Le 26e joueur mondial roi du désert californien, voilà un petit événement, assurément. A vrai dire, c'est la quatrième fois que cela arrive à Indian Wells : après Jim Courier (1991), Alex Corretja (2000) et Ivan Ljubicic (2010), Cameron Norrie a décroché dimanche la timbale avec ce matricule peu commun. En revanche, depuis la création des Masters 1000 (ex-Masters Series) en 1990, il y avait toujours eu au moins un membre du Top 25 en demi-finales. Or, le week-end dernier, le dernier carré en était privé avec le Britannique donc, Grigor Dimitrov, Taylor Fritz et Nikoloz Basilashvili. Hasard ou début d'une tendance ? Une chose est sûre, cela s'est produit alors que le Big 3 n'était pas sur la ligne de départ.
Sans Novak Djokovic, au repos, ni Rafael Nadal, ni Roger Federer blessés, trois joueurs qui ont ultra-dominé le tennis mondial lors des quinze dernières années, fatalement les perspectives s'ouvrent. Cameron Norrie ne disait pas autre chose, d'ailleurs, une fois le trophée entre les mains. "Je pense que c'est un petit peu surprenant. J'ai eu deux matches difficiles au début. Ça montre juste que si vous vous accrochez dans ces grands tournois, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Et quand j'ai regardé qui il restait en demi-finales, je me suis dit que c'était une bonne opportunité", a-t-il avoué.
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La disparition du Big 3 et de son emprise psychologique ouvre des perspectives

Même topo pour Dimitrov, Basilashvili et Fritz qui ont respectivement éliminé Daniil Medvedev en huitième, Stefanos Tsitsipas et Alexander Zverev en quarts, les trois premières têtes de série. Auraient-ils autant cru en leurs chances jusqu'au bout s'ils avaient affronté les membres du Big 3 ? On peut en douter, tant l'emprise de l'hydre à trois têtes sur le reste du circuit fut importante et l'est encore dans une certaine mesure quand Djokovic, Nadal et Federer sont en état de jouer, ce qui pour le Suisse notamment devient de plus en plus rare.
"Le phénomène d'emprise psychologique est en effet moins présent avec la génération qui arrive. Mais c'est une chose qui se construit aussi. Attendons d'ici trois-quatre ans pour en avoir le cœur net. Si les Medvedev, Tsitsipas et Zverev établissent une domination assez nette, ils en bénéficieront aussi, comme en avaient bénéficié les Sampras et Agassi en leur temps", convient Arnaud Di Pasquale. D'ailleurs, si le Russe, le Grec et l'Allemand ont failli à Indian Wells, il y avait des causes conjoncturelles.

Indian Wells ne doit pas cacher l'émergence de Medvedev, Tsitsipas et Zverev

Exceptionnellement cette année, le tournoi a été déplacé en fin de saison à cause du coronavirus. Or, les conditions climatiques désertiques (chaleur extrême) et de jeu (ralenties par la surface abrasive et des balles lourdes) ont considérablement compliqué la tâche des joueurs sur le plan physique en rallongeant les échanges. Après une saison éprouvante pour de jeunes cadors qui affichent déjà une grande régularité au haut niveau en allant souvent au bout des tournois, un certain point de non-retour a été atteint en Californie.

"Indian Wells est un tournoi où une surprise pouvait arriver: ça n'a pas loupé"

Sans retirer de mérite à Dimitrov qui a su inverser la tendance, Medvedev avait les choses bien en main (6-4, 4-1 double break) avant de se heurter à ce mur invisible par manque de fraîcheur physique et mentale. Le constat est le même pour Zverev qui a craqué en fin de match face à Fritz. La thèse de la panne d'essence semble d'autant plus pertinente que lors des deux précédents Masters 1000, déjà sans Big 3 à Toronto et Cincinnati, le Russe et l'Allemand avaient assumé sans difficulté leur statut de favoris en s'y imposant respectivement. Et dans l'Ohio, Tsitsipas n'était pas en reste, puisqu'il avait perdu un combat homérique face au grand Sascha en demi-finale.
"Il y a une domination Medvedev, et de plus en plus forte de Zverev. On sent qu'il n'a plus ce fameux élastique dans le dos quand les sensations sont moins bonnes, cette tendance à la passivité. Il est passé dans une autre dimension. Medvedev a gagné son Grand Chelem en battant accessoirement Djokovic en finale, ce qui reste monumental. Il a débloqué un truc important. Même quand il avait douté un peu l'an passé, il s'était remis en selle en faisant le doublé Bercy-Masters. C'est quand même très constant et supérieur aux autres. Idem pour Tsitsipas qui a le plus de victoires cette saison (54, NDLR). Il y a clairement un trio au-dessus des autres", acquiesce notre consultant.
Ils seront plus forts que les autres, mais moins dominateurs que le Big 3
Contrairement au circuit WTA trop souvent ces derniers temps, la hiérarchie post-Big 3 ne s'annonce donc pas illisible. Le Masters 1000 d'Indian Wells a beau avoir eu des allures de grand et joyeux bazar, le prendre comme valeur référente pour les années à venir serait au mieux hasardeux. Avec le recul, c'est plutôt un nouvel ordre mondial qui semble se dessiner. A ceci près qu'il serait très étonnant que les trois nouveaux hommes forts se partagent le gâteau dans les mêmes proportions que ne l'a fait l'hydre à trois têtes Federer-Nadal-Djokovic.

Di Pasquale: "Quand Dimitrov bat Medvedev, je ne me dis pas qu'il gagnera Indian Wells"

La résistance prolongée du Big 3 au sommet a d'ailleurs empêché jusqu'ici les Medvedev, Zverev et Tsitsipas de se construire une aura comparable. "Ils seront plus forts que leurs rivaux, mais moins dominateurs. La future disparition du Big 3 va créer des déblocages. Ça peut permettre à des Félix Auger-Aliassime, Denis Shapovalov, ou Jannik Sinner de s'affirmer davantage. Est-ce que Medvedev, Tsitsipas et Zverev iront comme leurs prédécesseurs à chaque fois au bout avec ce partage à trois hallucinant comme dans les quinze dernières années en Grand Chelem ? Non, c'est peu probable", juge Arnaud Di Pasquale.
De plus en plus aguerris aux exigences du très haut niveau par les champions hors normes qu'ils remplacent peu à peu, les numéros 2, 3 et 4 mondiaux actuels pourraient faire des tournois du Grand Chelem une chasse gardée aussi à l'avenir. Medvedev compte déjà trois finales (Open d'Australie 2020, US Open 2019 et 2021) dont un titre à ce niveau, tandis que Tsitsipas (Roland-Garros 2021) et Zverev (US Open 2020) ont également été finalistes. Et les trois loustics squattent de plus en plus souvent les derniers carrés, à l'exception de celui de Wimbledon. Une brèche à exploiter assurément pour la concurrence.

Des cadors plus humains, mais des rivalités plus piquantes

"Le gazon est beaucoup plus lent qu'à une époque, les Zverev, Medvedev et Tsitsipas vont finir par s'y adapter. La difficulté majeure sur gazon, c'est la domination de Federer et Djokovic ces dernières années. Mais c'est vrai que c'est une surface qui demande une capacité de concentration et une force mentale particulières. Ils auront peut-être davantage de failles de ce côté-là", nuance Arnaud Di Pasquale. En Masters 1000 néanmoins, le côté plus aléatoire et moins exigeant des deux sets gagnants pourrait davantage ouvrir le champ des possibles comme la victoire de Hubert Hurkacz à Miami l'avait montré par exemple en mars dernier.

Un magnifique combat, une polémique "toilettes" : ce Zverev-Tsitsipas valait vraiment le coup

Reste que la phase de transition qui nous occupe a quelque chose de fascinant. Entre une génération de légendes qui refuse d'abdiquer - Federer et Nadal espèrent bien revenir et comment ne pas s'emballer pour le courage et la détermination d'un Andy Murray malgré sa hanche en métal ? - et de nouvelles têtes aux talents tennistiques certains, le tennis masculin entre dans une période incertaine, mais pas moins captivante.
"Les jeunes seront-ils en quête perpétuelle de progrès comme le Big 3 ? On va forcément comparer, et il y a caractères bien trempés. Les Medvedev, Tsitsipas et Zverev se livrent avec parfois un peu de recul et d'ironie. Ils sont capables de tomber le masque, ce qui n'était pas toujours le cas des précédents", fait enfin remarquer notre consultant. A défaut de champions surhumains, les rivalités pourraient être aussi épicées sur qu'en dehors du court, à l'image du dernier et passionnant US Open. Et ce n'est pas forcément plus mal.
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