Des similitudes dans le jeu et dans l'attitude, Rafael Jodar et Jannik Sinner vont se retrouver en quarts de finale du Masters 1000 de Madrid
Par Clément Biatour
Mis à jour 29/04/2026 à 15:02 GMT+2
Grande sensation de Madrid, Rafael Jodar s'est qualifié pour la première fois de sa carrière en quarts de finale d'un Masters 1000. L'Espagnol va se frotter à ce qui se fait de mieux sur le circuit, Jannik Sinner, invaincu depuis octobre dans la catégorie. À seulement 19 ans, il possède de nombreuses similitudes dans l'attitude, mais aussi dans le jeu avec l'Italien.
Jodar tranquille avant d'affronter Sinner : le résumé du match
Video credit: Eurosport
Si le tennis était un jeu vidéo, Rafael Jodar serait un professionnel du speedrun, la discipline qui consiste à terminer tous les niveaux le plus rapidement possible. Car à tout juste 19 ans, alors qu'il figurait encore en dehors du top 100 mondial avant le début de la saison sur terre battue, le Madrilène de naissance progresse à une vitesse spectaculaire. À Marrakech, il y a quelques semaines, il a remporté son premier titre sur le circuit et n'est désormais plus très loin de faire son entrée dans les trente meilleurs joueurs mondiaux.
Après un bon parcours à Barcelone, Jodar disposait d'une invitation pour le tournoi de sa ville natale. Malgré son jeune âge et sa relative inexpérience du haut niveau, le 42e mondial ne ralentit pas la cadence, bien au contraire. Après avoir étrillé Alex de Minaur au deuxième tour (6-3, 6-1), puis avoir éparpillé Joao Fonseca dans le troisième set au tour suivant (7-6, 4-6, 6-1), il a écrasé Vit Kopriva (7-5, 6-0) pour s'offrir un tout premier quart de finale en Masters 1000.
Mais quand on grille les étapes, le risque est d'affronter trop rapidement le boss final sans forcément être prêt. Quelques mois seulement après le début de sa carrière professionnelle, Rafael Jodar va se présenter face au numéro 1 mondial Jannik Sinner, invaincu en Masters 1000 depuis le mois d'octobre. ”Ce sera un match difficile”, concédait l'Ibérique après son succès express en huitièmes. Une rencontre entre deux joueurs au profil similaire.
« Si je dois faire une comparaison, je le rapprocherais davantage de Jannik »
Aux yeux de beaucoup, Rafael Jodar présenterait des similitudes dans le jeu avec l'Italien de 24 ans. Après l'avoir battu à Barcelone, le Français Arthur Fils — le seul à pouvoir s'en vanter sur la surface — avait été interrogé sur le style de jeu de l'Espagnol, qui diffère assez nettement de celui de Carlos Alcaraz, la grande star du pays. ”Il est jeune et il joue un très, très bon tennis”, avant d'oser une comparaison : ”je le rapprocherais davantage de Jannik Sinner ; comme lui, il est très solide du fond de court, des deux côtés.”
Les deux joueurs ont le même morphotype. Deux grands (1,91 m) plutôt fins mais diablement costauds et qui dégagent une puissance considérable, notamment en coup droit, l'une de leurs meilleures armes. ”On l'entend au son, quand il touche la balle, c'est un très bon bruit qui sort de la raquette, commentait l'Italien.” Et comme Sinner, à la différence de son compatriote d'El Palmar, Jodar n'est pas un joueur bruyant, c'est un tueur silencieux. ”J'aime sa mentalité, elle est assez calme, poursuivait Sinner. Je ne le connais pas personnellement, mais il semble très humble.”
Et le numéro 1 mondial semble déjà séduit par ce nouvel ovni du circuit. Quelques heures après avoir renversé Benjamin Bonzi au deuxième tour (6-7, 6-1, 6-4), l'Italien avait pris place en tribunes pour assister au match de Jodar face à Alex de Minaur. Et il n'allait pas non plus louper une miette de la rencontre de la nouvelle génération face à Fonseca. ”J'ai regardé tout son match (contre le Brésilien,) a précisé Sinner en conférence de presse. Il a joué à un très haut niveau. Et j'ai le sentiment que ce ne sera pas la seule fois que nous nous affronterons. Il a beaucoup de talent.”
Son insouciance pourrait le porter
Toutefois, si l'on s'amuse à jouer au jeu des différences avec le quadruple vainqueur en Grand Chelem, il est évident que Jodar commet bien plus de fautes que son homologue italien, que ce soit sur coup droit ou sur son service. Un détail qui n'avait pas échappé à Sébastien Villette, qui accompagne Luca Van Assche et qui l'avait observé lors des qualifications de l'Open d'Australie. ”Il a des trous d'air de temps en temps, avec des passages où il fait pas mal de fautes en coup droit”, analysait-il pour L'Équipe et trouvait sa mise en jeu ”déjà bonne mais très perfectible”.
Pourtant, c'est bien cette insouciance et cette volonté constante d'attaquer qui lui ont permis de prendre à la gorge Joao Fonseca, réputé lui aussi pour être un gros frappeur, dans le troisième set. Totalement déchaîné, il avait balancé onze coups gagnants pour, tout de même, dix fautes directes. Porté par son public, Rafael Jodar pourra-t-il bousculer l’ordre établi ? Rien n’est moins sûr.
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