Par Maxime Battistella, Rémi Bourrières et Laurent Vergne

20. Roger Federer - Andre Agassi

ATP Finals
Rallyes de folie, revers ravageur et tweener vain : le Top 5 des ATP Finals
23/11/2020 À 19:09

Edition : 2003
Finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis)
Score : 6-3, 6-0, 6-4

La fin d'une époque, le début d'une nouvelle ère. Andre Agassi dispute sa dernière finale du Masters. Roger Federer sa première. A Houston, où se tient cette édition 2003, les deux hommes ont déjà croisé le fer quelques jours plus tôt en poule. Victoire du Suisse, non sans avoir bataillé trois manches et écarté deux balles de match avant de l'emporter 9-7 au tie-break décisif. Mais en finale, les retrouvailles vont tourner court.

Il ne faut que 88 minutes à Roger Federer pour régler cette affaire. 6-3, 6-0, 6-4. Malgré le soutien du public texan, Agassi est dépassé par la maestria de son jeune adversaire, qui livre alors peut-être le match le plus plein de sa carrière. Sa démonstration, côté revers notamment, annonce déjà ce qui se produira dans les mois suivants : une inexorable prise de pouvoir sur le tennis mondial.

A l'entame de ce Masters 2003, Federer n'est pourtant encore que numéro 3 mondial. Trois jeunes loups semblent se disputer le titre de meilleur joueur de la planète : Juan Carlos Ferrero, vainqueur de Roland-Garros, Roger Federer, titré à Wimbledon, et Andy Roddick, sacré à l'US Open. Le sans-faute du Suisse dans ce Masters ne lui permet certes pas de finir l'année numéro un (il échoue derrière Roddick pour 32 petits points) mais tout le monde commence à comprendre le message.

Vainqueur de Ferrero en poules puis de Roddick en demie, Federer a montré qu'il était prêt à prendre le pouvoir. La boucherie contre Andre Agassi pose un point d'exclamation final sur sa saison. "J'ai gagné sept titres, mon premier Grand Chelem, le Masters, je finis N°2 mondial, cette saison a dépassé toutes mes espérances", confie le Bâlois de 22 ans, trophée sous le bras. Mais il n'a encore rien vu. Nous non plus.

19. Rafael Nadal - Andy Murray

Edition : 2010
Demi-finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Andy Murray (Grande-Bretagne)
Score : 7-6(5), 3-6, 7-6(6)

Les statistiques ont beau être cruelles avec Rafael Nadal en indoor, elles ne disent pas tout de sa capacité d’adaptation. Certes, le gaucher de Manacor ne compte qu’un titre sur la surface à son palmarès (Madrid 2005), mais il a quand même disputé deux finales au Masters, prouvant – s’il en était encore besoin – qu’il avait largement dépassé le stéréotype de terrien issu de ses premiers exploits à Roland-Garros.

A l’issue d’une saison fantastique – avec un petit Chelem à la clé –, l’Espagnol se présente à Londres en 2010 au sommet de sa confiance. Face à Andy Murray, favori du public, il y joue son match le plus abouti tant sur le plan technique que dans l’expression de sa personnalité profonde : celle du guerrier qui ne renonce jamais. Dans cette demi-finale, les deux rivaux, pourtant relanceurs émérites, se livrent d’abord un duel de serveurs : aucune balle de break à signaler dans un premier acte enlevé in extremis par Nadal dont l’audace paie sur une volée amortie pour conclure.

La pilule est dure à avaler pour Murray qui doit écarter 4 occasions de break adverses dans le début du deuxième set. Mais remis d’aplomb par son autorité au service (22 aces !), il passe la vitesse supérieure à 3-3, prenant la balle de plus en plus tôt. Trois jeux et deux breaks plus tard, il fait rugir de plaisir une O2 Arena qui n’a encore rien vu. Difficile en effet de trouver assez de superlatifs pour une troisième manche en forme de course poursuite effrénée au suspense haletant. A 1 partout, Nadal trouve pour la première fois de la partie la clé du service adverse et obtient même une balle de match à 5-3 en sa faveur.

Murray la sauve avant de débreaker dans la foulée. L’avantage psychologique a changé de camp. Il le pousse jusqu’à mener 4-1 dans le tie-break final. Son revers croisé fait des merveilles et prive de temps l’Espagnol. Mais Nadal reste Nadal. Il s’accroche et porte l’estocade à 7 points à 6 sur un énième rallye à l’image de cette fantastique empoignade de 3h12 : d’abord bousculé, il renverse méthodiquement le rapport de force et met tout son cœur dans un ultime coup droit décroisé gagnant.

"C’est pour ça que je joue au tennis. Dans toute la partie, il y a probablement un seul jeu que j’ai mal négocié", estimera un Murray sans regrets, malgré cinq points de plus au compteur que son bourreau du jour. Il aurait au moins mérité un match nul pour la beauté et l’équité du combat, mais au tennis, il faut toujours un vainqueur. Encore extraordinaire sous pression, Nadal manquera d’un soupçon d’énergie pour rivaliser jusqu’au bout avec Roger Federer en finale. Murray a bien perdu ce samedi 27 novembre, mais il a peut-être privé l’Espagnol d’une consécration après laquelle il court toujours.

18. Björn Borg - John McEnroe

Edition : 1979 (Jouée en janvier 1980)
Demi-finale
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Adversaire : John McEnroe (Etats-Unis)
Score : 6-7(5), 6-3, 7-6(1)

Alors que s'amorce l'année 1980 qui marquera l'histoire du tennis comme rarement, Björn Borg et John McEnroe n'ont pas encore disputé la moindre finale de Grand Chelem lorsqu'ils se croisent en demie du Masters. Mais les sept premiers duels entre les deux hommes ont tout de même suffi à placer leur rivalité dans une dimension à part. Ces deux-là fascinent, et plus encore lorsqu'ils sont réunis sur un court.

Dans un Madison Square Garden bondé et surchauffé, ils vont livrer une de leurs plus belles batailles. Borg, déjà vainqueur de Jimmy Connors en poules 7-6 au 3e set, va s'en sortir exactement dans les mêmes conditions. Pourtant, McEnroe lui en a fait baver. D'abord en allant chercher un premier set au cours duquel Borg a mené 4-3 et 40-0 sur son service avant de laisser une inhabituelle ouverture à son adversaire.

Puis dans un dernier set somptueux, où le gaucher new-yorkais multiplie les prouesses au filet face à la subtilité des lobs et des passings de Borg. McEnroe prend tous les risques et pousse son illustre rival dans un dernier jeu décisif. Il l'amorce par un ace. Puis c'est fini. Borg, d'un sang-froid diabolique dans ce money-time, va remporter les sept points suivants pour éteindre définitivement McEnroe, qui ne s'est pas remis d'une grossière faute sur une volée haute de coup droit qui, s'il n'avait pas été en salle, aurait fini dans l'Hudson River.

Björn Borg a fait le plus dur. En finale, il étrillera Vitas Gerulatis, 6-2, 6-2, pour remporter son premier Masters et combler un vide dans son palmarès. C'est aussi la fin de la malédiction new-yorkaise pour le champion nordique au bandeau. Malheureusement pour lui, elle perdurera à l'US Open, qu'il ne remportera jamais, alors qu'il doublera la mise dans le tournoi des Maîtres un an plus tard. Moins légendaire que ses razzias parisienne ou londonienne, ce Masters 1979 demeure pourtant un des joyaux de Borg. Dans ce tournoi, il aura battu sur la route du titre les numéros 2 (Connors), 3 (McEnroe), 4 (Gerulaitis) et 5 (Tanner) mondiaux.

17. Dominic Thiem - Novak Djokovic

Edition : 2019
Match de poule
Vainqueur : Dominic Thiem (Autriche)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 6-7(5), 6-3, 7-6(5)

La saison 2019 restera à part dans la carrière de Dominic Thiem. Vainqueur à indian Wells, sur dur, de son premier Masters 1000, l’Autrichien a prouvé qu’il n’était pas qu’un excellent joueur de terre battue. Et lors de cette fin de saison indoor, il est prêt à confirmer qu’il a franchi un cap.

Pourtant, le Masters ne lui réussit pas, c’est un euphémisme. Lors de ses trois premières participations, il n'est pas parvenu à s’extirper de sa poule. Mais quelque chose a définitivement changé en lui : son succès deux semaines plus tôt à Vienne, où il comble les attentes de tout un peuple dans des conditions proches, le prouve. Alors quand il se présente à l’O2 Arena, Thiem est gonflé à bloc et Federer, pourtant référence absolue au Masters, en fait à nouveau les frais pour commencer.

L’attend ensuite un Novak Djokovic qui reste sur un titre à Bercy sans avoir abandonné le moindre set, motivé de surcroît par la quête de la place de numéro 1 mondial. Le défi ultime prend rapidement l’allure d’un choc de titans. A un premier break du Serbe dans le 6e jeu, l’Autrichien réplique dans la foulée. Les deux joueurs ne se lâchent pas jusqu’au tie-break. Mais comme toujours en cette fin de saison, le "Djoker", qui n’aura commis que 2 fautes directes dans ce premier acte, fait preuve d’un sang-froid exceptionnel au passing pour prendre une option sur la victoire.

Psychologiquement, le coup est rude pour Thiem. Mais il n’est plus du genre à s’apitoyer sur lui-même. Il breake d’entrée de deuxième set et sort la boîte à gifles. Aux fusées en revers le long de la ligne succèdent les coups droits supersoniques, comme cette demi-volée hallucinante qui lui offre deux balles d’égalisation à un set partout. Il ne lui en faudra qu’une seule.

Un troisième set aussi splendide que riche en rebondissements s’ouvre. Totalement libéré, "Dominator" mérite plus que jamais son surnom (50 coups gagnants contre 27 ) : il repousse loin de sa ligne de fond Djokovic et lui ravit à nouveau son service. Le Serbe subit, plie mais ne rompt pas. Et ses qualités défensives exceptionnelles lui permettent de refaire son retard (3-3). A 5-5, il cède cependant à nouveau, mais Thiem, si sûr de lui jusqu’alors, tremble au moment d’achever la bête blessée.

Erreur fatale ? On le pense bien quand Djokovic – qui a gagné les neuf précédents jeux décisifs qu’il a joués ! – mène 4-1 dans le tie-break final. Mais c’était sans compter un dernier sursaut prodigieux de l’Autrichien qui rafle la mise au bout de 2h47 d’un régal tennistique. "Il a mérité de gagner. Il a joué un tennis très courageux. Il a tenté le tout pour le tout", reconnaîtra celui qui perdra tout espoir dans sa lutte pour le trône contre Federer. Thiem, lui, fait d’une pierre deux coups : sa superbe victoire lui ouvre la voie des demies. Il ira même jusqu’en finale, comme on l’a vu précédemment, échouant à un rien du titre.

16. John McEnroe - Ivan Lendl

Edition : 1984
Finale
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 7-5, 6-0, 6-4

La saison 1984 de John McEnroe est peut-être la plus extraordinaire de l'histoire du tennis. Même si l'Américain n'y a remporté "que" deux titres du Grand Chelem, il faut rappeler qu'il n'avait pas disputé l'Open d'Australie. Mais avec 82 victoires pour seulement trois défaites, sa campagne demeure presque inégalable, et peut-être plus encore en termes d'expression tennistique que de résultats. Le génie du gaucher new-yorkais s'est exprimé d'un bout à l'autre de la saison avec une déconcertante facilité.

De sa folle année 84, l'histoire a trop souvent laissé de côté le tout dernier match : la finale du Masters contre Ivan Lendl (le Masters s'est joué début janvier comme c'était la tradition à l'époque mais comptait pour la saison 1984 et non 1985, NDLR). Après avoir balayé le Tchécoslovaque en finale de l'US Open, Mac remet ça au Garden, de façon plus étourdissante encore : 7-5, 6-0, 6-4. Le seul 6-0 entre les deux hommes au cours de leurs trente-six confrontations.

Pourtant, McEnroe a failli se battre tout seul. En fin de première manche, alors qu'il sert pour le gain du set, l'Américain s'agace après les photographes, trop bruyants à son goût. Avant de servir, il bougonne, les fusille du regard, et fait rebondir la balle sur sa raquette. Un rebond un peu haut, mal maîtrisé, et la balle file droit dans son œil. "Pendant plusieurs minutes, je ne voyais plus très bien, expliquera-t-il. Je n'avais jamais eu aussi mal."

Si McEnroe a mal, c'est pourtant Lendl qui va comprendre sa douleur. A partir de 5-4 Lendl dans le 1er set, Big Mac aligne 11 jeux jusqu'à mener deux sets à rien et 2-0 dans la 3e manche. Ces 11 jeux comptent parmi les plus extraordinaires jamais joués par McEnroe, et peut-être par n'importe quel autre joueur avant ou après lui. "J'ai eu le sentiment que mon niveau de jeu n'avait jamais été aussi haut, et l'impression que je pouvais faire ce que je voulais avec la balle", confirmera-t-il.

Même si Lendl a réussi à arracher le titre à Roland-Garros au terme de cette si mythique finale, personne n'a autant souffert que lui du génie de McEnroe lors de cette saison 1984. C'est sa septième défaite en huit matches. "Il est très fort, très doué et il a très bien joué aujourd'hui. Comme souvent, malheureusement", peine à sourire le dauphin du roi. C'est le troisième Masters de McEnroe. C'est aussi le dernier. Bientôt, le vent tournera pour le petit génie.

15. Michael Stich - Pete Sampras

Edition : 1993
Finale
Vainqueur : Michael Stich (Allemagne)
Adversaire : Pete Sampras (Etats-Unis)
Score : 7-6, 2-6, 7-6, 6-2

Il a longtemps vécu dans l’ombre du géant Boris Becker en Allemagne. Mais Michael Stich a connu ses moments de gloire. D’abord en triomphant à Wimbledon en 1991, puis en s’imposant au Masters 1993 devant son public à Francfort au nez et à la barbe d’un Pete Sampras pourtant numéro 1 mondial omnipotent depuis quelques mois. Le Californien se présentait ainsi au rendez-vous des Maîtres fort de 8 titres en 8 finales jouées en 1993, dont le premier doublé Wimbledon-US Open de sa carrière.

C’est dire si la tâche s’annonçait ardue pour Stich qui avait la lourde responsabilité de défendre le titre de son compatriote Becker, idole des foules mais pas qualifié pour le tournoi cette année-là. Pour y parvenir, il comptait bien s’appuyer sur le soutien d’un public qui ne lui avait pas fait de cadeaux lors de ses grands débuts dans l’épreuve deux ans plus tôt. Ses trois défaites sèches contre Sampras, Becker et Agassi n’avaient pas été du goût de la foule.

"En 1991, j’étais si impatient de jouer dans la grande salle de Francfort et ça a été un désastre. J’ai appris à comprendre que tout le monde voulait que je réussisse en Allemagne mais qu’ils étaient frustrés quand je n’étais pas assez impliqué sur le plan émotionnel", s’est-il souvenu récemment. En 1993 Stich est donc prêt. Etincelant en demi-finale contre Andrei Medvedev (6-3, 6-0 en 55 minutes), Sampras rate étonnamment son début de finale et Stich en profite pour mener rapidement 5-2 et enflammer le public.

Apostrophé par une supportrice inquiète qui lui crie "Come on, Pete !", le Californien s’empresse de répondre avant de servir "I’m trying, honey !" ("J’essaie, mon cœur"), déclenchant l’hilarité générale. Détendu par la séquence, l’intéressé remonte son double break de retard et lance réellement la finale. Après avoir perdu le tie-break, Sampras réagit en enlevant rapidement le deuxième set. Tout se joue dans le troisième : Stich porte alors le coup de grâce lors d’un jeu décisif au couteau gagné 9 points à 7 au tie-break. Sur son nuage, il s’envole rapidement en début de quatrième (4-0) pour conclure sur son 27e ace. Seul joueur à avoir gagné le Masters en remportant tous ses matches dans les années 1990, il ne le rejouera pourtant plus. C’est ce qui s’appelle saisir une occasion, un coup de maître assurément.

14. Roger Federer - Jo-Wilfried Tsonga

Edition : 2011
Finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Jo-Wilfried Tsonga (France)
Score : 6-3, 6-7(6), 6-3

Roger Federer aime les records et les caps symboliques. Rarement il en aura établi autant que ce dimanche 27 novembre 2011. Pour sa 100e finale sur le circuit, le Bâlois décroche ainsi le 70e titre de sa carrière et le sixième au Masters. Dans l’épreuve mythique, personne n’a fait aussi bien alors et depuis. Par la même occasion, il devient aussi le joueur le plus âgé à triompher dans le tournoi des Maîtres à plus de 30 ans. Et pour y parvenir, il aura dû mettre ses tripes sur le court contre un Jo-Wilfried Tsonga de gala.

Le Manceau n’est pas là par hasard. En indoor, son service, son punch et son jeu au filet font des ravages. Lors de cette fin de saison 2011, il est le rival principal de Federer. Trois dimanches d’affilée, il lui fait face : en finale de Bercy et deux fois à l’O2 Arena de Londres, lors du premier match de poules et donc pour le titre. Et si à chaque fois, le dénouement lui sera défavorable, il aura fait trembler le Maestro à qui, pourtant, rien ne résiste cet automne-là.

Frustré par son premier exercice vierge en Grand Chelem depuis 2003, Federer termine en boulet de canon, collant au passage dans son groupe un sévère 6-3, 6-0 à son rival de toujours Rafael Nadal. Sur son impressionnante lancée et fort de son incommensurable expérience, il contrôle d’ailleurs parfaitement la finale jusqu’à servir pour le match à 6-3, 5-4. Son bras se met alors à trembler légèrement, la porte s’entrouvre… Il n’en fallait pas plus à Tsonga pour la défoncer. En mode bulldozer, il débreake, puis écarte une balle de match dans un tie-break irrespirable, avant de tout relancer.

Sonné après être passé si près de la consécration, Federer, bien que chancelant, a l’immense mérite de retrouver sa concentration pour tenir son service en début de troisième set. La dynamique lui est contraire, mais tapi dans l’ombre, le grand fauve attend son heure. Elle vient au 8e jeu de ce dernier acte quand le Français, sous pression, finit par rater en coup droit pour concéder une fois de trop son engagement.

"Roger a tout simplement été meilleur que moi ces trois derniers dimanches ! J'ai même eu de la chance de le pousser dans un troisième set. J'ai le sentiment qu'il était le plus fort non seulement au premier et au troisième, mais aussi au deuxième", avouera sportivement Tsonga. Quasiment en larmes sur sa dernière volée haute de coup droit, Federer peut, lui, partir en vacances l’esprit tranquille. Il s’est prouvé avec ce triplé Bâle-Bercy-Masters que la place de numéro 1 mondial était encore à sa portée et a posé les fondations de sa reconquête en 2012.

13. Boris Becker - Goran Ivanisevic

Edition : 1992
Demi-finale
Vainqueur : Boris Becker (Allemagne)
Adversaire : Goran Ivanisevic (Croatie)
Score : 4-6 6-4 7-6

C'est la belle. En cet automne 1992, Boris Becker et Goran Ivanisevic ne se quittent plus en indoor. Le jeune Croate a remporté la première manche à Stockholm en quarts de finale (7-5, 6-4) avant de se faire corriger lors de la revanche à Bercy dans une demie à sens unique (6-1, 6-2 Becker).

Lors du Masters, c'est à nouveau en demi-finale que les deux mastodontes de la première balle se retrouvent. Après leurs trois premiers matches, ils n'ont d'ailleurs pas perdu une seule fois leur service... Ivanisevic a survolé sa poule en battant Chang, Courier et Krajicek sans perdre un set. Battu par Sampras en deux tie-breaks, Becker finit deuxième de son groupe. Mais à Francfort, il joue à domicile et ce 22 novembre 1992, il fête ses 25 ans. Autant dire qu'il n'a pas envie qu'on lui gâche son anniversaire.

Cette demi-finale sera en tous points magnifique. Le Croate frappe le premier en breakant dans le 4e jeu du premier set d'un coup droit majuscule. L'Allemand réplique en fin de deuxième manche avec ce qui sera l'unique jeu de service lâché par Ivanisevic dans toute la semaine. Dans le dernier set, les deux joueurs tiennent leur mise en jeu et doivent se départager au tie-break. Le clou du spectacle.

Becker pense avoir fait le plus dur en menant 6-3. Mais Ivanisevic écarte les trois balles de match, par deux aces puis d'un passing de coup droit long de ligne. 6-6. Le point suivant est magnifique, Becker effectuant des prouesses au filet avant de finir sur un smash qui fait tomber Ivanisevic à la renverse. Quatrième balle de match. Encore sauvée, sur une grosse deuxième balle. 7-7. Goran coince ensuite sur sa volée de coup droit, mal tenue.

8-7, cinquième balle de match. Ce sera la bonne et cela reste probablement un des points mythiques de la carrière de Boris Becker : il suit sa seconde balle au filet, sort une volée plongeante de revers puis une volée de coup droit en extension. Cette fois, c'est fini, dans une ambiance délirante. Pour Boum Boum, la fête sera totale puisqu'il remporte le titre en battant Jim Courier en finale.

12. Alex Corretja - Carlos Moya

Edition : 1998
Finale
Vainqueur : Alex Corretja (Espagne)
Adversaire : Carlos Moya (Espagne)
Score : 3-6, 3-6, 7-5, 6-3, 7-5

L'une des finales les plus inattendues de l'histoire du Masters. Pour la première fois depuis 1987 (Lendl-Wilander), elle est le "remake" de celle de Roland-Garros, un bis repetita revu depuis en 2016 (Djokovic-Murray). Pour la première (et dernière) fois, elle oppose deux joueurs issus d'une même nation autre que les Etats-Unis.

Moya-Corretja, deux spécialistes de terre battue, en finale du Masters, ça n'était pas tout à fait prévu au programme. Mais on aurait eu tort de s'en priver, vu le scénario passionnant que les deux hommes nous proposent ce soir-là. Avec à la clé une splendide revanche pour le Barcelonais, terrassé en trois sets par son compatriote à Paris.

Longtemps, on croit qu'il va subir le même "tarif" à Hanovre. Autoritaire, Moya se détache en effet 6-3, 6-3, 5-5, deux balles de break en sa faveur. Autant dire, des balles de match. Mais il les gâche en ratant deux coups droits, son arme favorite, dont un "facile" frappé à mi-court.

Corretja revient mais il n'est pas au bout de ses peines. Dans le cinquième set, il est encore mené 3-1, balle de 4-1. Il manque à son tour une balle de match sur son service, à 5-4. Mais c'est lui qui plante la dernière banderille, après 4h de jeu. A 24 ans, il devient ainsi le deuxième joueur, après McEnroe en 1978, à remporter le Masters dès sa première participation, performance rééditée depuis par Dimitrov en 2017 et Tsitsipas l'an dernier.

Bien sûr, on pourra dire qu'il a bénéficié de circonstances favorables. En l'occurrence, l'abandon d'Agassi contre lui lors du premier match de poules, puis le forfait de Rios, ce qui lui a permis d'affronter à la place un autre compatriote Albert Costa, qui n'avait jamais gagné le moindre match en indoor.

Mais après une telle finale, difficile de dire que Corretja n'a pas mérité son titre. Surtout qu'il avait fait plus fort encore en demies face au n°1 mondial Pete Sampras, terrassé 4-6, 6-3, 7-6(3) après avoir manqué trois balles de match au troisième set, dont une... d'un coup droit "facile" à mi-court mal négocié.

Corretja est donc aussi devenu le troisième joueur à triompher au Masters en sauvant une ou plusieurs balles de match en cours de route, après Lendl en 1981 et McEnroe en 1978. Une performance là encore rééditée, par Murray en 2016. En revanche, on attend toujours qu'un autre Espagnol s'impose au Masters. Si vous voyez ce qu'on veut dire...

11. Lleyton Hewitt - Juan Carlos Ferrero

Edition : 2002
Finale
Vainqueur : Lleyton Hewitt (Australie)
Adversaire : Juan Carlos Ferrero (Espagne)
Score : 7–5, 7–5, 2–6, 2–6, 6–4

C'était en mai dernier, pendant le confinement printanier. Interrogé par l'ATP, Juan Carlos Ferrero était revenu sur sa carrière. Sa plus grande déception ? La finale du Masters 2002. "Cette défaite m'a fait mal, c'est un des tournois pour lesquels j'ai pleuré", avouait alors l'Espagnol.

On le comprend. Ferrero n'avait pas encore remporté Roland-Garros (ce serait pour l'année suivante) et c'était son deuxième échec dans une grande finale cette année-là après celle, précisément, sur la terre battue parisienne quelques mois plus tôt contre son compatriote Albert Costa.

Pourtant, revenu de l'enfer, Ferrero a cru tenir le bon bout à Shanghai contre Lleyton Hewitt. Après avoir été mené deux sets à rien, il recolle à deux manches partout avant de breaker pour prendre l'ascendant dans le dernier acte (3-1). C'est là que l'instinct guerrier qui caractérisait alors Hewitt va faire des merveilles. A l'expérience, déjà, malgré son jeune âge, l'Australien ne s'affole pas, débreake puis porte l'estocade au meilleur moment, à 5-4, sur le service de Ferrero, qu'il achève sur sa première balle de match d'une merveille de lob de revers. La conclusion parfaite d'une très belle finale.

Lleyton Hewitt n'a encore que 21 ans. Il boucle sa saison au sommet de la hiérarchie pour la deuxième année consécutive, compte deux Grands Chelems et deux Masters à son palmarès. Il incarne le présent et, pense-t-on, l'avenir. Le retour dans le rang sera brutal. Et définitif. Hewitt sera une des principales victimes de l'émergence irrésistible de Roger Federer. Il ne gagnera plus jamais de Majeur ni de Masters et ne décrochera plus qu'un Masters 1000, à Indian Wells, en mars 2003. Cette fin d'année 2002 restera comme son chant du cygne. Et cette finale du Masters, un peu comme la dernière avant le Nouveau monde.

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