Ce n'est évidemment pas la manière dont il avait rêvé de sceller son succès. Ça n'en restera pas moins une victoire extrêmement symbolique, peut-être même fondatrice dans le parcours de Holger Rune, parcours qui ne cesse de s'élever au fil de ces dernières semaines, au point de le conduire a minima aux portes du top 15 lundi prochain, peut-être même dans le top 10 si Paris continue de lui sourire jusqu'au bout.
En terrassant Carlos Alcaraz vendredi soir en quart de finale du Rolex Paris Masters, Holger Rune ne s'est pas seulement qualifié pour sa première demi-finale en Masters 1 000. Il a aussi battu pour la première fois un n°1 mondial et même si l'Espagnol a jeté l'éponge avant le gong final (à 6-3, 6-6, 3-1 contre lui au jeu décisif), victime d'une douleur aux abdominaux qu'il préférait ne pas aggraver avant le Masters, il serait sévère voire injuste de dire que Rune ne méritait pas sa victoire. Il l'avait à portée de fusil, après avoir dominé l'ensemble des débats.
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Alcaraz - Rune : Les temps forts du match

A 19 ans, ce qu'est en train d'accomplir le jeune Danois depuis plusieurs semaines, et même depuis plusieurs mois, dépasse l'entendement. On aurait presque tendance à le banaliser, pour une raison simple : au même âge, à six jours près, un homme est déjà n°1 mondial avec un titre du Grand Chelem en poche. Ce jeune homme, c'est évidemment Carlos Alcaraz.
"Si Alcaraz n'était pas là, un joueur de 19 ans qui accomplit de telles performances, tout le monde dirait que c'est incroyable, relève (sans doute à raison) Patrick Mouratoglou, qui couve le jeune champion au sein de son académie depuis ses 13 ans mais qui travaille plus étroitement avec lui depuis un mois. Or, comme Alcaraz est n°1 mondial, on fait moins attention à lui. Ceci dit, tant mieux parce qu'on le laisse ainsi un peu plus tranquille."

Les plus jeunes depuis Djokovic-Murray en 2007

Tant mieux, mais tout de même : après trois semaines d'une tournée indoor extrêmement prolifique dans les salles plus obscures de Sofia (finale), Stockholm (titre) puis Bâle (finale), sans peut-être trouver l'écho mérité auprès du grand public, il était temps qu'Holger éclate enfin en pleine lumière. Une victoire face au meilleur joueur du monde, sur l'une des plus belles scènes du monde, en était pour cela l'occasion idoine. Il ne l'a pas laissée passer.
En l'occurrence, pas n'importe quel n°1. Carlos et Holger, qui s'affrontaient dans le plus jeune quart de finale (ou mieux) en Masters 1 000 depuis un Djokovic-Murray en demi-finale de Miami en 2007, ont le même âge (cru 2003), on l'a dit. Ils se sont joués un nombre incalculable de fois chez les jeunes; et ont même joué un double ensemble aux Petits As, en 2017. Mais les deux garçons ont beau être très proches, ils n'en sont pas moins rivaux. Et, forcément, valeur étalon l'un pour l'autre.
"Battre un n°1 mondial pour la première fois, déjà, ce n'est pas neutre. Mais battre Carlos, qu'il connaît depuis qu'il est gamin et qui est monté plus vite, forcément, ça a beaucoup de sens pour lui, reconnaissait ainsi Mouratoglou. C'est un match qu'il attendait depuis un moment, pour pouvoir se mesurer à lui."
Ce qu'on a vu sur le terrain vendredi soir ne reflète évidemment pas une vérité absolue. Mais sans contestation la vérité du moment, entre un Alcaraz qui semble rouler sur la jante depuis l'US Open et un Rune qui, lui, est à fond de cale depuis des semaines, accélère encore un peu plus à chaque match tout en donnant cette impression d'en avoir encore sous la pédale.

Improbable : Holger Rune est entré sur le court Arthur-Ashe avec... un sac IKEA

C'est que le Danois n'a pas eu une saison de la même densité que celle de son copain espagnol. Passé un printemps fructueux sur terre battue avec un premier titre remporté à Munich et ce premier quart en Grand Chelem à Roland-Garros, il a enchaîné une série de six défaites consécutives au 1er tour. Il a fallu qu'il affronte un Benoît Paire fulminant puis un Fabio Fognini claudiquant pour renouer avec le succès, en août, en Amérique du Nord. Mais, clairement, il y avait un accroc quelque part. Un nid-de-poule sur le boulevard de la gloire.
Peut-être qu'il fallait un électrochoc et c'est la raison pour laquelle Lars Christensen, entraîneur de toujours du petit phénomène scandinave, a fait appel à un œil à la fois extérieur et familier en la personne de Patrick Mouratoglou, qui occupe le box du joueur depuis le tournoi de Stockholm. Il est évident qu'en trois semaines, celui qui demeure jusqu'à nouvel ordre l'entraîneur principal de Simona Halep – actuellement suspendue pour une durée indéterminée en raison d'un contrôle antidopage positif – n'a pas pu révolutionner le jeu de son poulain. Mais il a au moins accompagné, sinon impulsé un très net changement d'attitude.

Holger Rune & Patrick Mouratoglou

Crédit: Instagram

"Depuis un mois, je trouve qu'il est plus calme sur le court, plus en contrôle de ses émotions, notait ainsi l'ancien coach de Serena Williams. On sait que c'est un joueur qui a beaucoup de caractère et les émotions avaient tendance parfois à prendre le pouvoir sur lui. La panique le prenait assez rapidement dans les matches. Je trouve aussi qu'il prend davantage les choses en main. Il avait tendance à tomber parfois dans la passivité. Là, c'est beaucoup plus stable et structuré."
Depuis un an et sa première confrontation (encourageante mais perdante) face à un n°1 mondial en exercice, à l'US Open 2021 contre Novak Djokovic, la métamorphose physique et tactique est criante, aussi. Rune a gardé le même visage poupon mais s'est bâti un corps d'athlète, avec des cuisses à faire pâlir un séquoia.
Le cogneur mal dégrossi s'est mu en redoutable homme à tout faire, prodigieux dans la vitesse de transition attaque-défense, capable d'enchaîner aussi bien les "bûches" que de défendre comme un acharné, parsemant le tout de fréquentes amorties ou montées au filet. Avec lui, impossible de savoir sur quel pied danser. Une sorte de tennis "total", ultra-déstabilisant pour l'adversaire, qui n'est pas sans rappeler celui de Carlos Alcaraz.

"Ces jeunes se connaissent depuis toujours. Quand l'un arrive et bat les meilleurs, les autres se disent : "je suis capable de le faire aussi".

Alcaraz, on y revient encore. Son avènement au sommet, à l'US Open, a sans doute joué un rôle dans l'envol soudain d'autres oisillons de la même portée, à l'instar aussi de Lorenzo Musetti, excellent cet automne. "Ça joue, évidemment, concède Patrick Mouratoglou. On le voit à l'échelle d'un pays, quand un joueur perce, ça emmène les autres. Là, c'est un peu pareil au niveau international. Ce sont des jeunes qui se connaissent depuis toujours. Quand l'un arrive et bat les meilleurs, les autres se disent : "je suis capable de le faire aussi". Carlos a donné une dynamique à toute cette génération. Et cette génération, je la trouve passionnante. Ils sont nombreux, avec des personnalités et des jeux très différents. Et ils y croient tous."
La croyance, peut-être le mot qui qualifie le mieux Holger Rune. "Les champions ont cette capacité à se sentir à la hauteur, tout le temps, dit encore le boss de l'académie éponyme. Un champion, à 15 ans, qui se retrouve sur le central de Roland-Garros contre Nadal, il va penser qu'il va gagner. Même s'il est complètement à côté de la plaque, le fait d'y croire autant, ça change beaucoup de choses. Plein de gens ont les moyens de battre des joueurs plus forts sur le papier mais l'absence de croyance fait qu'ils n'y arrivent jamais. Lui, il a ce truc-là, très spécial".
Il fallait y croire, en effet, pour sauver trois balles de match au premier tour contre Stan Wawrinka, dans une ambiance rendue chaude par le soutien bruyant de Kev' Adams et toute sa bande de potes. Rune l'a fait, avec ce sang-froid épatant dans les moments chauds qui le caractérise de plus en plus. Depuis, il ne s'est plus fait breaker. Avec cette 7e victoire sur un top 10, la troisième cette semaine (après Hurkacz et Rublev), il a prouvé ce qu'il voulait prouver à Bercy : à savoir, qu'il fait partie lui aussi de ce groupe des meilleurs. Ou pas loin.

3 balles de match sauvées par Rune : les temps forts de sa victoire sur Wawrinka

Reste un défi d'un autre type qui l'attend ce samedi, face au peut-être seul homme sur Terre plus en confiance que lui en ce moment : Felix Auger-Aliassime, qui reste pour sa part sur 16 victoires consécutives et vient de le battre dimanche dernier en finale à Bâle. L'un des plus gros défis qui soient en indoor. Mais Holger a prévenu : "Je vais tenter quelques petits changements et voir si j'arrive ainsi à le stresser un peu." Méfiance, car ce genre de crack apprend plus vite en six jours que le commun des sportifs en plusieurs mois. Surtout, il y croira plus que tout…
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