Sa fin de saison 2020 cauchemardesque l’a fait réfléchir. Complètement coupé dans son élan par la pandémie, Gaël Monfils n’avait pu retrouver les sensations qui lui avaient permis de gagner coup sur coup à Montpellier puis Rotterdam – une première dans sa carrière – et de sérieusement chahuter le numéro 1 mondial Novak Djokovic à Dubaï. De sa reprise romaine en septembre à Vienne, il avait enchaîné quatre défaites en autant de matches, préférant même arrêter les frais avant Bercy, pourtant un de ses tournois préférés. Et pour repartir du bon pied et casser cette spirale négative, il a estimé qu’une pause prolongée ne serait pas suffisante.
Monfils a donc tranché dans le vif ces dernières semaines. Exit Liam Smith, son entraîneur depuis deux ans qui l’avait pourtant aidé à retrouver le Top 10 et à afficher de nouvelles ambitions. Car si le numéro 1 tricolore a concédé qu’il avait surtout eu du mal à s’adapter aux nouvelles conditions jeu dues à la situation sanitaire - notamment à l’absence du public -, il avait aussi besoin d’un électrochoc. Et pas n’importe lequel : Günter Bresnik. Un coach à la compétence reconnue – 27 de ses joueurs ont été dans le Top 10 de Boris Becker à Dominic Thiem – et à la réputation de stakhanoviste.
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Bresnik, une méthode à la dure assumée

Pas vraiment le genre du Parisien de prime abord. "C’est un très bon choix, mais surprenant. Quand on regarde un peu comment Gaël a fonctionné ces dernières années, on constate que les coaches qu’il a embauchés et dont il s’est séparé, ce n’étaient pas forcément des personnes très connues dans le milieu pour les derniers en tout cas (les deux précédents étaient Mikael Tillström et Liam Smith, NDLR). Ce sont sûrement de très bons entraîneurs au demeurant, mais pas du calibre à mon sens de Günter Bresnik qui, en plus, est considéré comme un coach relativement dur et très exigeant", fait remarquer Nicolas Escudé.

Dominic Thiem avec Günter Bresnik

Crédit: Imago

Spectaculaire, excentrique parfois, pas forcément toujours à l’aise avec l’autorité (ou en tout cas l’autoritarisme), Monfils ne correspond pas au profil type pour appliquer la méthode Bresnik. L’Autrichien a façonné, et l’a même revendiqué dans un livre, son compatriote Dominic Thiem de son enfance au Top 5 mondial (11 titres ensemble). Pour y parvenir, il lui a infligé des entraînements extrêmes de 8h le matin à 20h le soir, avec des poids attachés à la taille, des courses dans les bois et autres excentricités destinées à faire de son poulain un roc aussi bien physiquement que mentalement. Dix-huit années de collaboration (jusqu’en 2019) pendant lesquelles Thiem a tout encaissé sans broncher.
A 34 ans, difficile d’envisager Monfils malléable à ce point, lui qui ne l’a jamais été. Dès lors, une telle association n’est-elle pas vouée à l’échec ? "En termes de régularité sur toute une saison, arriver à maintenir le cap n’a jamais été le fort de Gaël. Après, ça va peut-être l’aider justement. Je ne doute pas que ça puisse fonctionner. Günter a suffisamment d’expérience derrière lui pour savoir la façon dont on peut entraîner des joueurs différents, d’autant plus à ce niveau-là. Il n’y a pas une seule méthode qu’on applique à tous. Il sait faire de la personnalisation en fonction du joueur, de ses qualités, de ses faiblesses, de son désir, de ses envies. C’est du sur-mesure, donc ça va être intéressant", nous confie encore notre consultant.

Un cadre trop rigide pour Monfils ? "Ça peut être terminé dans 3 ou 4 mois"

Il n’est pas inutile de rappeler d’ailleurs que Bresnik ne s’est pas seulement occupé de modèles de discipline. "Les joueurs sont tous différents et on apprend vite que ce qui est bon pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Après Hlasek, un bosseur, j'avais eu Leconte. Prenez Jakob (Hlasek) sur des séries de revers long de ligne. Il en mettait vingt de suite sur la cible, mais s'il ratait la vingt et unième, il hurlait et recommençait à zéro. Leconte en ratait cinq, mais s'il en réussissait un, il disait : 'C'est bon, je le tiens, on arrête'...", a d’ailleurs raconté le principal intéressé.
Mais l’Autrichien s’adapte-t-il tant que ça au profil de ses joueurs ? A en croire Leconte lui-même, qui en a fait l’expérience pendant un an, c’est plutôt le contraire. "Je voulais remettre un coup de collier à mon physique. Je suis allé en Autriche, on a poussé les limites… et j'ai cassé. Mon dos a pété. Günter est consciencieux, rigoureux, organisé, pointilleux… Il n'est pas du style à arrondir les angles. Il vous pousse parfois trop loin. La démarche de Gaël est belle, mais ça peut être terminé dans trois ou quatre mois", a-t-il prévenu dans Le Parisien ces derniers jours.

Gaël Monfils et Roger Rasheed à l'Open d'Australie 2010

Crédit: Getty Images

Avec Rasheed, Gaël a déjà goûté à l'exigence physique, mais Günter a beaucoup plus de connaissances sur le jeu
Une chose est sûre, en faisant ce choix, Monfils sait où il met les pieds. D’ailleurs, si Bresnik est plus complexe que la caricature d’un tyran sans psychologie, il en va de même pour le numéro 1 tricolore, pas aussi rétif au travail que certains voudraient bien le faire penser. Sinon le loustic n’aurait pas tenu trois ans sous la férule de l’Australien Roger Rasheed qui l’avait amené à l’époque à son meilleur classement en carrière (7e en juillet 2011, il fera mieux en novembre 2016 avec une 6e place mondiale).
"Je ne pense pas qu’on puisse comparer Roger Rasheed et Günter Bresnik. Non pas sur la prépa physique, mais sur l’aspect tennis. Günter a beaucoup plus de connaissances, de savoir sur le jeu en lui-même que Rasheed, ce qui n’enlève rien à la carrière de ce dernier en tant qu’entraîneur. Mais il ne faut pas oublier qu’au début, Rasheed était juste un préparateur physique dans l’équipe de Lleyton Hewitt. Oui, Gaël a déjà goûté à l’exigence physique, mais c’était peut-être moins axé sur le court. Günter est très pragmatique, il va à l’essentiel. Il aime que ses joueurs passent énormément de temps sur le terrain à taper des balles, répéter des coups, emmagasiner de la confiance à l’entraînement", explique Escudé qui, quand il était coach de Jo-Wilfried Tsonga, a beaucoup échangé avec Bresnik sur le circuit.
La décision de Monfils d’engager l’Autrichien s’inscrit aussi dans une dynamique qu’il a mise en place ces dernières saisons : tenter de tirer le meilleur de lui-même alors qu’il aborde la dernière partie de sa carrière. Revenu parmi les 10 meilleurs joueurs du monde en 2019, il s'était fixé l’objectif de goûter au Top 5 mondial en 2020. Et il y serait peut-être parvenu (qui sait ?), sans le coronavirus, lui qui pointait à la 3e place à la Race en mars.

"Gagner un Grand Chelem, c'est un objectif que Monfils doit se fixer"

Affichage ou volonté réelle de franchir un cap ? Seul le temps le dira

Afficher encore son rêve répété de remporter un titre du Grand Chelem constituait aussi un changement marquant ces dernières années. Peut-être aussi une manière pour lui de regarder en face son potentiel et de s’obliger à faire face aux attentes. Mais en Majeurs, récemment, il n’a pu faire mieux qu’un quart de finale à l’US Open 2019. Espère-t-il franchir un cap sur les plus grandes scènes ? Tout dépend des contours de cette future collaboration. A Melbourne, c’est Richard Ruckelshausen, ancien pro autrichien de 33 ans au mieux 453e mondial, qui s’occupe de Monfils, en attendant vraisemblablement que Bresnik prenne le relais au retour du Français en Europe.
"Ce qui va être intéressant de savoir, c’est combien de temps Günter va être au côté de Gaël. S’il joue le rôle d’une tierce personne, d’un conseiller sur une petite dizaine de semaines dans l’année comme ça se fait régulièrement sur le circuit, à mon sens, Günter n’apportera pas la pleine mesure de ses connaissances à Gaël. J’espère juste que cette nouvelle collaboration, c’est réellement pour aller chercher quelque chose, plus que pour se donner bonne conscience. Et dire dans un sens : ‘Voilà, je prends Günter, je fais le job.’ Non, c’est une part du job", insiste Escudé.

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Bresnik a déjà vu Monfils en préparation cet hiver

C’est la grande question à laquelle les prochaines semaines, voire mois, permettront peut-être de répondre. Bresnik lui-même n'est pas encore capable de le savoir avec certitude, comme il l'a indiqué au journal autrichien Heute. "D'un point de vue humain, c'est une personne très agréable. Vous ne vous ennuierez jamais avec lui. En termes de sport, Gaël est le meilleur athlète du circuit de tennis. Mais il y a de nombreux points d'interrogation quant à savoir s'il va nous convenir."
Touché par l'initiative du 11e joueur mondial qui est venu le chercher, Bresnik a déjà supervisé des entraînements avec Monfils à Tenerife et Dubaï cet hiver qui l'ont sûrement aidé à déterminer des axes de travail. "Ce n'est pas un David Ferrer. Il se sent bien quand il est créatif. Vous ne devez pas restreindre trop ce type de joueur, sinon vous ferez beaucoup de dégâts", a-t-il ajouté, faisant comprendre qu'il avait déjà bien cerné l'animal. Bien qu'à l'autre bout du monde, il s'entretient d'ailleurs régulièrement au téléphone avec le Français qu'il considère comme capable d'aller chercher un titre en Grand Chelem.
Souvent là où on ne l’attend pas, Monfils a encore surpris son monde, tout en restant fidèle à son discours ambitieux de ces derniers mois. Si cette aventure tournait court, ce ne serait d’ailleurs pas forcément le signe d’un renoncement : Thiem n’a-t-il pas lui-même arrêté brutalement un début de tandem alléchant sur le papier avec son glorieux aîné Thomas Muster l’an dernier ? Mais avec la Monf’, rien n’est écrit. Il n’a jamais caché ses difficultés à gérer le poids d’attentes qu’il ne pouvait maîtriser. Alors autant prendre le taureau par les cornes et advienne que pourra.
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