La tête basse, le regard éteint et 72 minutes passées sur le court. Voilà comment la semaine de Dominic Thiem à Dubaï pourrait être sommairement résumée. Pourtant attendu au tournant en sa qualité de tête de série numéro 1 du tournoi et 4e joueur mondial, l’Autrichien a traversé son entrée en lice au 2e tour comme un fantôme face au qualifié sud-africain Lloyd Harris, vainqueur en deux sets solides 6-3, 6-4. Un accident ? La thèse ne tient pas vraiment si l’on analyse le début de saison très décevant de l’intéressé, déjà sorti sèchement en huitième de finale de l’Open d’Australie. Mais qu’est-il donc arrivé à celui que certains aiment surnommer "Dominator" ?
Où est passé son engagement total sur chaque frappe de balle, cette fameuse intensité qui a fait sa réputation sur le circuit dans la droite lignée d’un Rafael Nadal ? Difficile de donner une réponse simple, tant l’intéressé, qui a annoncé son forfait pour le premier Masters 1000 de la saison en Floride, semble lui aussi perdu. "J’aimais jouer beaucoup quand j’étais plus jeune. Mais maintenant, j’ai besoin de me ressourcer pour être frais en vue de la saison sur terre battue. Je traverse une période difficile en ce moment et ce ne serait pas bienvenu de me présenter à Miami", a-t-il ainsi considéré mardi après son élimination aux Emirats arabes unis.
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Thiem n'y était pas : le résumé de sa surprenante défaite face à Harris

Vainqueur de son premier Majeur à Flushing Meadows l’été dernier, encore en finale du Masters à Londres à l’automne, Thiem avait confirmé en 2020 qu’il avait réellement franchi un cap l’année précédente en s’attachant les services de Nicolas Massu. Plus question alors de le réduire à l’étiquette du grand spécialiste de la terre battue, il avait montré qu’il pouvait gagner partout, excepté peut-être sur gazon, même si l’édition 2020 de Wimbledon annulée n’avait pas donné l’occasion de le vérifier. Tant et si bien qu’il pouvait apparaître pour un candidat sérieux à la place de numéro 1 mondial. N’avait-il pas glissé vouloir "monter encore au classement" après le Masters, lui qui était déjà numéro 3 mondial ?
Mon pied droit douloureux n'est pas le problème principal. C'est juste que je ne joue pas bien
Au lieu de ça, Daniil Medvedev lui a donc volé la vedette, tandis que Thiem affiche un bilan de 55 % de victoires (5 succès, 4 défaites) indigne de son talent en 2021. Que s’est-il donc passé ? Il y a d’abord eu cette blessure au pied droit, contractée d’ailleurs une première fois face au Russe en demi-finale de l’US Open, et qui s’est réveillée à Vienne fin octobre-début novembre. Pour un bourreau de travail aux qualités physiques exceptionnelles, l’alerte n’est pas anodine. A-t-il pu se préparer comme il le voulait lors de l’inter-saison ? On peut en douter.
Mais l’Autrichien sait que le problème est plus profond et refuse de se réfugier derrière une excuse de ce type. "Par exemple, aujourd’hui (mardi lors de son match contre Harris, NDLR), je n’ai pas ressenti de douleur du tout dans le pied. Elle disparaît et revient de temps en temps. Peut-être que je ferai une rapide IRM pour voir comment ça évolue. Mais ce n’est pas le problème principal, vraiment. C’est juste que je ne joue pas bien, en général c’est une période difficile pour moi." D’ailleurs, Thiem, forfait à Paris-Bercy, avait bien fini fort la saison dans l’O2 Arena vide de Londres, quelques jours après avoir grimacé de douleur à cause de ce fichu pied droit.

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Un relâchement inconscient après son sacre à Flushing ?

Non, pour saisir la nature de ses difficultés, il faut élargir le spectre. En prenant du recul, on se rend ainsi compte que l’US Open marque une rupture dans les résultats du joueur de 27 ans. En 2020, jusqu’à cette consécration majeure, il pouvait se targuer d’un bilan de plus 76 % de victoires (16 sur 21 matches) dans une saison tronquée et sans terre battue, une surface qui lui permet traditionnellement de gonfler ses chiffres. Depuis son triomphe new-yorkais, ce pourcentage est tombé à 63 % (14 succès sur 22 matches), il est à peine plus élevé si l’on s’intéresse à la seule fin de saison dernière (69 %, 9 succès en 13 matches).
Si Thiem affirmait, toujours à Londres, que l’US Open était déjà très loin pour lui, on peut donc se demander, 7 mois après, s’il l’a vraiment digéré. "Quand on est un vainqueur de Grand Chelem, on est tous d’accord pour penser que ça peut être un verrou qui a sauté. Il y a forcément beaucoup d’attentes et d’espoirs autour de lui. Mais l’inverse ne peut-il pas se produire aussi ? Une certaine décompression très inconsciente évidemment. C’est le premier à avoir dit récemment qu’il n’était pas un robot après sa défaite à l’Open d’Australie. On a tous des hauts et des bas, et ça peut lui arriver aussi à lui d’être moins bien, il reste humain", relève justement Arnaud Di Pasquale.
Notre consultant ne s’inquiète pas outre mesure pour l’Autrichien qui n’est pas le premier dans l’histoire du jeu à mettre du temps pour se remettre d’un tel accomplissement. D’autant que sa tâche n’a pas été vraiment facilitée par les trois monstres Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. "Cette période de flottement est normale en fait. C’est pour ça que les autres, les Federer, Nadal et Djokovic sont des Martiens. Réussir à rebondir tout de suite, à se relancer sur des objectifs très élevés, c’est très compliqué, surtout quand on sait que pendant plus de 15 ans le Big 4 a trusté les deux premières places mondiales. Quand tu vois à quel point c’est bouché, c’est un effort colossal. Mais il ne faut pas que ce soit un aboutissement pour lui, parce qu’il a encore quelques années de carrière devant lui", prévient Di Pasquale.

Dominic Thiem à Doha en 2021

Crédit: Getty Images

Touché par le contexte sanitaire et l'absence de Massu à Melbourne

Le contexte actuel n’aide pas non plus Thiem, qui, comme tous ses collègues, a dû s’habituer aux restrictions sur le circuit dues au coronavirus, aux huis clos, aux journées d’enfermement dans une chambre d’hôtel ou encore aux multiples, répétitifs et contraignants tests PCR. Chaque jour, de nouveaux joueurs expriment leur mal-être : des larmes de Gaël Monfils à la pause de Gilles Simon côté français, en passant par le manque de motivation d’Elina Svitolina (lié aussi à la baisse des dotations) ou par la volonté de "ne pas jouer trop" exprimée tout récemment par Denis Shapovalov.
Tout n’a pas été sinistre pour Thiem en ce début de saison : sa belle remontée face à Nick Kyrgios au 3e tour de l’Open d’Australie a d’ailleurs été l’un des moments forts du tournoi dans une John Cain Arena surchauffée. Mais avec le retour du huis clos lors de son match suivant, il était apparu amorphe déjà, un peu comme lors de son 2e tour à Dubaï cette semaine. Aux Antipodes, l’absence de son coach Nicolas Massu, testé positif au covid-19, avait aussi certainement pesé mentalement.

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"Evidemment que les joueurs sont des privilégiés, ont de la chance de pouvoir faire leur métier, de gagner de l’argent, mais leur quotidien n’est plus du tout le même. Il y a des nouvelles habitudes à prendre. Ce n’est pas un sport d’équipe où tu peux compter sur le soutien de tes coéquipiers. Certains arrivent mieux à le gérer que d’autres, vivent mieux avec que d’autres", insiste Di Pasquale.

Roland et son défi ultime Nadal pour relancer la machine

Thiem l’a reconnu lui-même à Dubaï, il se retrouve face à un défi inédit pour lui. "Beaucoup de choses ont changé après l’US Open. Après avoir atteint l’un de ses plus grands rêves, il faut faire le tri dans sa tête pour se fixer de nouveaux objectifs. Et je suis en plein dans ce processus en ce moment", a-t-il expliqué. En creux, il l’avouait donc, ces tournois dans le Golfe au Qatar puis aux Emirats arabes unis n’étaient pas de nature à lui donner la motivation nécessaire pour se relancer. Et ce même s’il a retrouvé son mentor chilien à ses côtés à Doha.

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Pour remettre la machine en route, l’Autrichien se tourne désormais vers Roland-Garros, avec un rêve suprême qu’il n’a pas atteint à New York : soulever la Coupe des Mousquetaires en ayant renversé au passage l’un des membres du Big 3, et de préférence l’ogre de l’ocre Rafael Nadal qui lui a déjà barré deux fois la route en finale précédemment (2018, 2019). La saison sur l’ocre européen comme un retour aux sources salvateur ? Di Pasquale y croit. "Dans ces moments un peu creux, tu as plus de chances de retrouver tes sensations et de la confiance dans des conditions qui te conviennent plus naturellement. Et même s’il a beaucoup fait évoluer son jeu et est devenu très polyvalent, pour lui, c’est sur terre battue extérieure."
C’est d’ailleurs à Monte-Carlo (11-18 avril) que Thiem remettra la machine en route. Avec un premier objectif tout trouvé d’ailleurs : remporter enfin un Masters 1000 sur terre. Ce serait assurément un sacré message envoyé à la concurrence : le signal que le cap majeur franchi en 2020 est digéré et que "Dominator" est prêt à reprendre sa marche en avant. Celle qui doit le conduire à s’installer pour de bon à la table des monstres.
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