Ce que nous dit le parcours d'un Alexandre Müller ou celui d'un Benjamin Bonzi

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Benjamin Bonzi avait décroché au mois de novembre, juste avant la fin de la saison, le premier titre de sa carrière sur le circuit principal. Pour le tennis français, 2025 débute comme 2024 s'était achevée, avec le sacre d'Alexandre Müller à Hong Kong. Une première, pour lui aussi. Deux victoires qui ouvrent des perspectives, et nous rappellent que la grandeur peut prendre divers visages.

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Il y a plusieurs manières d'estimer la vitalité d'une nation tennistique. Prenez l'Espagne, que nous avions évoquée récemment. Le tennis ibérique a la chance de profiter d'un nouveau champion d'exception avec Carlos Alcaraz, au moment où Rafael Nadal quitte la scène. Les Ibères sont gâtés. Mais derrière lui, c'est un peu le désert pour le moment. Tout en haut, tout va pour le mieux du monde. En s'écartant du sommet, c'est le vide.
Le tennis français, lui, est dans une situation très différente. Presque inverse. La chose est bien documentée, chez les hommes, le pays attend un successeur à Yannick Noah en Grand Chelem depuis maintenant plus de quatre décennies. Il y a sans doute des situations plus enviables que la sienne actuellement, mais avant de gémir, regardons la situation calmement : avec 12 joueurs dans le Top 100 au classement ATP (personne ne fait mieux), la France existe. Sauf à considérer que le jugement doit se faire à l'aune des seuls titres du Grand Chelem. Auquel cas le tennis masculin français ne vaut rien.
La France dispose de trois joueurs dans les trente premiers, et tous sont en phase ascendante. Deux d'entre eux sont très jeunes (Arthur Fils, 20e à 20 ans et Giovanni Mpetshi Perricard, 30e à 21 ans) et Ugo Humbert, récent finaliste à Bercy, est encore loin de la retraite (il est 14e à 26 ans). Ce trio-là n'a pas encore dévoilé tout son potentiel et il est raisonnable d'espérer que le meilleur soit encore devant eux. Mais ils ne sont pas seuls.
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La vitalité du tennis français se situe aussi ailleurs, un étage plus bas. Cela sera certainement passé inaperçu auprès du grand public pour qui le tennis français se résume à "On n'a rien gagné depuis Noah" et dont l'intérêt pour les choses de la petite balle jaune se cantonne aux tournois du Grand Chelem, pour ne pas dire à Roland-Garros. Mais les vrais amoureux du tennis, eux, le savent. Au moins peut-on l'espérer : un Français a décroché un titre lors de la toute dernière semaine de la saison 2024 (hors Masters) et un autre vient d'en faire de même lors de la toute première semaine de la saison 2025.

Le tennis, ce n'est pas que quatre tournois et une poignée de joueurs

Personne ne dit que ces trophées de Benjamin Bonzi à Metz ou Alexandre Müller Hong Kong, à la fin de l'automne ou en plein hiver, ont la force des grandes victoires. En revanche, cela témoigne d'un autre aspect du dynamisme actuel du tennis masculin tricolore (à l'heure où, chez les dames, la crise est réelle avec, cette semaine, l'absence de toute joueuse dans le Top 50 eu classement WTA). Oui, c'est une force que de voir émerger au rang des vainqueurs de tournois des garçons comme Bonzi et Müller.
Ils sont de la même génération. Celle qui est un peu passée aux oubliettes entre celle née au milieu des années 80 (Gasquet, Monfils, Tsonga, Simon) et celle des Fils/Mpetshi dont on espère qu'elle prendra durablement le relais. Benjamin Bonzi aura 29 ans cette année. Alexandre Müller soufflera ses 28 bougies le 1er février prochain. On les a vus pendant des années écumer les challengers. A 25 ans, l'un et l'autre n'avaient encore jamais effleuré le Top 100, ce premier Graal des galériens du circuit.
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Ils ont pris leur temps, ramer, surmonté des difficultés diverses et variées (rappelons qu'Alexandre Müller vit avec la maladie de Crohn ce qui, pour un sportif de haut niveau, est un handicap certain), sans doute entendu une ou deux fois qu'ils feraient mieux de laisser tomber. Aujourd'hui, ils avancent. Ils découvrent même une forme d'ambition. Pas celle que les pisse-froids, déjà prêts à leur rappeler qu'ils n'ont pas gagné Roland-Garros, jugent comme la seule estimable et digne d'intérêt. Ils n'ont pas besoin de ces grands penseurs pour cela. Ils le savent. Nous aussi. Mais le tennis vit en dehors des Grands Chelems. Et il existe ailleurs qu'à travers le prisme du Big 3 jadis, ou de Sinner et Alcaraz aujourd'hui.
Le tennis, ce n'est pas que quatre tournois et une poignée de joueurs. Les grands champions et leurs grands destins font le tennis, son histoire et sa légende. Mais la grandeur du sport de haut niveau, une autre forme de grandeur, tient aussi dans les trajectoires de personnages comme Alexandre Müller, Benjamin Bonzi et d'autres, qu'ils viennent de France ou d'ailleurs. Ils ont droit à leur part de bonheur et de gloire. Et nous avons le devoir de les saluer à leur juste valeur, sans chercher à leur faire dire plus, ou autre chose. Pour ce qu'ils sont, pour ce qu'elles disent, ces victoires-là se suffisent à elles-mêmes.
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