Entretien avec Nicolas Mahut, qui souhaite qu'on parle moins de Moïse Kouame : "On a l'impression que c'est Martine à la plage"
Par Paul Citron
Mis à jour 23/02/2026 à 13:42 GMT+1
En début de semaine dernière, notre consultant Eurosport Nicolas Mahut a évoqué l'ascension fulgurante de Moïse Kouame à l'antenne. "Pour l'instant, laissons-le tranquille", s'est-il exclamé, en réaction à la profusion d'articles parus au sujet du prodige français à la suite de ses dernières performances en tournois ATP Challenger. Il a pris le temps de développer son point de vue.
Fils, 6 kilos en moins mais des solutions en plus
Video credit: Eurosport
Quand nous lui avons proposé de s'exprimer plus largement au sujet de Moïse Kouame, Nicolas Mahut a eu un petit éclat de rire. La pépite du tennis français a atteint samedi les demi-finales du Challenger de Lille où il a été battu par Luca Van Assche (6-1, 6-1), avant de fêter ses 17 ans le 6 mars.
Mahut, lui, aimerait justement qu'on parle un peu moins de la pépite du tennis français dans les médias. " Je ne vois pas l’intérêt de faire des articles alors qu’il est en quarts de finale d’un Challenger. (...) Qu’on s’y intéresse, oui, mais qu’on en parle dès qu’il gagne un match, je pense que c’est un peu exagéré, a-t-il dit à notre antenne la semaine passée. Il va gagner en Challenger, il va être très bon très rapidement et on va beaucoup en parler. Mais pour l’instant, laissons‐le tranquille." Il a accepté de développer sa vision des choses.
- Suivez en direct le meilleur de la saison ATP sur Eurosport et via HBO MAX !
- Parler de Kouame, est-ce vraiment un problème ?
Nicolas Mahut, vos propos au sujet de Moïse Kouame sur Eurosport la semaine dernière ont été beaucoup repris ces derniers jours. Vous aviez appelé à ce qu'on le "laisse tranquille". Est-ce que vous pouvez nous expliquer plus en détail votre point de vue ?
N. M. : Ce que je dis, c'est que ça va être un très bon joueur. Évidemment que ça va être peut-être notre futur numéro 1 français. Très certainement. Il arrive très tôt, et c'est bien d'en parler, parce que c'est aussi le rôle des journalistes de dire : "On a une pépite en France, et on va la suivre." Mais je fais la distinction entre essayer de le suivre et scruter tout le temps ses moindres faits et gestes.
C'est-à-dire que là, sur le début de la saison, il gagne deux Futures (Hazebrouck et Bressuire), on en parle. Il se qualifie à Montpellier, on en parle, c'est incroyable. Il gagne un tour en Challenger à Lille, c'est super, c'est incroyable. Il gagne son deuxième tour, on en parle. Et sur les tournois, les journalistes interrogent des adversaires qui ne l'ont même pas affronté pour savoir ce qu'ils pensent de Kouame. Donc, il y avait des joueurs qui étaient sur le Challenger à Lille qui jouaient, et à la fin du match, on leur posait des questions sur Kouame. Ce que je veux dire, c'est que oui, c'est bien. On va en parler, et c'est bien qu'il y ait de l'attention. Mais pas trop. Laissons-le respirer. Laissons-le évoluer.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/11/4108030-83298248-2560-1440.jpg)
"Physique impressionnant et belle qualité de frappe à 16 ans" : à la découverte de Moïse Kouamé
Video credit: Eurosport
Quel est le risque, sinon ?
N. M. : Tu es joueur, tu es un jeune Français, tu montes. À un moment donné, tu veux te protéger en disant, "c'est trop". Donc, tu veux te mettre un petit peu de côté. Le risque, c'est d'entendre "Ah, bah tiens, Kouame, il a changé. Il ne veut plus nous répondre." Non, ce n'est pas ça. C'est qu'il veut se concentrer.
Et si à un moment donné, il perd un peu, s'il y a une petite blessure ou un moment de creux, qu'est-ce qu'on va dire ? "Ah bah tiens, ça ne va pas aussi vite que prévu." Si dans un moment plus dur, on se dit : "On s'est peut-être enflammés", ce n'est pas simple à gérer pour un joueur. Alors que si on s'était moins enflammé au départ, on dirait : "C'est normal, il a 19 ans, ça prend un peu de temps."
Fonseca va y arriver, je n'ai aucun doute. En ce moment, qu'est-ce qu'on dit sur Fonseca ?
Parce qu'une carrière, ce n'est pas linéaire. Il faut regarder Fonseca aujourd'hui. Il va y arriver, je n'ai aucun doute. C'est aussi une pépite qui sera très, très forte. Là, c'est un moment un petit peu moins bien (il a été battu au premier tour à l'Open d'Australie et à Buenos Aires en simple). Qu'est-ce qu'on dit sur Fonseca ? "Tiens, est-ce qu'on n'en a pas trop fait ? Est-ce que ce n'est pas trop dur pour lui ?" Qu'est-ce qu'on a fait d'Hugo Gaston quand il a fait son parcours en Roland-Garros en 2020 ? Les titres, c'était : "Est-ce qu'il peut être dans le top 10 ?" Donc, ce que je dis, c'est : il faut suivre Kouame, oui. Mais un peu de mesure. Et on le laisse un petit peu travailler avec son staff.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/02/23/image-f053bfc3-2e13-4753-b56f-540e50f50e86.jpeg)
João Fonseca à Melbourne, en janvier 2026.
Crédit: Getty Images
Le cas Alcaraz, qui a été identifié très tôt comme un champion potentiel, a été mis en avant par vos détracteurs pour montrer qu'on peut évoluer avec beaucoup d'attention autour de soi, même très jeune.
N. M. : Mais avec Alcaraz, on a dit : 'Ah, on a peut-être un phénomène.' Le seul problème, c'est qu'il y avait Rafa (Rafael Nadal), il y a Ferrer. La tension était sur Rafa. Alcaraz recevait 10% de l'attention. Je ne suis pas sûr que quand Alcaraz gagne un Future, tout le monde en parle, qu'il y ait des journalistes étrangers qui soient là, qu'Alcaraz ait eu la même attention portée sur lui tout le temps, tout le temps, tout le temps ; parce que dans le même temps, tu as Rafa qui gagne son douzième Roland.
Le souci, c'est donc peut-être que la France attend son champion. On a énormément de joueurs qui sont très bons, mais aucun ressemble à un chef de file. C'est ça qui pourrait sauver Kouame de cette attention-là ?
N. M. : C'est pour ça que c'est bien qu'Arthur Fils soit en finale (à Doha). Pour qu'on mette l'attention sur les champions, ceux qui sont là. Arthur, il performe actuellement, il est là pour être dans les 10. Lui aussi, a l'ambition de gagner les très, très gros tournois et les Grands Chelems. Donc ça va lui permettre de ne pas avoir l'attention portée exclusivement sur lui.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/02/21/image-78fa0c50-a651-4580-a239-e175f2f8aa1c-85-2560-1440.jpeg)
Fils, 50 minutes outside : le florilège de la furie Alcaraz
Video credit: Eurosport
Apprendre à gérer l'exposition médiatique ne peut-il pas être bénéfique à Kouame ?
N. M. : Il ne faut pas se tromper : il faut le suivre, et c'est bien qu'il ait l'habitude d'être dans un environnement comme ça où il y a un peu d'attention. C'est une bonne expérience. Oui. Mais pas trop. Parce que là, on a l'impression que c'est Martine à la plage.
Ça ne va pas forcément lui rendre service
En même temps, il y a des choses qui le classent objectivement comme un grand espoir. (Kouame est par exemple le plus jeune joueur à rentrer dans le top 400 ce lundi, depuis Carlos Alcaraz).
N. M. : Oui, et c'est bien d'en parler. Mais on en a parlé à Montpellier, on en a parlé à chaque fois. On ne va pas faire à chaque semaine un focus là-dessus. Oui, c'est vrai. Et quand il aura gagné un tournoi, très bien, il aura gagné un tournoi. C'est très bien. Il faut en parler. Mais là...
Attention : je suis son premier supporter. J'ai envie qu'il brille. Mais là, d'un coup, il se retrouve à Lille et on ne parle que de lui. Moi, je n'ai peur de rien pour lui. Je ne suis pas très inquiet sur la suite de sa carrière. Ce que je dis, c'est que ça ne va pas forcément lui rendre service si à chaque fois qu'il est sur un tournoi, il doit gérer à chaque fois des conférences de presse à 16-17 ans, une attention comme ça, une équipe qui le suit en permanence et les commentaires autour de ses résultats. Lui, il a dit qu'il ne le suivait pas, tant mieux.
Mais par exemple, un jour où il a perdu 6-1, 6-1, on aura des "Fin de route pour Kouame", "Retour à la réalité"... Mais non, retour de rien du tout ! Il a fait une demi-finale, c'est fantastique. Ce n'est pas un "retour à la réalité", parce que lui, il est en train de progresser.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/02/22/image-7ff91c2f-2e92-4744-a8cb-e6eff9074df9-85-2560-1440.jpeg)
Moïse Kouame à Lille, en février 2026.
Crédit: Imago
Sur le même sujet
Publicité
Publicité