Arrogance, Piatti, mental, Bordighera : Coric, le n°2 révolutionnaire

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FINALE COUPE DAVIS - Auteur d’une superbe saison et désormais aux portes du Top 10, Borna Coric s’avance comme un énorme danger pour l’équipe de France. Attendu de pied ferme après son explosion en 2014-2015, le droitier a trouvé sa voie après une période remplie de doutes. Vendredi, il lancera la finale face à Jérémy Chardy après une année pleine. Une année marquée par une révolution personnelle.

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Crédit: Eurosport

Pour Borna Coric, la prise de conscience est arrivée à 21 ans. C’est au terme d’un exercice 2017 exténuant psychologiquement que le Croate a décidé de révolutionner son approche du tennis. Pour briser la deuxième barrière qui mène aux sommets, le natif de Zagreb a opté pour un examen critique total. Son auto-analyse l’a mené à la conclusion suivante : il fonçait droit dans un mur.
Ce mur, c'est celui de l’échec. Celui qu’il redoutait tant au moment de quitter les juniors pour l’impitoyable grand circuit. "Des joueurs disparaissent dans ces sphères-là", glissait-t-il en 2013 après son sacre à l’US Open juniors à l’aube de son passage chez les professionnels. La suite de ses aventures l'a mené assez haut, très vite. Dans le Top 50. Puis proche du Top 30 (33e) fin 2015. Mais pas plus haut. L'ambitieux Coric, décrit comme arrogant, parce qu'il se sentait l'âme d'un Djokovic "dans ses bons jours", et d'un Murray dans ses "mauvais", s'est pris un autre mur en plein visage. Celui de la stagnation.

Le magicien Piatti

Après un mauvais exercice 2017, où il a perdu son jeu - sauf à Marrakech où il a remporté son premier titre ATP, son match face à Alexander Zverev à l'US Open et le Masters NextGen à Milan - Coric est allé chercher la dernière pierre pour terminer de construire son édifice. Celle-ci se nomme Riccardo Piatti. Réputé pour son travail aux côtés d'Ivan Ljubicic, qu'il a mené à la 3e place mondiale, mais aussi pour avoir mis Novak Djokovic dans les rails entre 2005 et 2006, le technicien italien est le "monsieur plus" qu'il manquait à ses côtés. De Ljubicic, à Djokovic, de Gasquet à Raonic, le Transalpin ne s'est manqué avec personne.
"Je suis resté à la même place pendant deux ans et demi, trois ans. Je pense que je valais mieux que ça, il fallait donc que je change quelque chose", expliquait-il à Indian Wells. "Je pouvais changer, mais je ne pouvais pas me licencier. J'ai donc décidé de changer toute mon équipe."

Bordighera, terre du changement

Après un test dans le nouveau fief de Piatti, à Bordighera, une ville située à quelques encablures de San Remo, Coric et le Transalpin s'engagent à moyen terme, sur deux ans. Sur la feuille de route, il y a des objectifs et des temps de passage. Pour Coric, dont la réputation de Lucky Luke du licenciement d'entraîneur commence alors à lui peser, il y a une recherche de stabilité.
Ivan Ljubicic, son mentor, devient son manager. Lui grossit considérablement son staff : Kristijan Schneider est conservé aux côtés de Piatti qui ne peut pas voyager toute la saison. Ce dernier apporte sa garde rapprochée : le préparateur physique Dalibor Sidora et l'ostéopathe Claudio Zimaglia. Le chantier Coric est conséquent. Mais le gamin, qui aime "souffrir", est réceptif. Piatti, lui, apprécie trop ses qualités pour dire non. La fin d'année du droitier ressemblera à un stage commando de six semaines sur la côte ligurienne.
Lancer de balle modifié, position en fond de court ajustée pour qu'il soit plus proche de sa ligne, très longues séances de jeu au filet, le Croate passe l'hiver à bosser techniquement. Physiquement, il prend du muscle et améliore son endurance. "J'étais coincé à un étage et je devais en sortir. J'avais arrêté plusieurs choses, dont le fait de travailler mon jeu. Je me suis rendu compte que je devais le faire évoluer." La recette a fonctionné : Coric met plus d'intensité et d'engagement dans ses frappes. Sa première balle est devenue une fusée. Son coup droit lui permet de toucher toutes les zones du court. Il retourne mieux, notamment côté coup droit. Son revers, son meilleur coup, trouve plus de profondeur. L'évolution est devenue révolution.
Pour Piatti, la cause était entendue, son nouveau protégé, considéré comme un clone de Novak Djokovic, donc un contreur, n'était pas assez puissant, pas assez maître de l'échange. "Pour devenir plus fort et remporter des titres, un joueur avec d'aussi bonnes dispositions que lui doit frapper la balle parfaitement avec plus d'agressivité", expliquait-t-il au site World Tennis USA en octobre. "Ma première approche a été technique, j'ai modifié ses coups pour qu'il exploite tout son potentiel."

Monsieur grands rendez-vous

En 2018, Coric s'est offert son premier ATP 500 sur gazon à Halle, sa première finale en Masters 1000 à Shanghai et son premier huitième en Grand Chelem à New York. Surtout, il est seul joueur du circuit avec Novak Djokovic à avoir battu deux fois Roger Federer (à Halle et Shanghai). Désormais 12e mondial, il semble armé pour plus haut. "Peut-il gagner un Grand Chelem ? Cela dépendra de sa faculté à travailler", a souligné Piatti. "L'exemple à suivre, c'est David Ferrer. Si Borna travaille comme lui l'a fait, il peut aller loin. Mais il doit comprendre que son niveau actuel n'est pas encore assez bon pour être tout en haut."
Si les problèmes techniques étaient importants, c'est bien le psychologique qui a été retravaillé. La machine Coric avait basculé dans le négatif. Car le garçon n'est pas colérique, il est volcanique. "On a regardé quelques-uns de mes matches. Mon équipe et Riccardo m'ont dit : 'Tu ne peux pas avoir autant de hauts et de bas. Ce n'est pas bon pour toi' ", a-t-il précisé à l'ATP. Son secret en 2018, c'est l'acceptation du moment ou du jour sans. "Je suis beaucoup plus calme sur le court désormais, je ne ressens plus de pression négative. J'essaye d'être constamment entre deux états."
Mauvaise nouvelle pour les Bleus, les gros événements, et la Coupe Davis en particulier, ça transcende Borna Coric dans l'équipe depuis 2013. C'est d'ailleurs lui qui a envoyé sa nation à Lille après un thriller de 4h06 face à l'Américain Frances Tiafoe sur ocre. Un combat où il n'a pas flanché psychologiquement alors que tout était réuni pour partir en vrille. Un combat qu'il aurait sans doute perdu il y a un an. En douze mois, l'adolescent arrogant s'est métamorphosé en adulte.
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