"Au moins 9 ou 10 titres" : Et maintenant, jusqu'où peut aller Carlos Alcaraz ?

Eurosport sur Google

Lancé comme une balle sur l'autoroute de l'histoire, Carlos Alcaraz confirme, année après année, qu'il est sur les bases d'une carrière phénoménale. On peut s'interroger, comme le faisait Coluche, en se demandant : "mais jusqu'où s'arrêtera-t-il ?" Une trajectoire à la Big 3 ou nettement plus raisonnable ? Il est trop tôt pour le dire. Pas pour imaginer le champ des possibles.

Historique pour Alcaraz, chaotique pour Nadal et Djokovic

Video credit: Eurosport

Comme tous les champions de son espèce, Carlos Alcaraz pense déjà au coup d'après. Cela n'empêche pas de savourer, bien sûr. Ce titre à Roland-Garros, il va le déguster. Mais à ce niveau de performance, à ce degré de d'exigence, une ambition en chasse rapidement une autre. Alors, même s'il a déjà accompli beaucoup en dépit de son jeune âge, avec trois titres du Grand Chelem dans trois tournois différents sur trois surfaces différentes, le tout à 21 ans, difficile pour lui, pour le monde du tennis et pour nous, de ne pas avoir une petite pensée pour la suite.
On l'a répété, pour ce qui est des temps de passage, l'Espagnol est sur des bases assez exceptionnelles avec ses trois couronnes quelques semaines à peine après son 21e anniversaire. A l'échelle du tennis d'aujourd'hui, il est un phénomène de précocité. La dimension physique de ce sport étant devenue ce qu'elle est, remporter des Grands Chelems à 17 ans comme Wilander, Becker ou Chang dans les années 80 relève presque de l'utopie. Alcaraz n'en avait que 19 lors de son premier sacre majeur, lors de l'US Open 2022. Rappelons qu'il est un des deux joueurs, seulement, au XXIe siècle (et même depuis 1990), à avoir glané un Grand Chelem à moins de 20 ans.

L'avantage de la génération d'après ?

Cela dit, si l'histoire du tennis nous a appris quelque chose, c'est que partir vite ne signifie pas toujours arriver loin. Le plus précoce de tous les précoces, Michael Chang, reste le plus jeune vainqueur de tous les temps en Grand Chelem, mais sa victoire n'a jamais eu de suite. Triple vainqueur de Wimbledon à 21 ans, Boris Becker semblait destiné à remporter le tournoi huit ou dix fois. Il s'est arrêté là. Et ainsi de suite. La victoire de la jeunesse est un atout, mais pas une garantie.
picture

Corretja : "Alcaraz a gagné à Paris car il a accepté de souffrir et d'être patient"

Video credit: Eurosport

Reste qu'Alcaraz a des atouts dans sa manche. Non seulement il est jeune, non seulement il est déjà très mature physiquement et mentalement, non seulement il possède un arsenal de coups d'ores et déjà très complet mais, en prime, il dispose encore d'une marge de progression dans son jeu comme dans la gestion des événements. Le plus effrayant, c'est qu'il ait réussi à remporter ce Roland-Garros en arrivant avec des doutes et sans être au fait de son expression sur l'ensemble des quinze jours, y compris en demie et en finale. Oui, il peut mieux faire.
Autre avantage pour lui, la génération la plus vorace de l'histoire est en train de partir. Federer est à la retraite, Nadal y sera bientôt et Djokovic a 37 ans et un corps qui n'est pas éternel, ce tournoi vient de le rappeler. Personne ne peut présager de ce que sera la concurrence globale à laquelle sera soumis Alcaraz dans les années à venir (A quel point Sinner sera fort ? Qui déboulera au sommet dans un, trois, ou cinq ans ?). Mais il semble raisonnable de penser que, quoi qu'il arrive, rien ne sera pire pour un joueur que de se frotter au "Big 3". Un garçon comme Andy Murray, qui compte lui aussi trois titres majeurs comme Alcaraz, en est sans doute le meilleur témoignage. Sa carrière méritait plus et mieux.
Alors, jusqu'où peut-il aller ? Tout dépendra à la fois de sa propre évolution, tennistique et physique, du maintien de son envie et de sa détermination au fil des ans, ou encore du contexte global dans lequel il évoluera. "Comme je l'ai toujours dit, peu importe ce que j'ai réalisé à 21 ans si je stagne ici, a-t-il rappelé, très lucide, dans un entretien accordé à Marca ce lundi. En fin de compte, je veux continuer ma carrière et continuer à grandir pour arriver là où se trouvent Djokovic, Rafa et Federer. Les bons et les grands n’ont cessé de s’améliorer au cours de leur carrière jusqu’à atteindre l’âge de 37-38 ans dans la fleur de l’âge."
Dimanche, les consultants d'Eurosport se montraient enthousiastes et optimistes pour la suite le concernant. Mats Wilander le voit aller au moins jusqu'à "9 ou 10 titres". "Oui, je pense qu'il peut en gagner 9 ou 10, confirme Tim Henman. D'autres joueurs vont arriver ou progresser, mais son jeu est tellement complet, son potentiel athlétique si incroyable et son esprit de compétition si élevé… Tout est là. Ça va être fascinant de le voir évoluer."
Si l'on regarde le palmarès des différents champions qui ont marqué l'histoire du tennis, on distingue plusieurs groupes, sur les résultats purs en Grand Chelem. Beaucoup forment un groupe entre 6 et 8 titres : Becker, Edberg, Wilander, McEnroe, Connors, Rosewall, Lendl, Agassi, pour ne citer qu'eux. Au-dessus, il faut aller chercher la catégorie des 10-12 : Tilden, Borg, Laver, Emerson. Puis Sampras qui, il n'y a pas si longtemps, faisait office de référence (14), pour longtemps le croyait-on. Enfin, les trois conquistadors hors normes que vous connaissez, à 20 couronnes et plus.
picture

Carlos Alcaraz & son coach Juan Carlos Ferrero.

Crédit: Getty Images

Tout semble potentiellement raisonnable pour Alcaraz, sauf, sans doute, d'évoquer Federer, Nadal et le recordman Djokovic. Ils ont créé leur propre galaxie. Pourtant, Mats Wilander ne décrète pas un non de principe. "Avec Alcaraz, nous dit-il, on ne parle pas seulement d'un multiple vainqueur en Grand Chelem, il pourrait être le prochain Djokovic."
Pour atteindre des hauteurs aussi vertigineuses que celles-ci, il faut à la fois dominer copieusement et durablement. Ce qui implique que le corps tienne pendant au moins 15 ans et que la tête suive. A 21 ans, Carlos Alcaraz a déjà cumulé des blessures plus ou moins petites qui peuvent alerter. Même si, rappelons-nous que beaucoup promettaient au même âge à Rafael Nadal qu'il ne passerait pas plus de trois ou quatre hivers sur le circuit. On connait la suite.
Finissons par deux citations. D'abord parce que ça fait bien, ensuite parce qu'elles sont justes et semblent appropriées dans le cas qui nous occupe :
"L'idée de l'avenir est plus féconde que l'avenir lui-même" (Bergson)"L'avenir n'est interdit à personne" (Gambetta)
C'est bien l'idée de l'avenir des possibles pour Carlos Alcaraz qui génère une forme d'excitation et d'intérêt pour la suite. Pour le reste, personne ne peut prédire quoi que ce soit. Suggérer, oui. Rêver, pourquoi pas. Après tout, s'il y a bien quelqu'un à qui, à ce jour, il n'est pas interdit, et surtout pas l'avenir, c'est bien lui.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité