu de rentrer dans la cour des grands. En France particulièrement, il y a quelque chose d'un peu symbolique autour de ça. D'ailleurs quand Benjamin y est parvenu, j'ai reçu pas mal de messages. Mais pour moi, ça reste une étape qui ouvre des portes. Et quand elles s'ouvrent, il faut y aller.
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