Rolex Paris Masters : Holger Rune, deux ans pour rien ? "Depuis son titre, il n'a pas du tout évolué"

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Vainqueur brillant et retentissant du Rolex Paris Masters en 2022 en battant Novak Djokovic en finale, Holger Rune s'annonçait à 19 ans comme l'une des nouvelles terreurs du circuit. Deux ans plus tard, le Danois est certes bien installé dans le Top 20 mondial, mais il déçoit. Analyse d'une stagnation préoccupante, sans être rédhibitoire pour autant tant l'intéressé reste jeune.

Du talent et du cran : Comment Rune a fait plier Djokovic

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"Je me vois former un Big 3 avec Carlos Alcaraz et Jannik Sinner." Holger Rune n'a jamais eu froid aux yeux, et en mars 2023, il s'affirmait ainsi dans un entretien accordé à nos confrères italiens de la Gazzetta dello Sport. Le Danois s'installait alors dans l'élite du tennis mondial – jusqu'à une 4e place atteinte en août – dans le sillage d'un triomphe marquant au Rolex Paris Masters quelques mois plus tôt où il avait successivement battu cinq membres du Top 10 dont le numéro 1 de l'époque Carlos Alcaraz et la légende vivante Novak Djokovic après une finale d'anthologie.
Et pourtant, force est de constater qu'un an et demi après sa prophétie, Rune est (très) loin du compte. Quand Alcaraz compte déjà 4 Majeurs, Sinner 2 et qu'ils ont tous deux atteint la première place mondiale, le Danois n'a toujours pas goûté à un dernier carré en Grand Chelem. Pire, en 2024, ses meilleurs résultats dans ce domaine sont deux huitièmes de finale à Roland-Garros et Wimbledon et il s'est même fait écraser au… 1er tour du dernier US Open (6-2, 6-1, 6-4) par Brandon Nakashima. Redescendu à la 14e place mondiale avec une seule finale au compteur à Brisbane cette saison, il est bien redescendu de son nuage avant de retrouver Bercy.

Une instabilité maladive : plus d'une dizaine de changements de coaches

"Je trouve qu'il n'y a pas eu beaucoup d'évolution depuis deux ans, si ce n'est pas du tout au niveau tennis, juge Nicolas Escudé, de retour comme consultant Eurosport sur le Rolex Paris Masters. Quand il gagne, il joue un tennis pharaonique. Que ce soit au niveau physique, que ce soit au niveau tennis, il est très complet de partout. C'est en plus un joueur qui n'a pas peur d'aller vers l'avant, de venir au filet, qui a une bonne technique au filet. Donc, il aurait tendance un petit peu à avoir toutes les palettes du jeu, mais il lui manque de la stabilité. On le voit même sur la façon dont il peut conduire ses matchs. Rares sont les matchs où c'est relativement linéaire. Il y a des hauts, voire des très hauts, et puis par moments, il y a une chute de tension difficile à expliquer."
Ce manque de stabilité est flagrant dans la gestion de son équipe. En deux ans, Rune a procédé à une dizaine (vous avez bien lu) de changements de coachs, entre volonté louable de s'ouvrir de nouveaux horizons, revirements surprenants et impatience. En voici un petit résumé à peu près exhaustif.
En 2022 :
  • Premier titre à Munich puis premier quart de finale en Grand Chelem avec Lars Christensen, son coach historique pour l'épauler
  • Après une série de défaites durant l'été, arrivée de Patrick Mouratoglou en complément couronnée de succès rapides : titres à Stockholm et Paris-Bercy
En 2023 :
  • Christensen et Mouratoglou font d'abord équipe, puis sont alternativement en charge de Rune : le premier à Wimbledon et le second à l'US Open
  • Après une élimination précoce à Flushing Meadows, départ de Mouratoglou. Christensen redevient seul maître à bord
  • Arrivée de Boris Becker en second coach en octobre
  • Départ de Christensen en novembre
En 2024 :
  • Mise en place d'une "Dream Team" avec Boris Becker et Severin Lüthi, ex-coach de Roger Federer
  • Lüthi accompagne Rune tout le mois de janvier, mais annonce son départ à l'issue d'un Open d'Australie raté
  • Becker s'en va à son tour quelques jours plus tard en février
  • Dans la foulée, retour de Mouratoglou en tant que coach principal, Kenneth Carlsen intègre officiellement le staff
  • Départ de Mouratoglou fin juillet, Carlsen seul coach
  • Septembre-octobre : test avec l'entraîneur germano-iranien Benjamin Ebrahimzadeh en parallèle de séances de travail avec… Christensen. Officiellement, Carlsen fait toujours partie de l'équipe
Il y a une impatience chez lui, un caractère qui fait qu'il peut avoir tendance à s'énerver
Difficile dans ces conditions de mettre en place un projet sérieux sur le long terme. Mais comment expliquer cette instabilité ? "Il y a forcément une impatience chez lui, un caractère qui fait aussi que, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, à partir du moment où les résultats ne sont pas là et que ça n'avance pas comme il le souhaiterait, il peut avoir tendance à s'énerver", analyse Nicolas Escudé. Une piste confirmée par Patrick Mouratoglou lui-même qui n'a de cesse de souligner la "forte personnalité" de son ex-protégé qu'il considère d'ailleurs comme un atout quand on aspire à être numéro 1 mondial.
De fait, Rune a très tôt affiché ses ambitions. Mais s'il a montré des qualités indéniables pour les réaliser, la patience n'en fait pas partie. Trop pressé, il a perdu le fil de sa carrière, en quelque sorte. Et le contraste est saisissant avec Alcaraz et Sinner. Quand le premier forme un duo fusionnel avec Juan Carlos Ferrero, le second s'est structuré avec Simone Vagnozzi et Darren Cahill, un attelage très complémentaire, le premier plus en charge de la dimension technique et tactique quand le second a fait la différence dans l'approche mentale des grands événements.

Une prise de conscience récente salutaire ?

Alors Rune a-t-il définitivement raté le train ? A 21 ans, ce jugement semble plus que prématuré. D'autant que dans des messages sur les réseaux sociaux après son non-match à l'US Open ainsi que dans une interview récente accordée à Quindici Zero, le Danois semble acter une prise de conscience indispensable pour repartir de l'avant.
"Honnêtement, je méritais d'être dans le top 7/top 8 pour les résultats obtenus entre fin 2022 et début 2023. Mais arriver à la 4ème place du classement, ce n'était pas le fruit de mon travail, c'était un cadeau grâce aux résultats des joueurs au-dessus de moi. À ce moment-là, je n'étais pas prêt : mon jeu n'était pas Top 4, ma mentalité non plus. Maintenant, je sens que j'ai beaucoup plus d'expérience. C'est important, car il faut s'adapter de la bonne manière pour rester à ces niveaux. Certains le font plus vite que d'autres, je me sens désormais à l'aise dans tous les aspects : cela rend l'aspect mental moins exigeant et génère de l'énergie pour développer à nouveau mon jeu", a-t-il notamment confié au média italien.
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Et d'ajouter : "Après avoir travaillé avec le même coach pendant 15 ans, je pense que c'était important pour moi d'essayer quelque chose de différent et de trouver de l'inspiration auprès d'autres entraîneurs pour ensuite déterminer ce qui était le mieux pour mon jeu et ma carrière. (…) Je suis beaucoup plus sage désormais à propos de ce dont j'ai besoin et de ce qui marche pour moi." Comme un passage obligé, un moyen de s'armer davantage avant de reprendre son ascension.
Sa mère Aneke reste son pilier. L'élément inamovible de sa structure. Peut-être est-elle d'ailleurs à l'origine de la reprise de contact récente avec Lars Christensen, le coach historique ? Avec lui, Rune a retrouvé ces dernières semaines des fondamentaux solides au service, lui qui avait été abandonné par sa première balle (39 %) du côté de l'US Open notamment. C'est peut-être la première pierre vers l'élaboration d'un projet durable pour préparer 2025. Il le faudra pour tenter de combler le gouffre qui le sépare désormais du duo Sinner-Alcaraz.

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