"Vous voulez parler du match où j’ai tremblé ?" Daniil Medvedev ne manque pas d’auto-dérision. C’est avec ce sur-titre qu’il a repris sur les réseaux sociaux une vidéo publiée par Tennis TV d’un de ses coups gagnants contre Rafael Nadal l’an dernier. Pour sa première expérience dans le tournoi des Maîtres, il avait connu un bizutage des plus cruels. Il était reparti de l’O2 Arena de Londres bredouille, qui plus est en manquant d’un rien la première victoire de sa carrière sur le Taureau de Manacor.

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Thiem s’est-il trompé tactiquement ? "J’ai beaucoup slicé et je le referai"
23/11/2020 À 00:06

Medvedev menait 5-1, 30/40, balle de match sur le service adverse dans le troisième set, avant de se laisser peu à peu grignoter le cerveau. Car si Nadal avait fait preuve d’un fighting spirit sensationnel comme à sa glorieuse habitude, c’est bien le Russe, très nerveux, qui avait été gagné par le stress et la peur de gagner. "J’étais vraiment déçu, parce que si j’avais gagné ce match, j’aurais eu une chance de me qualifier pour les demi-finales (c’était le 2e match de poule, NDLR). Ça m’aurait donné beaucoup de confiance de battre Rafa. Mais ça arrive dans le tennis. Je dois apprendre de ce genre de chose, mais aussi le mettre derrière moi parce que j’aurais dû gagner. Les trois défaites de l’année dernière n’affectent pas ma confiance pour ce Masters", avait prévenu le Russe avant le tournoi.

Contre le Big 3, il faut être capable de finir le match, je le sais d'autant plus après ce qui m'est arrivé l'an passé

Force est de constater que le numéro 4 mondial a joint la parole aux actes. Non seulement le voilà dans le dernier carré, mais il y a aussi ajouté la manière en ne laissant pas le moindre set en route en poule, battant sèchement au passage le patron du circuit Novak Djokovic (6-3, 6-3). Et si le Serbe n’était peut-être pas dans des dispositions idéales ce jour-là, le calme et la maîtrise de Medvedev pour achever la bête blessée en disent long sur les certitudes qui l’habitent en ce moment. "Contre le ‘Big 3’, même quand ils ne sont pas à leur meilleur niveau, c’est dur de gagner. Il faut être capable de finir le match. Je le sais d’autant plus après ce qui m’est arrivé l’an passé, évidemment. Je savais que je devais rester à l’affût", a-t-il encore justement fait remarquer.

Contre Nadal, le constat est d’autant plus vrai que le Majorquin n’est pas du genre à sortir de son match mentalement. Il l’a encore prouvé lors de sa seule défaite en poule contre Dominic Thiem, en condamnant l’Autrichien à l’excellence pour l’emporter en deux tie-breaks et presque deux heures et demie d’un superbe combat. "C’est toujours une bonne sensation de sentir que vous jouez bien contre les meilleurs, que vous êtes dans la bataille. Je suis impatient d’affronter le joueur qui a produit probablement le meilleur tennis sur le court ces deux dernières semaines", s’est d’ailleurs enthousiasmé le Majorquin à l’approche de l’événement.

Le numéro 2 mondial aurait tort de ne pas aborder en confiance une demi-finale face à un adversaire qui ne l’a jamais battu en trois confrontations. Le fait de s’en être sorti l’an passé alors que ses sensations étaient bien plus mauvaises que celles de cette semaine ne peut que rassurer Nadal. Mais comme il l’a lui-même rappelé, les circonstances sont si différentes pour cette dernière édition londonienne que les comparaisons ne sont pas forcément raison. A huis clos par exemple, Medvedev aurait-il craqué de la même manière qu’en 2019 avec une telle marge ? Le public, largement acquis à la cause du Taureau de Manacor pour prolonger le plaisir, avait certainement joué un rôle, si ce n’est prépondérant, du moins catalyseur.

Comment Medvedev a déferlé sur Djokovic

Plus frais et mentalement plus fort

Et puis, le Russe était en bout de course à Londres l’an passé après une folle fin de saison. La fraîcheur mentale et physique dont il bénéficie désormais pourrait être fondamentale. Nadal veut pourtant croire que les données du problème ne seront pas fondamentalement altérées. "Je ne sais pas si c'est un joueur différent. Il joue très bien c'est vrai, mais n'oublions pas qu'il jouait de manière incroyable l'an passé aussi ! Il fait finale à Washington, à Montréal, il gagne à Cincinnati, finale à l'US Open, il gagne à Shanghai et quelques autres encore... Meilleur que cela, c'est très difficile non ?", a-t-il fait observer fort logiquement.

Techniquement, Medvedev n’a rien changé de fondamental en l’espace d’un an, mais c’est peut-être mentalement qu’il a encore progressé. Depuis son retour de l’US Open où il avait atteint les demi-finales en septembre, le Russe s’est souvent plaint, y compris auprès de sa femme, de ne pas retrouver son niveau exceptionnel de fin 2019. Il ne s'est toutefois jamais découragé, et à Bercy, le déclic s’est produit contre Alex de Minaur en huitième de finale. Depuis, la machine est relancée, ce qui ne signifie pas que l'intéressé s'en contente.

Il a osé : Medvedev a fait le coup du service à la cuillère à Zverev (et ça a fini par marcher)

Une première balle fondamentale

"Contre Djokovic, je ne me sentais pas bien au début du match sur le court. J’ai fait des erreurs, je ne jouais pas assez long, donc je n’étais pas content de moi. Il y a des passings par exemple que je n’ai pas bien joués", a-t-il considéré, non sans un certain perfectionnisme jusqu’au-boutiste. Et si le Serbe et l’Espagnol sont deux monstres aux qualités différentes, certains prérequis pour rivaliser avec eux ne changent pas. Parmi ceux-ci, une très haute qualité de première balle. Lors du Rolex Paris Masters, Medvedev avait frappé 70 % de premières balles en moyenne, contre le Djoker à Londres à peine moins (68 %).

Un atout si performant qu'il contraint ses adversaires à reculer énormément leur position à la relance, ce qui lui a d'ailleurs permis de tenter un service à la cuillère avec succès contre Alexander Zverev lors de son premier match. Pour se protéger face à un relanceur de la qualité de Nadal, le Russe espère ainsi s’octroyer un certain nombre de points gratuits. S’il y parvient, il pourra se montrer d’autant plus pressant à la relance – une de ses qualités fondamentales – et appliquer un deuxième principe fondamental : tenir le cadence du fond.

"C’est très dur de battre le Big 3, mais il faut rester solide et c’est ce que j’ai fait contre Djokovic. Rafa est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport. Bien sûr que je veux obtenir la victoire contre lui. Je ne l’ai pas encore fait." L’ambition est affirmée, la confiance au rendez-vous et l’occasion peut-être idéale. Il faudra au moins ça pour faire plier la volonté de fer de Nadal.

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