Comme lors de son acte de naissance à Roland-Garros voilà 13 mois, Hugo Gaston va quitter Bercy avec des souvenirs plein la tête, beaucoup de certitudes et une pointe de regret. Porte d'Auteuil, il avait calé en cinq sets contre Dominic Thiem, tout frais vainqueur de l'US Open. Vendredi soir, à l'Accor Arena, le nouveau chouchou du public français a buté sur Daniil Medvedev, lui aussi récemment auréolé de son premier titre majeur, également à New York. Une défaite logique (7-6, 6-4), dont la légère amertume réside dans ces trois balles de premier set en sa faveur à 5-4, 40-0 sur son service.
"Je dois être capable de mieux gérer ces moments décisifs, admet-il. Pour moi, c'est le seul moment où je peux avoir quelques regrets sur ce match. Je n'ai pas revu ce point mais, forcément, je dois mieux faire. Contre les meilleurs joueurs au monde, la moindre petite erreur se paye cash. C'est ce qui s'est passé. Il y a un peu de déception, forcément, parce que je suis un compétiteur, j'aurais aimé gagner." Son entraîneur, Marc Barbier, sourire aux lèvres devant les accomplissements de son poulain, n'a pas dit autre chose : "A chaud, après une défaite, le premier sentiment, c'est toujours la déception."

Medvedev : "Ce qui m'a sauvé, c'est son service, sinon Gaston serait déjà Top 10"

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Le public est raide dingue de lui

Vingt minutes après cette triple occasion manquée, Daniil Medvedev raflait cette manche inaugurale au jeu décisif. "Un miracle", a concédé le Russe. "Il sert sur le T, et je pense vraiment que c'est un ace, que le set est fini. Alors je tends juste le bras comme j'aime le faire pour essayer de toucher la balle." Non seulement il l'a touchée, mais il a gagné ce point, puis les deux suivants, puis le jeu, le set et le match. Mené 4-0 dans la seconde manche, le Petit Prince de Bercy a amorcé un début de remontée aussi fiévreuse que la veille contre Carlos Alcaraz en huitième de finale, mais sans pouvoir aller au bout de son propre miracle.
Voilà pour la minuscule fausse note d'une semaine remarquable, au cours de laquelle le Toulousain aura battu de très bons joueurs, accroché une des grandes références du circuit et, cerise sur le gâteau, solidifié son lien avec un public définitivement raide dingue de lui. Tout cela aurait pu l'inhiber, finir par le rattraper. Au lieu de quoi cette ferveur lui aura donné des ailes, jusqu'au bout.
"C'est le public qui m'a poussé, c'était incroyable, sur le terrain, d'entendre son nom comme ça, raconte Gaston. Et puis voilà, après aussi, tous mes proches qui sont venus me voir jouer. Ce n'est jamais simple de se libérer. Ils ont tous pu se libérer, donc aussi les remercier. C'est dans une atmosphère comme ça que j'aime jouer, et c'est aussi pour cela que je joue au tennis. Ce n'est jamais simple de jouer dans un stade plein. C'était une des premières fois pour moi. Mais je me suis bien senti sur le terrain."
Ce tournoi vient tourner pour de bon la page de son Roland-Garros 2020, depuis lequel il était attendu, espéré, même. La digestion de cette brutale et spectaculaire explosion a pris un peu de temps, en toute logique, mais Gaston n'est plus l'homme d'un "one shot". A Bercy, il s'est pleinement senti à sa place. Tennistiquement, physiquement, mentalement. Il n'a plus à s'excuser de s'inviter à cette table.

Hugo Gaston à Bercy en 2021.

Crédit: Getty Images

Des questions et des ambitions

En quoi s'est-il le plus épaté ces derniers jours ? "Par la gestion de mes matches, répond l'intéressé. Je trouve que j'ai très bien géré les moments clés de chaque match, même si aujourd'hui... un peu moins, mais ça fait partie du jeu. Globalement je suis très content de ce que j'ai fait, puis aussi de mon état physique, parce que j'ai joué beaucoup de matches longs et j'ai toujours répondu présent. C'est un très bon point. Il y a beaucoup de fierté."
De fierté, et d'espoirs pour la suite. Désormais bien ancré dans ce Top 100 dont il avait fait le grand objectif de sa saison, il va pouvoir se focaliser essentiellement sur le circuit principal alors que les Challengers restaient son pain quotidien. Une foule de questions demeurent en suspens : son physique peut-il constituer un frein sur la durée d'une saison ? Supportera-t-il les exigences hebdomadaires des ATP 250, des 500, des Masters 1000 ? Puis, pourquoi se hisse-t-il à un tel niveau à Roland-Garros ou Bercy ? Est-il un homme de coups ? Peut-il afficher cette qualité de tennis de façon constante ou, au moins, plus récurrente ? "J'espère jouer aussi bien ailleurs qu'à Paris, sinon, forcément, ça risque d'être compliqué, plaisante-t-il à moitié. Je sais que je peux très bien jouer. Il n'y a pas de raison."
Aucune, non, a priori. On aime aussi l'entendre afficher ses ambitions sans s'en excuser, et sans trembler. Conscient du long chemin restant à parcourir, mais ne s'interdisant rien. "Le Top 100, c'était un premier gros objectif, qui était très important, rappelle-t-il, mais je ne me fixe pas de limite. Je vais essayer d'aller le plus loin possible. Il faudra voir avec mon entraîneur, mais on est très ambitieux." Même s'il veut y aller pas à pas : "Comme à chaque fois, je veux faire les choses petit à petit, étape par étape. On ne va pas griller les étapes."

Renversant : Avant de perdre le 1er set, Gaston avait remporté ce point improbable

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