Il est devenu le premier Britannique à triompher à Indian Wells. Rien que ça. Pas même son illustre compatriote Andy Murray, ancien numéro 1 mondial, trois fois titré en Grand Chelem et double champion olympique, n'avait réussi à dompter les courts et les conditions de jeu si spécifiques au désert californien. Alors envisager que Cameron Norrie le fasse, lui le modeste 71e joueur mondial en début de saison qui n'avait pas joué le moindre quart de finale en Masters 1000 avant ce tournoi, était franchement incongru.
L'intéressé en convenait d'ailleurs sans mal dimanche à l'issue de sa belle victoire en finale contre l'autre grande surprise de cette édition 2021, Nikoloz Basilashvili. "Si vous me l'aviez dit avant le tournoi, je ne vous aurais pas cru, c'est fantastique. Quelle semaine incroyable pour moi ici ! Je ne sais pas vraiment encore ce qui m'arrive. Je suis si heureux de la manière dont j'ai géré toutes les occasions, les moments importants, tous les matches. Si heureux de remporter mon plus grand titre", s'est-il réjoui, toujours un peu incrédule.
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Et pourtant, la malédiction des chaussures britanniques avait encore frappé

D'autant que Norrie n'avait pas vraiment abordé cette finale dans les conditions optimales. Croyez-le ou non, comme Murray voici une dizaine de jours, il a eu lui aussi un problème de chaussures. Le genre de petite contrariété qui ne vous permet pas vraiment de décompresser avant le match le plus important de votre carrière.
"Chaque jour, je laissais mes chaussures au-dessus de mon casier. Je pense que quelqu'un de l'équipe de nettoyage est allé dans le vestiaire la nuit dernière et a jeté les trois paires que j'avais à la poubelle. Je les ai cherchées toute la journée. Je ne sais pas ce que les gens ont contre les Britanniques avec cette manie de voler les chaussures, mais je n'ai pas réussi à les récupérer. J'ai dû rentrer sur le court avec une paire neuve", a-t-il raconté, sourire en coin.

Dépassé puis souverain, Norrie est passé par tous les états : le résumé de son sacre

Voilà qui pourrait expliquer les difficultés de Norrie à l'échange en début de finale, lui qui a accusé un set et un break de retard avant de trouver son rythme de croisière. Mais malgré sa nervosité et le niveau impressionnant de Basilashvili pendant huit jeux (entre 3-1 Norrie dans le premier set et 3-6, 1-2), le gaucher britannique n'a jamais paniqué, comme persuadé que son heure était venue, que ce tournoi lui était destiné.
Finaliste à San Diego en préparation, il était en confiance en débarquant et a su tirer parti de circonstances favorables. "J'ai eu deux matches difficiles au début (face à Tennys Sandgren puis Roberto Bautista Agut aux 2e et 3e tours, NDLR). Ça montre juste que si vous vous accrochez dans ces grands tournois, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Evidemment, c'était assez miraculeux que tous les meilleurs perdent. Et quand j'ai regardé qui il restait en demi-finales, je me suis dit que c'était une bonne opportunité. Je ne voulais vraiment pas trop me projeter."

Des circonstances favorables certes, mais un professionnalisme irréprochable

Voir les trois premières têtes de série Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas et Alexander Zverev tomber successivement sans avoir à les croiser pour gagner un Masters 1000 ne se reproduira sans doute pas si fréquemment. Et ils avaient d'ailleurs plutôt tenu leur rang à Toronto et Cincinnati l'été dernier, déjà sans le Big 3. Mais encore fallait-il être là et en mesure de saisir l'occasion. Tout le mérite en revient à Norrie dont la progression a été remarquable cette saison, lui qui jouait dimanche sa 6e finale en 2021, comme un certain Novak Djokovic.
"Je pense qu'en s'améliorant doucement chaque année, en progressant sur des petites choses, de cette façon je ne pense avoir manqué de quelque chose (comme un joueur qui aurait eu du mal à digérer une ascension subite, NDLR). Je travaille extrêmement dur et j'ai beaucoup de gens bien autour de moi. On fait attention aux petits détails, sur et en dehors du court, et nous avons tous le même objectif en tête", a-t-il encore confié.
A l'instar d'un Gilles Simon en son temps, Cameron Norrie ne possède pas une arme foudroyante dans son jeu, mais il exploite son potentiel au maximum. D'une intelligence rare tactiquement, capable de faire déjouer bien des joueurs théoriquement supérieurs à lui du moins techniquement (parlez-en à Grigor Dimitrov), il peut légitimement espérer désormais se qualifier pour le rendez-vous des Maîtres à Turin. Ce serait une sacrée sensation, mais aussi un beau message au reste du circuit : à cœur vaillant, rien d'impossible.
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