Il l'a côtoyé presque quotidiennement pendant trois ans. Entre fin 2013 et fin 2016, Boris Becker a fait partie de l'équipe de Novak Djokovic en tant que coach, l'aidant à gagner six titres du Grand Chelem. L'Allemand connaît donc bien le numéro 1 mondial serbe et son avis n'en est que plus précieux quand il s'agit d'analyser les performances de l'intéressé. Il a ainsi pris la parole à l'occasion du podcast "Das Gelbe vom Ball" sur Eurosport Allemagne pour décrypter la défaite en finale de l'US Open face à Daniil Medvedev (6-4, 6-4, 6-4) de son ancien protégé qui a ruiné ses espoirs de Grand Chelem.
Pour Becker, tout ne s'est peut-être pas joué à New York, mais dans la programmation de l'été de Djokovic. "A l'origine, il ne voulait pas aller à Tokyo pour recharger les batteries et jouer les tournois de préparation habituels sur dur avant l'US Open. Avec le recul, je pense que ça faisait un peu beaucoup. Il est fier d'être Serbe bien sûr, et il devait représenter son pays. Mais c'est aussi un être humain. Il ne peut pas gagner tout, tout le temps, supporter la pression et être toujours en forme. Je pense qu'il s'est épuisé. Il aurait peut-être dû prendre une plus longue pause après Wimbledon, de trois ou quatre semaines. Le stress lié aux voyages, le village olympique, la cérémonie d'ouverture - c'est très sympa, mais aussi incroyablement fatigant. Et est venue s'y ajouter la question du Grand Chelem doré…", a-t-il estimé.
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Je n'avais jamais vu Novak pleurer sur un court de tennis
Epuisé physiquement, et peut-être avant tout mentalement par toutes les sollicitations. A tel point que Djokovic a fondu en larmes lors du dernier changement de côté de sa finale contre Medvedev. Si le numéro 1 mondial n'est pas du genre à cacher ses émotions totalement, il parvient quasiment en toutes circonstances à les maîtriser, ou alors à les laisser jaillir pour provoquer une réaction ensuite. Comme quand il lui arrive de crier sa rage pour mieux se relancer dans le jeu suivant. Mais cette fois, tout lui a échappé, ce qui a même surpris son ancien entraîneur.

Moment d'éternité : au bord du précipice et ovationné, Djokovic en pleurs sur sa chaise

"Je n'avais jamais vu Novak pleurer sur un court de tennis. Il a dû toucher ses limites voire les dépasser sur le plan émotionnel. Avec toutes les attentes autour de lui, on a dû lui demander tous les jours depuis Wimbledon s'il allait gagner le Grand Chelem ou devenir le seul recordman de titres en Majeurs avec 21. Son discours lors de la cérémonie de remise des trophées n'en était que plus remarquable. Alors qu'il avait encore les yeux humides, il a expliqué aux New-Yorkais que c'était le plus beau jour de sa vie parce qu'il se sentait enfin respecté et aimé. Et tout ça le jour où il n'a pas saisi ce qui pourrait bien être une opportunité unique de gagner le Grand Chelem", a-t-il constaté, admiratif.
J'espère qu'il sera enfin vu sous un autre jour
Car si Djokovic n'a pas réussi à imiter Rod Laver 52 ans après, il n'a peut-être pas tout perdu lors de cet US Open. C'est en tout cas ce qu'espère Becker, notamment dans le rapport que le Serbe entretient avec les fans de tennis. Surpassé en popularité (sauf auprès des Serbes bien évidemment), par ses rivaux Rafael Nadal et Roger Federer ces dernières années, le numéro 1 mondial a laissé voir une facette plus humaine de sa personnalité lors de cette quête sous tension à Flushing. Peut-être un tournant dans sa relation avec les publics du monde entier, et la fin d'une caricature imméritée à en croire son ancien coach.
"C'est un type bien. Un compétiteur qui se comporte parfois mal sur le court, mais qui ne le fait pas ? Le public et les médias doivent vraiment se faire une raison : ils ne sont pas seulement deux mais trois à avoir de grandes qualités aussi bien en tant que joueurs que sur le plan humain. Il n'est pas acceptable que Novak soit toujours le méchant, et Roger et Rafa les gentils. C'est injuste. J'espère que ces deux semaines à New York, la finale, son discours et la réaction du public new-yorkais vont faire qu'il sera enfin vu sous un autre jour", plaide enfin l'ex-champion devenu consultant.
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