Il a grandi sur la terre, et il adore ça

C'est un point commun entre lui et Roger Federer, son idole d'enfance, le seul à qui l'on puisse peut-être le comparer dans ce registre de l'attaquant capable de très bien s'exprimer sur terre battue. On a tendance à l'oublier, parce qu'il a développé rapidement une appétence particulière pour d'autres surfaces et notamment pour le gazon, mais le Suisse est à la base un terrien naturel qui a enregistré ses premiers gros résultats sur ocre (premier quart en Grand Chelem à Roland-Garros en 2001, premier Masters Series à Hambourg en 2002).
Tsitsipas, lui aussi, a appris à jouer sur terre. Et il adore ça, ainsi qu'il le rappelait après avoir atteint la finale du Masters 1000 de Madrid en 2019. "Depuis l'âge de 6 ans jusqu'à mes 14 ans, je me suis continuellement entraîné sur terre battue, j'ai probablement plus joué sur cette surface que Rafa, disait-il en riant. Je crois qu'apprendre à jouer sur terre est excellent. Ça apprend à glisser, à sentir le jeu, à tenir l'échange, bref toutes les bases du tennis. C'est plus facile après de s'exporter sur les autres surfaces que l'inverse."
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Ces années passées à user ses chaussettes sur l'ocre ne s'oublient pas. Là où elle peut être une tannée pour certains, pour le Grec, la préparation de la saison sur terre est un plaisir. Et une formalité. "Il a bien sûr passé beaucoup de temps dessus avant Monte Carlo mais pas plus que d'habitude, sans bosser sur un domaine en particulier, indique Patrick Mouratoglou, patron de l'académie éponyme où Stefanos a sa base d'entraînement. Le déplacement, les glissades, c'est complètement naturel chez lui, il ne le travaille même pas, sinon sur le plan musculaire. Son titre à Monte Carlo s'inscrit dans le cadre d'une progression globale, et non spécifique à la terre."

Il génère un "spin" hors du commun

Ça se voit à l'œil nu, mais c'est validé par les chiffres. Une statistique assez édifiante diffusée à la fin du 1er set de la finale de Monte Carlo a montré la vitesse de rotation impressionnante que Tsitsipas est capable d'imprimer à la balle : 3 240 rotations par minute en moyenne côté coup droit, 2 760 côté revers. Un "spin" largement supérieur à celui de Rublev (2 880 en coup droit, 1 820 en revers), qui le situe dans la même zone qu'un Nadal ou qu'un Thiem, selon des statistiques similaires publiées dans le passé par Tennis TV, le diffuseur officiel de l'ATP. D'après ces mêmes stats, seuls Casper Ruud et Matteo Berrettini en coup droit (entre 3 300 et 3 400 rpm), ou Jannik Sinner en revers (2 800), feraient davantage tourner la balle parmi les joueurs de l'élite.
"Stefanos frappe la balle avec une violence incroyable et en même temps beaucoup de relâchement, deux notions antinomiques qui lui permettent de générer ce 'spin', avec aussi ce retard de la tête de raquette avant l'impact caractéristique des tout meilleurs, analyse Patrick Mouratoglou. En ce sens, son coup droit me fait un peu penser à celui d'un Del Potro, mais avec une balle qui tourne beaucoup plus."

Stefanos Tsitsipas à Monte-Carlo en 2021

Crédit: Getty Images

Généralement, les attaquants privilégient soit la puissance soit la vitesse d'exécution (soit les deux) pour déborder l'adversaire. Stefanos, lui, use d'une sorte de rouleau compresseur qui ne lui permet peut-être pas de conclure aussi rapidement les échanges que d'autres, mais qui s'avère diablement efficace au printemps. Les chiffres sont ce qu'ils sont mais ils disent une chose implacable : les plus grands terriens de l'histoire du jeu ont toujours été les joueurs capables de lifter le plus. On n'a encore rien trouvé de plus destructeur sur terre.

Il a les schémas de jeu du terrien

Après, le "spin" est une chose, son utilisation en est une autre. On l'a vu, un joueur comme Jannik Sinner fait lui aussi énormément tourner la balle, pour un style pourtant très différent de celui de Tsitsipas. "Plus encore que le 'spin', ce sont ses trajectoires de balle qui sont très adaptées à la terre battue, poursuit celui qui est par ailleurs l'entraîneur de Serena Williams. En coup droit, il met davantage de 'spin' et pourtant ses trajectoires sont beaucoup plus rectilignes. Mais c'est son revers que je trouve encore plus idéal pour la terre battue. Il arrive à trouver des trajectoires croisées très bombées, très lourdes, très profondes, qui enferment l'adversaire sur son revers et lui font très mal. Derrière, cela lui permet d'avancer et de mettre ses grandes gifles en coup droit "
A Monte Carlo, le nouveau n°1 mondial à la Race a comparé le jeu sur terre battue aux échecs. "A ce jeu, si tu es hyper-offensif, tu vas le payer à un moment donné. Il faut être offensif mais tout en protégeant ses arrières, bref être patient, intelligent et attendre son tour, tout en ayant une bonne vision d'ensemble." Encore faut-il aimer ça et avoir l'état d'esprit adéquat pour le mettre en pratique. Mais là-dessus, répétons-le, pas de problème : Stefanos adore ça...

Numéro 1 mondial à la Race, Stefanos Tsitsipas se met dans les pas des plus grands

Il est meilleur en défense qu'on ne le croit

Par définition, défendre, pour un attaquant, c'est là aussi un peu antinomique. Tsitsipas l'accepte sans broncher. "Oui, je suis un joueur offensif, c'est ce que je fais de mieux mais au final, sur terre battue, l'une des choses les plus importantes, c'est quand même d'avoir une bonne défense, disait-il encore après son succès en Principauté.
Or, défendre, Tsitsipas sait faire. "C'est un excellent défenseur, très rapide, avec de grandes amplitudes et une bonne main qui lui permet de ramener des balles en bout de course, confirme Patrick Mouratoglou, lequel souligne aussi ses progrès en termes de constance et de capacité à tenir les longs rallyes. Des qualités nécessaires mais qui ont paradoxalement pu aussi le desservir en lui faisant oublier son identité première.
"Dans le passé, Stefanos avait tendance à se replier trop facilement en position défensive, par exemple en faisant un petit 'chip' de coup droit dès qu'il se retrouvait un peu loin de la balle, au lieu de contre-attaquer, explique le boss de l'académie située à Biot, dans les Alpes-Maritimes. On a travaillé là-dessus et je trouve qu'il a aussi progressé dans ces phases de transition. C'est indispensable car malgré tout, la défense, il faut y passer le moins de temps possible dans le tennis d'aujourd'hui. Contre Rublev, il y a passé très peu de temps et d'ailleurs, ça a été l'une des clés du match. "
Si la défense n'est pas le secteur du jeu qui interpelle le plus chez Stefanos, c'est peut-être aussi pour ça : on ne l'y voit (plus) guère...

C'est devenu une bête physique

Ceux qui ont connu le jeune Stefanos Tsitsipas ne pensaient peut-être pas lire cela un jour mais voilà : force est de constater qu'à 22 ans, le bel Hellène a fini par se sculpter un corps digne du colosse de Rhodes. "Le physique, ça a toujours été un sujet chez lui, rappelle Patrick Mouratoglou. Quand il était junior, il était très en deçà, il ne jouait qu'avec le bras, sans aucun ancrage dans ses coups.J'ai détaché auprès de lui Frédéric Lefebvre, le responsable de la préparation physique à l'académie, avec pour mission de lui bâtir un physique à la hauteur de son tennis. Aujourd'hui, c'est un athlète hors-norme. Il est grand (1,93 m), il dégage énormément de puissance en haut du corps et de vélocité en bas, il est très explosif et il n'a pas un pouce de graisse. On peut toujours progresser mais là, je crois qu'on n'est pas loin de la perfection..."
Or, s'il n'y a plus de bons joueurs de tennis sans un bon physique, c'est évidemment encore plus vrai sur terre battue.

Il a d'ores et déjà bâti un socle de confiance sur terre

Un attaquant terrien, voilà un drôle d'oxymore. Évidemment, on a déjà vu des attaquants performer sur terre battue mais rarement sinon jamais y obtenir d'aussi bons résultats que sur les autres surfaces. On ne sait pas ce que réserve l'avenir de Stefanos Tsitsipas mais pour l'instant, c'est son cas : deux de ses six titres ont été décrochés sur l'ocre (Monte Carlo, donc, mais aussi Estoril en 2019), auxquels il faut rajouter trois autres finales et évidemment sa demi-finale l'an dernier à Roland-Garros, dont il s'est d'ores et déjà positionné comme l'un des grands outsiders pour cette année, derrière l'incontournable Rafael Nadal.

Henin : " Stefanos Tsitsipas a été chirugical"

Bref, l'éminent représentant de la Next Gen est assez unique en son genre et ça fait du bien aussi, à l'ère d'un tennis moderne que l'on dit parfois trop formaté. "C'est vrai qu'on a beaucoup de profils similaires aujourd'hui sur le circuit, des joueurs qui couvrent leur terrain incroyablement bien, ne ratent pas et jouent juste, confirme Patrick Mouratoglou. Stef, c'est un profil particulier qui se rapproche de celui de Federer, toutes proportions gardées. C'est un vrai attaquant qui s'est adapté aux conditions de jeu actuelles, lesquelles imposent de faire peu de fautes, de bien couvrir son terrain, de bien servir, de bien retourner, bref d'être complet. Or, Stefanos est un joueur hyper complet, capable à mon avis d'aussi bien jouer sur toutes les surfaces. D'ailleurs, il ne joue pas très différemment sur terre battue qu'ailleurs, sinon qu'il va 'chipe'" un peu moins et arrondir un peu plus... A part ça, il a très peu d'adaptation à faire et c'est aussi pour cela qu'il y est à l'aise."
On le sait, Stefanos Tsitsipas partage la même date d'anniversaire que Pete Sampras, le plus grand attaquant de l'histoire aux racines grecques. On lui souhaite de gagner autant de Grands Chelems que l'Américain, bien sûr. Mais il a d'ores et déjà un meilleur palmarès que lui sur terre battue...
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