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Novak Djokovic : une année au paradis, un quinquennat d’enfer

Djokovic, une année au paradis, un quinquennat d’enfer

Le 23/11/2015 à 13:46Mis à jour Le 23/11/2015 à 14:02

Historique, exceptionnelle, grandiose. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la saison 2015 de Novak Djokovic. Le Serbe a excellé et dominé comme jamais. Mais cette cuvée mérite d’être mise en perspective. Car au-delà de 2015, le Djoker survole le circuit.

Novak Djokovic a donc bouclé la saison de la seule manière envisageable : par une victoire et sur un titre. Il y aurait eu une forme d’incongruité à le voir échouer en finale du Masters face à Roger Federer. A le voir finir sur un score de parité ses confrontations directes 2015 avec le géant suisse. Ça ne pouvait finir que comme ça. Une défaite finale dimanche à l’O² Arena n’aurait évidemment pas modifié l’emprise globale du Serbe sur le tennis masculin mondial. Mais achever une symphonie sur une fausse note, ce n’est jamais l’idéal.

A l’heure du bilan, il n’y a donc plus qu’à s’incliner. Et à se frotter les yeux, quand même, aussi. Histoire d’être sûr d’avoir bien vu. Si l’on met de côté son tournoi de rentrée à Doha début janvier, Djokovic a donc atteint la finale de tous les autres tournois qu’il a disputés : 15 au total. Il a ajouté 11 titres à son palmarès. Décroché un 5e Masters, dont il est depuis dimanche le premier quadruple tenant du titre. Battu le record de titres en Masters 1000 sur une saison. Signé un deuxième Petit Chelem. Pulvérisé le records de points en une année.

La meilleure saison de l’histoire ?

On s’arrêtera là. Pour établir la liste des statistiques démentielles avec un copyright Djokovic en 2015, il faudrait l’équivalent d’une Encyclopédie Universalis en 18 volumes. Chacun déterminera s’il y a lieu de considérer cette cuvée 2015 du Djoker comme la plus extraordinaire de l’histoire du tennis moderne. Elle est là, tout en haut, en compagnie du Connors 1974, du McEnroe 1984 ou des Federer 2005 et 2006.

Il termine certes avec un pourcentage de victoires légèrement inférieur à ceux-là, mais, on vient de le voir, il a d’autres statistiques à mettre sur la table. Et si vous voulez considérer le Djokovic 2015 comme la nouvelle référence absolue, à votre bon cœur. C’est absolument monumental ce qu’il vient d’accomplir depuis 11 mois. Et même un peu plus. Il faut se souvenir qu’il avait déjà fini 2014 en trombe, remportant 17 de ses 18 derniers matches de la saison. Depuis l’US Open 2014, Djokovic, c’est 99 matches gagnés pour 7 défaites. 18 finales en 20 tournois et 14 titres.

Au-delà des chiffres, ce qui frappe chez lui, c’est son extraordinaire capacité à surmonter les difficultés. C’est vrai au cœur d’un match (il est, par exemple, le roi incontesté du debreak immédiat lorsqu’il vient de lâcher son service). Souvenez-vous, notamment, de la finale de Wimbledon contre Federer. Après avoir perdu un deuxième set complètement imperdable, 99% des êtres humains normalement constitués auraient accusé le coup. Qu’a fait Djokovic ? Il a remis deux coups de marteau sur ce clou suisse qui refusait de s’enfoncer. Résultat, victoire en 4 sets.

Djokovic, tombeur de Federer en finale de Wimbledon 2015

Djokovic, tombeur de Federer en finale de Wimbledon 2015AFP

2011-2015 : d’un chef d’œuvre à l’autre

Mais c’est aussi vrai sur l’ensemble d’une saison. Parce qu’il était sur un nuage, presque invincible, et parce qu’elle l’a privé du seul titre majeur absent de son palmarès, on imagine à quel point sa défaite en finale de Roland-Garros a pu être douloureuse. Mais après cela, il est reparti de plus belle. A un degré moindre, regardez son dernier week-end de l’année : battu par Federer, loin d’être conquérant dans le jeu et, pensait-on, émoussé physiquement et nerveusement, il a sorti deux bijoux pour corriger Nadal puis Federer en demie et en finale du Masters. C’est cela, en plus de cette invraisemblable permanence au plus haut niveau de janvier à novembre, qui donne à sa saison son caractère historique.

Le champion de Belgrade a réussi la gageure de surpasser son année 2011, déjà jugée à l’époque comme un sommet. Son sommet. C’était mésestimer l’irrépressible envie et même besoin qui est le sein de s’élever toujours plus haut, d’aller voir toujours plus loin. 2011-2015. D’un chef d’œuvre à l’autre, Djokovic boucle un quinquennat hors normes. A l’exception de deux intermèdes, l’un rapide signé Federer à l’été 2012, l’autre plus long par Nadal entre l’automne 2013 et l’été 2014, Nole aura clairement dominé le tennis. Ce quinquennat, c’est celui de l’ère Djokovic, pas loin d’approcher celui de Roger Federer de 2004 à 2008.

Le triomphe de Novak Djokovic à Wimbledon en juillet 2014.

Le triomphe de Novak Djokovic à Wimbledon en juillet 2014.Imago

Jugez plutôt :

GRAND CHELEM
9 titres pour Djokovic
5 pour Nadal
2 pour Murray
2 pour Wawrinka
1 pour Federer
1 pour Cilic

MASTERS 1000
21 titres pour Djokovic
9 pour Nadal
7 pour Federer
5 pour Murray
1 pour Wawrinka
1 pour Ferrer
1 pour Tsonga

TITRES
41 titres pour Djokovic
24 titres pour Nadal
22 pour Federer
19 titres pour Murray

SEMAINES A LA PLACE DE N.1 (jusqu’à fin décembre 2015)
179 semaines pour Djokovic
65 semaines pour Nadal
17 semaines pour Federer

Des chiffres pour le moins frappants. On notera ainsi que, sur ces 5 années, Novak Djokovic a remporté plus de titres du Grand Chelem que Nadal, Federer et Murray réunis. Et qu’il a gagné autant de Masters 1000 que ces trois joueurs réunis. Il y a donc bien lui et les autres depuis un bon moment sur le circuit.

La saison 2015, d’ores et déjà historique, n’a fait qu’accentuer cette supériorité, dont la seule question est maintenant de savoir jusqu’où et dans quelles proportions elle peut s’étendre. Sachant qu’il n’a jamais été aussi fort et dominateur et que la concurrence, elle, a au mieux stagné ces derniers mois, quand elle n’a pas décliné, il est tout à fait envisageable que l’ère Djokovic se prolonge. Du quinquennat au septennat, il n’y a qu’un pas...

Novak Djokovic à l'US Open en 2014

Novak Djokovic à l'US Open en 2014Imago

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