"Être numéro un, c'est plus une ambition qu'un rêve" : Justine Hénin dans Legends' Voice

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LEGENDS' VOICE - En dehors d'un titre en Grand Chelem, il n'y a rien de plus prestigieux. Qu'il s'agisse de l'ATP ou de la WTA, la place de numéro un mondial constitue une forme d'accomplissement ultime en tennis. Justine Hénin, installée sur le trône pendant 117 semaines durant sa carrière, évoque ce statut à part et ses deux actuels tauliers, Ashleigh Barty et Daniil Medvedev.

Justine Henin - Legend Voice.

Crédit: Eurosport

118 semaines. Ashleigh Barty est si bien installée au sommet du tennis féminin qu'elle dépasse cette semaine Justine Hénin pour grimper d'un cran dans la hiérarchie des joueuses ayant passé le plus de temps à la première place mondiale.
L'Australienne, qui a choisi de faire l'impasse sur la tournée américaine de ce mois de mars et ne jouera donc ni à Indian Wells ni à Miami, cumule même 110 semaines consécutives au pouvoir. Seules les légendes Steffi Graf, Serena Williams, Martina Navratilova et Chris Evert ont fait mieux qu'elle.
Chez les hommes, Daniil Medvedev est lui un novice. Après 18 années de règne du Big Four (Federer, Nadal, Djokovic, Murray), le Russe a mis fin à cette incroyable hégémonie en devenant au mois de février le 26 numéro un mondial de l'histoire depuis la création du classement ATP en 1973. Mais que le règne soit bref ou interminable, accéder au sommet est toujours un accomplissement à part pour un champion.
Justine Hénin, la consultante d'Eurosport, décrypte dans Legends' Voice ce que représente ce statut de numéro un mondial dans une carrière. Elle revient sur la façon dont elle l'a vécu et livre son sentiment sur ces lointains successeurs que sont Ashleigh Barty et Daniil Medvedev.
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"Tous les joueurs le confirmeront, remporter un Grand Chelem, c'est une joie indescriptible, très forte. Être numéro un, c'est une autre forme d'émotion, mais qui n'a rien à voir avec cette seconde d'adrénaline au moment de la balle de match dans un tournoi du Grand Chelem. Surtout quand c'est le premier. Ce n'est absolument pas comparable. Mais c'est tout de même une émotion.
Je peux encore me souvenir de ce que j'ai ressenti le jour où je suis devenue numéro un. C'est une forme d'aboutissement. Il y a la sensation du devoir accompli, d'avoir été au rendez-vous de manière constante. C'était en finale, à Zurich, en 2003. C'était la fin de saison, j'étais très fatiguée. J'avais explosé en Grand Chelem en gagnant à Roland et à l'US. Il fallait aller chercher cette place de N°1 avant la fin de saison. C'était comme une grande respiration, c'est le souvenir que j'en ai. Une sensation de plénitude, une grande bouffée d'oxygène même si je ne dirais pas que c'était un soulagement. C'était un peu dingue.
Quand j'étais toute petite, j'étais quelqu'un de discret, de très timide, et pourtant, je disais 'Je veux devenir numéro un mondiale'. Mais je le disais en chuchotant. Là, en devenant N°1, à ce moment précis, je me sentais vraiment à ma place et c'était un très beau sentiment. Très différent d'une victoire en Grand Chelem, mais très beau aussi. La plénitude, c'est aussi une forme d'émotion. Peut-être plus saine, même, que l'on maîtrise, alors qu'une émotion aussi forte qu'une victoire en Grand Chelem, c'est quelque chose qui nous dépasse, que l'on subit presque.
La place de numéro un, c'est la récompense du travail constant, et j'ai aimé ça. L'inscription dans le temps, c'est important. Être numéro un, devenir la meilleure, c'est encore plus une ambition qu'un rêve. Je suis une compétitrice dans l'âme. Dans ma vie, j'ai dû me faire ma place. C'est le destin de chaque personne, chacun à son niveau, chacun dans sa sphère. Moi, ça a été à travers le sport. J'ai grandi dans une famille de quatre. Mes parents ont perdu leur premier enfant, qui était une petite fille. Tout ça a compté je pense dans mon ambition, dans ma quête. Je n'ai pas choisi de vouloir être la meilleure par hasard.
Aujourd'hui, j'arrive à me détacher, à prendre beaucoup de recul dans cette deuxième phase de ma vie où je suis beaucoup plus sereine et lucide par rapport à tout ça. Mais à cette époque-là, oui, je voulais être la meilleure et j'étais très ambitieuse. Mais c'est différent du rêve de victoire en Grand Chelem. Roland-Garros, quand j'étais petite fille, c'était vraiment le rêve numéro un. Je n'aurais pas pu me contenter de gagner un Grand Chelem puis de disparaître. Faire un coup d'éclat et me dire 'Voilà, je me contente de ça'.
J'ai connu deux périodes distinctes en tant que numéro un, en 2003-2004 puis en 2006-2007. Je les ai vécues de façon très différente. La première fois, j'avais 21 ans. Je n'ai pas eu l'impression que ça m'était tombé dessus, parce que j'ai toujours été préparée aux choses, mais ça reste jeune. J'ai eu une progression rapide mais finalement assez constante. 2003, j'atteins mon rêve en gagnant Roland-Garros, je confirme à l'US Open puis encore en Australie. C'était une période folle, gagner trois Grands Chelems sur quatre à un âge assez précoce. On connaissait mon potentiel, mais face à certaines joueuses, comme Kim ou Serena, je ressentais de la peur. Je me révélais à moi-même.
Derrière, j'ai eu un creux physiquement. Il y a eu mon virus en 2004, malgré la victoire aux Jeux, puis j'étais moins bien. Quelque part, tout ça est tout à fait normal puisque j'avais tellement travaillé physiquement en 2003, plus que n'importe quelle autre fille et ce n'est pas moi qui le dis, d'autres l'ont affirmé. Je savais qu'il y avait le risque de prendre un petit mur à un moment donné, de connaître un creux. Je n'ai aucun regret par rapport à ça, car je voulais atteindre mes objectifs, mais clairement, le corps a eu besoin de récupérer.
2006-2007, c'était différent. 2006, je joue les quatre finales de Grand Chelem et 2007, c'est ma plus grande saison. C'est aussi l'année de mon divorce. Je suis dans une autre phase de ma vie en tant que femme et j'ai à affronter des choses importantes sur le plan personnel. Avoir réussi à combiner cette période douloureuse sur le plan personnel avec une reconstruction à travers ma vie professionnelle, c'est une satisfaction et j'ai sans doute encore plus de fierté concernant cette deuxième époque où j'ai été numéro un que pour la première.
Aujourd'hui, Ashleigh Barty est une très belle numéro un. Elle est incontestable, elle mérite à 200% d'être là. J'aime son intelligence dans la façon de gérer sa carrière. On l'a vu au moment du Covid. Les périodes de crise sont toujours intéressantes pour ça. Ashleigh a été en accord avec elle-même, elle a fait des choix forts, elle a assumé le besoin de couper par moments. Je trouve ça révélateur.
Alors, on pourra lui reprocher un manque de charisme. C'est ce que certains peuvent dire d'elle. Moi j'apprécie énormément sa personnalité. Elle a les pieds sur terre, c'est sa force. On peut évidemment parler de son tennis, mais sur sa personnalité on sent à la fois beaucoup de détermination, sans faire trop de bruit, mais aussi d'intelligence et de simplicité. Elle a choisi de ne pas jouer à Indian Wells et Miami. On peut le regretter. Quand on est numéro un, on a une forme de responsabilité. Je peux comprendre qu'on se dise que, en termes de visibilité, on a besoin que les meilleurs soient présents sur les plus gros tournois, surtout dans un tennis féminin qui souffre d'un manque de joueuses qui gagnent souvent, de vraies rivalités.
Mais il faut tenir compte de deux choses qui rebattent les cartes en termes de gestion de calendrier. Le Covid, d'abord. Cette période a été tellement particulière, on ne peut pas juger, on peut juste essayer d'imaginer ce que les joueurs et les joueuses ont vécu ces deux dernières années. Tout ça, toujours en relativisant le fait que c'est une forme de privilège.
Puis Barty, c'est une Australienne qui vient de gagner l'Open d'Australie. L'histoire montre à quel point c'est difficile. Même si on a l'impression que ça a été une promenade pour elle, ça a tout de même dû être lourd à gérer et c'était sans doute une quinzaine éreintante. Il faut voir ce qu'il va se passer dans la durée. On saura plus tard, sur la suite de la saison, si elle a eu raison. Peut-être est-elle en train de faire le bon choix.Je ne suis pas si surprise de sa décision et je pense que c'est de bon augure.
Le cas de Daniil Medvedev est un peu différent. On préfère toujours voir un joueur devenir numéro un mondial dans une période dominatrice, ça donne plus de poids à la chose. Oui, Daniil Medvedev aurait dû gagner l'Open d'Australie. En ce début d'année, il s'est passé beaucoup de choses. L'absence de Djokovic, la folie Nadal, qui est venue rebattre les cartes... Tout ça éclipse un peu sa prise de pouvoir. J'aurais clairement préféré qu'il devienne numéro un en gagnant cet Open d'Australie, même si je suis une fan absolue de Rafael Nadal. Là, ça manque un tout petit peu d'autorité.
Je trouve cette période très excitante. Qui peut dire ce qu'il va se passer dans les mois à venir ? Nous sommes dans une incertitude énorme et après tout ce qu'on a vécu dans ce tennis masculin, je trouve ça très bien. Il est très difficile de juger cette place de numéro un mondial aujourd'hui. L'avenir nous dira quel numéro un Medvedev a été. Est-ce que ce nouveau statut peut être un poids pour lui ? Oui, mais nous sommes quand même préparés à ça. Il a montré qu'il était capable de gérer la pression. Mais il doit devenir plus fort sur les autres surfaces s'il veut s'installer dans la durée."
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L'arrivée de Medvedev au 1er rang mondial met-elle vraiment fin à l'ère du Big 3 ?

Video credit: Eurosport

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